Saïd Namouh est devenu hier la première personne au Québec à recevoir une peine de prison pour complot terroriste. Et toute une peine: le juge Claude Leblond, de la Cour du Québec, l'a condamné à l'emprisonnement à perpétuité.

Mis à jour le 18 févr. 2010
Yves Boisvert LA PRESSE

Mine de rien, c'est la troisième affaire jugée au Canada en vertu des nouvelles dispositions antiterroristes adoptées après septembre 2001.

 

Namouh, un Marocain de 37 ans, s'était installé en Mauricie en 2003 avec sa femme, une Québécoise de 20 ans son aînée. Le couple n'a pas duré et, en 2007, les services de renseignement ont repéré Namouh sur des sites islamistes.

Au moment de son arrestation, en septembre 2007, Namouh allait quitter le pays pour le Maghreb afin de rencontrer des complices. Il planifiait une attaque suicide en Autriche ou en Allemagne, apparemment.

Peut-on condamner quelqu'un à une peine aussi sévère quand on ne sait pas précisément ce qu'il allait faire et qu'il n'a causé aucun dommage? Son avocat a même plaidé la liberté d'expression puisqu'on n'a trouvé ni bombe, ni arme, ni explosifs en sa possession.

Bien essayé, mais cette invitation à la naïveté est irrecevable depuis le 11 septembre 2001. Namouh avait encodé les messages dans son ordinateur. Ils contenaient des recettes de fabrication de bombes et de multiples déclarations d'intention de se faire martyr.

Il allait selon toute vraisemblance se faire exploser pour tuer le plus de gens possible. Cela ne fait aucun doute aux yeux du juge, à qui on a présenté en détail le contenu de l'ordinateur.

«Exagération», a dit la défense. On aurait été plus convaincu si Namouh avait témoigné pour sa défense - or, il est resté silencieux. Il n'a pris la parole qu'au moment du prononcé de la peine, pour se présenter comme un être pacifique en toutes choses. Il a vite passé sur une affaire de violence conjugale mais, surtout, il n'a pas pris ses distances avec l'islamisme violent qu'il prêchait sur l'internet.

Le juge Leblond a fait une revue des autres cas canadiens. Et le message central est toujours le même: la sévérité. C'est la protection du public qui prime dans ce genre de dossier.

Momin Khawaja, 29 ans, a été condamné en Ontario pour avoir financé des activités d'entraînement terroriste au Pakistan et y avoir participé. Il a aussi travaillé à un détonateur à distance. Il a été condamné à dix ans et demi l'an dernier, même s'il était détenu depuis cinq ans.

Dans l'affaire des 18 de Toronto, qui planifiaient de faire sauter la tour du CN, le parlement d'Ottawa et d'autres édifices en plus de décapiter le premier ministre, l'âme dirigeante du groupe, Zakaria Amara, a été condamné également à l'emprisonnement à perpétuité même s'il n'avait que 20 ans au moment du crime et qu'il avait des remords. Il a été le recruteur et a fourni les plans détaillés des attentats.

Trois autres membres de ce groupe de 18 ont reçu une peine d'emprisonnement. Deux jeunes adultes ont été condamnés à des peines équivalant à 14 et 12 ans. Un mineur a été condamné à 30 mois. Ceux-là étaient des acteurs mineurs et ont démontré une réelle capacité de renoncer à la violence. Une demi-douzaine d'autres auront leur procès et sept derniers ont été libérés.

Namouh, note le juge Leblond, n'a pas même l'excuse de la jeunesse et n'a pas montré de repentir. Dans des cas semblables, il n'y a pas mille solutions: il faut «l'écarter de la société», dit-il en citant plusieurs cas britanniques.

À ce degré d'endoctrinement, en effet, après avoir passé des mois à planifier l'assassinat d'innocents, il est difficile de dire quand une personne cesse d'être un danger public. On peut penser qu'elle représente un risque pour une période indéterminée.

Il y a un double message dans cette peine tout à fait justifiée. D'abord, ces complots, malgré ce qu'ils peuvent avoir d'immatériel, seront punis sévèrement. Ensuite, même si on n'y pense que de loin en loin, ceci, qu'on n'aime pas voir: on n'est plus dans la provocation policière ou la paranoïa. Il y a sur notre territoire des activités terroristes très sérieuses.

Pour joindre notre chroniqueur: yves.boisvert@ lapresse.ca