Je suis bien d'accord avec Michèle Ouimet pour accabler les universités qui se lancent dans des constructions discutables ou loufoques.

Mis à jour le 25 févr. 2010
Yves Boisvert LA PRESSE

C'est vrai aussi, il y avait une certaine ironie à voir ces ex-politiciens plaider, mardi, pour l'augmentation des droits de scolarité qu'ils n'ont pas accomplie pendant leur vie politique.

 

Mais une fois qu'on a dit ça, on n'est pas plus avancé. Le fait est que les universités québécoises sont en train de perdre leur place concurrentielle dans l'ensemble canadien. Ça veut dire moins d'argent pour la recherche, moins d'attrait pour les meilleurs chercheurs, moins d'équipements de pointe et, en fin de compte, une formation de moins bonne qualité.

Le Québec est déjà à bout de souffle financièrement. Et pourtant, le niveau de financement public vient à peine d'atteindre celui de 1989. Va-t-on augmenter le déficit ou hausser les impôts davantage pour mettre nos universités à niveau? Ni l'un ni l'autre, évidemment.

Alors si rien n'est fait, on va laisser se dégrader tranquillement la situation.

Il se trouve en plus que les dons aux universités francophones sont passablement moins élevés que ceux que reçoivent les universités du reste du Canada, souvent dans une proportion de deux pour un. D'où viendra donc l'éclaircie financière?

On s'étonnera ensuite, dans ce système où les étudiants paient globalement 30% de leur formation, que les universités se lancent dans toutes sortes de programmes légers et embauchent à la tonne des chargés de cours mal payés.

Ce qui se passe déjà, à Montréal, c'est un transfert des talents dans bien des domaines de l'Université de Montréal vers McGill. Notamment parce que McGill, soumise aux mêmes contraintes de financement que les autres, jouit d'un fabuleux fonds de dotation qui lui permet d'attirer des profs et des chercheurs.

Ce qui se passe donc insensiblement, c'est un affaiblissement net de la science et du savoir francophone. Oh, aujourd'hui, ça ne paraît pas tant que ça. Demain non plus, ça ne paraîtra pas trop.

Mais ceux qui comparent les installations des universités francophones (campus, labos, bibliothèques, etc.) à celles des grandes universités canadiennes le savent: on est en sérieuse perte de terrain. Lentement. Mais sûrement.

C'est un choix, remarquez bien. Un choix qu'on risque de payer cher, mais sans que ça paraisse.

Pendant ce temps, le système de financement des universités continue d'être une machine à transférer de l'argent des moins nantis aux plus nantis, plus nombreux à fréquenter l'université. Tout ça au nom de l'équité!

* * *

Mais parlons-en, de l'équité. Un étudiant en médecine et un étudiant en lettres paient les mêmes droits de scolarité. Le futur médecin paie 14% du coût réel de sa formation. Le futur diplômé en lettres, 42%.

En moyenne, le diplômé en lettres gagnera 206 000$ de plus en 40 ans que s'il avait cessé ses études après le cégep. Pour le médecin, le diplôme «vaut» 2,4 millions de plus en 40 ans.

Est-ce équitable, donc, de faire payer à ces deux étudiants les mêmes droits de scolarité? Non.

La proposition des 15 personnalités menées par Lucien Bouchard a ceci d'intelligent qu'elle propose une hausse graduée et différenciée des droits, selon les programmes.

La hausse serait modeste pour les étudiants qui forment 85% du contingent universitaire et qui étudient dans des facultés de «papier» (quelques centaines de dollars). Elle serait substantielle pour ceux qui étudient dans des domaines qui coûtent cher et qui rapportent statistiquement beaucoup aux diplômés (plusieurs milliers de dollars).

Leur proposition prévoit que 30% des fonds supplémentaires seraient mis à la disposition des étudiants les moins fortunés, parce que, évidemment, la hausse des droits aura un impact négatif pour certains.

Les Québécois, même la majorité dont les enfants n'iront pas à l'université, continueront à financer les études supérieures. Mais ceux qui en seront les bénéficiaires paieront une plus juste part, comme partout ailleurs au Canada. Ailleurs... où l'on réussit à diplômer beaucoup plus de gens qu'au Québec, au fait.

C'est donc une proposition sensée, modérée, et qui ne mérite pas, à mon humble avis, qu'on l'écarte en tentant de discréditer ceux qui la font pour leurs erreurs ou omissions passées, réelles ou supposées.

Il y a urgence, en vérité, et nul besoin de «débat public», comme le réclame l'opposition. Il est fait et refait, le débat. Les universités crient famine et le système est inéquitable.