Ils avaient dressé les tables sur la terrasse du café du musée d'art, hier midi. Sur les courts de tennis, des joueurs en short échangeaient des balles.

Yves Boisvert LA PRESSE

Ça sent le printemps à Vancouver, pas les sports d'hiver. Il y a bien des photos géantes d'athlètes sur la devanture de La Baie, quelques bannières dispersées en ville et l'horloge qui nous dit qu'il reste 21 jours, deux heures, neuf minutes et cinq secondes avant le début des Jeux olympiques.

 

Mais même à l'échelle de Vancouver, ville olympique d'hiver la plus chaude, le temps est anormalement doux. Depuis anormalement longtemps.

À Whistler, où auront lieu les épreuves de ski alpin et de ski de fond, la couverture de neige est abondante, on est plus au nord et en altitude. On peut voir fondre encore.

Mais à Cypress Moutain, à une demi-heure du centre-ville, c'est une autre histoire. Le comité organisateur des Jeux (Covan), lorsqu'il a fait visiter les sites de compétition à 90 représentants des médias internationaux, a commodément évité l'endroit.

Avec des hélicos, les télés locales ont filmé l'état des pistes de Cypress, où auront lieu les compétitions de bosse, de saut et de surf des neiges.

Ouille! Peut-on faire du surf des foins? Le dernier tiers des pistes est complètement dégarni.

Évidemment, on a un plan B: d'immenses réserves de neige artificielle, fabriquée depuis des mois, conservée sous des toiles au sommet de la montagne.

On est en train d'installer des coussins de paille dans le bas des pistes. Et, avec des camions, des bulldozers et même des hélicoptères, on transporte la neige pour refaire les pistes.

Tout ira bien, tout est prévu, nous dit-on au Covan. L'an dernier, il a fallu annuler une compétition internationale de surf des neiges à Cypress. Pas cette fois! On a prévu le pire. Ça tombe bien, le voici.

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À part ces défis météorologiques, tout semble dans un état assez impressionnant de préparation. Presque toutes les installations sont prêtes depuis plus d'un an, et on les a testées lors de compétitions internationales.

L'anneau de patinage de Richmond, qui deviendra un centre sportif après les Jeux, est un superbe temple de bois (récupéré des attaques du dendroctone, cette bibitte qui bouffe pour des milliards de forêt ici), de verre et d'acier. On est même sur le point d'ajouter l'inscription permanente en français sur l'édifice...

Non, vraiment, matériellement parlant, ces Jeux sont prêts.

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Va pour le matériel, mais l'esprit olympique, dans tout ça?

Disons qu'on n'y est pas tout à fait. D'après un sondage paru jeudi dans le Vancouver Sun, l'endroit au Canada où on est le moins enthousiaste face aux Jeux, c'est... précisément ici.

Un employé du Covan m'a confié l'autre jour que, quand il rencontre des gens de Vancouver, il ne leur dit plus qu'il travaille pour les Jeux olympiques. «J'en ai marre de me faire tomber dessus!»

Il faut dire que c'est une tradition bien établie, dans toutes les villes olympiques, de râler contre les Jeux. Les Jeux, c'est une fête pour la visite, un encombrement pour les résidants.

Le jour de mon arrivée, à l'aéroport de Vancouver, j'essayais de comprendre comment payer mon billet pour le nouveau train électrique qui relie l'aéroport au centre-ville - petit bijou de 2 milliards.

Un couple de Vancouvérois qui revenaient de voyage s'est approché aimablement pour m'aider. «Quoi? 8,75$! C'était 3,75$ quand on est partis! Maudits Jeux olympiques!»

La hausse de 133% n'a rien à voir avec les Jeux olympiques. C'est plutôt le déficit du réseau de transports de la ville, qui se veut la capitale écologique du Canada.

Mais pour ceux que l'événement dérange, tout ce qui est emmerdant et disproportionné rime avec Jeux olympiques. Pas une journée ne passe sans qu'un nouveau groupe se plaigne. Hier, c'était l'association des compagnies d'aviation locales. Les écoles de pilotage et tous ces petits hydravions qui circulent dans le port n'auront pratiquement pas le droit de voler. Ils réclament des compensations de 3 millions. Les skieurs rateront le plus beau mois de ski à Whistler. Les écolos ont ragé contre l'élargissement de la route Sea to Sky. Les conservateurs, contre les déficits possibles. Les automobilistes, contre les rues barrées et les parcmètres à 6$ l'heure. Et tout le monde peste contre les taxes appréhendées: la ville a dû casquer 400 millions pour le village olympique, et on ne se bouscule pas pour acheter ces milliers de condos de luxe.

«À Montréal, vous avez payé le Stade avec une taxe sur les cigarettes; nous, ce sera peut-être avec une taxe sur le pot, qui sait», m'a dit un prof d'université.

«Il y a 20% des gens très opposés, 20% très excités par les Jeux, et le reste est fondamentalement indifférent», estime Jeff Lee, qui couvre les Jeux pour le Sun depuis huit ans. Ça ressemble à ce que j'entends depuis quatre jours. «On entend surtout les mécontents, mais j'ai l'impression que, en approchant du début, la majorité va basculer du côté des enthousiastes».

Tiens, voici justement la flamme qui entre en Colombie-Britannique. Nouveau réchauffement en vue.

Lundi: une ville adolescente.