L'avion partait à 21h de Tokyo. À l'hôtel, on prédisait de lourds embouteillages vers l'aéroport. Il n'y en avait pas. Pas de trafic du tout.

Mis à jour le 20 mars 2011
Yves Boisvert, envoyé spécial LA PRESSE

Arrivez à l'avance, tant de gens quittent Tokyo, l'aéroport Haneda déborde.

Il n'y avait personne. Pas la moindre attente au comptoir de Japan Airlines.

Les gens qui voulaient quitter Tokyo l'ont fait dans les jours qui ont suivi le tremblement de terre.

Une semaine plus tard, malgré l'inquiétude entourant la pénible opération de refroidissement des réacteurs de Fukushima, Tokyo est clairement hors de danger.

Le Japan Times a publié hier une carte des degrés de radioactivité au Japon, ville par ville. Il n'y en a pas plus à Tokyo qu'à Osaka, où plusieurs étrangers se sont repliés. Des traces infimes qui n'ont rien à voir avec Fukushima.

Et même dans le pire des cas, à 250 km de la centrale endommagée, la ville n'est pas menacée.

Le message semble reçu.

C'est une autre histoire là où le tsunami a avalé des quartiers entiers tout le long de la côte, et où l'on ne peut même pas faire de bilan définitif des disparus et des morts.

Au dernier compte, c'était 7197 morts et 10 905 disparus. Mais tout le monde pense que de nombreux «disparus» ne sont tout simplement pas rapportés.

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Je prends un vol pour Yamagata, 300 km au nord de Tokyo. Ici, dans les montagnes, c'est l'hiver.

Le tremblement de terre a laissé peu de traces à Yamagata. Quatre édifices se sont écroulés. Un homme me dit qu'il vient aux funérailles de sa grand-mère, qui a fait un accident de voiture pendant le séisme.

Un taxi nous mène à Sendai, à 100 km à l'est, de l'autre côté des montagnes, sur la côte du Pacifique.

On croise une file d'environ 50 voitures garées devant une station-service fermée. Il est 23 heures. Les gens ont laissé leur voiture et reviendront demain matin, à l'ouverture. Le chauffeur nous dit qu'un homme est mort asphyxié en attendant en ligne, l'autre nuit. Il se tenait au chaud avec un réchaud à l'huile.

Ils auront droit à six litres d'essence. Les approvisionnements sont compliqués par les routes qui sont coupées entre Tokyo et ici.

De nombreux tunnels percent les montagnes sur des centaines de mètres. Le tremblement de terre les a laissés intacts.

Au milieu d'un tunnel, nous arrivons dans la préfecture de Miyaki, où se trouve Sendai et, 130 mètres au large, l'épicentre du tremblement de terre qui a causé le tsunami.

On redescend dans une vallée. Il n'y a plus de neige.

Il est minuit quand on entre dans Sendai. C'est une ville d'un million de personnes, normalement grouillante à cette heure-là, dit le chauffeur, qui n'était jamais venu depuis le tremblement de terre. C'est sombre et désert.

Je suis avec Takeshi Namikawa, un ingénieur informatique de 30 ans qui est né ici. Il vient voir son ami et associé, qui est indemne, mais qui n'a ni eau, ni électricité depuis une semaine. Il vient voir ce qui est disparu et ce qui est resté.

«Si je me sens nerveux de revenir? Non. Je me sens chanceux. Il y a cinq ans, j'habitais ici. Mes parents sont partis il y a deux ans. Mon ami est sauf. Mais je sais que plein de gens avec qui je suis allé à l'école sont morts, sans savoir qui encore...»

Il cherche du regard les signes de destruction dans la ville. Il fait trop noir.

«Au lever du soleil, on verra tout autre chose...»