Ça ne paraît pas tout de suite, mais l'affaire Cormier nous indique que le hockey a déjà changé pour le mieux.

Yves Boisvert LA PRESSE

Aussi inacceptable qu'ait été le coup de coude de Patrice Cormier, ne venez pas me dire qu'il ne s'est rien fait d'équivalent dans les 30 dernières années. La différence, à part du fait que la télé est partout, c'est que maintenant, ces gestes-là sont dénoncés. Du premier ministre du Québec au très conservateur milieu du hockey professionnel.

Aurait-on vu un entraîneur appeler la police après un incident du genre? Jamais de la vie.

Quand on est au point où Patrick Roy fait le 9-1-1, ce n'est pas tant que l'heure est grave. C'est plutôt le signe que même les gens de hockey ont diminué leur tolérance à la violence gratuite.

On a vu le même Patrick Roy faire des signes pas très subtils en direction de son fils, un certain soir de mars 2008, juste avant la pathétique bagarre qui a valu une condamnation criminelle à Jonathan Roy. Voir le même Roy appeler la SQ ne manque donc pas de piquant.

Pardon? Une bagarre et un coup vicieux, ce n'est pas la même chose? Allez dire ça à Dean Bergeron, devenu paraplégique après avoir reçu un coup de poing dans un match de hockey de la LHJMQ.

Mais cette fois, Roy a raison. Il est temps que la justice criminelle débarque sur les patinoires. C'est le seul moyen réaliste de faire évoluer encore la sous-culture du hockey.

Le milieu de notre sport préféré a tellement intériorisé la violence, qu'il est incapable de la gérer. Il est tout mêlé. Chaque tentative de la limiter, que ce soit pour les bagarres ou les coups de toutes sortes, est l'objet de débats byzantins sur la nature du hockey ou ce qui est une «mise en échec légale». On est incapable de définir ce qui devrait être illégal, sauf les cas les plus grossièrement évidents. C'est un peu comme ce juge qui disait, à propos de l'indécence: je ne peux pas vous dire ce que c'est, mais quand je la vois, je la reconnais.

On en est rendu à vouloir rendre l'équipement plus mou pour régler le problème des coups à la tête!

Dans la vie civile, une personne est pourtant responsable de la conséquence prévisible de ses actions. Foncer en toute connaissance de cause avec sa voiture sur un piéton distrait qui traverse au feu rouge est une agression armée, éventuellement un meurtre. «Oui, mais monsieur le juge, j'avais la verte, c'était légal», n'est pas un moyen de défense.

Même chose pour un joueur de hockey qui sait, ou devrait savoir, qu'en cognant la tête de l'adversaire, il risque de le blesser. Remarquez qu'ils ne plaident jamais l'accident. Ils disent que c'est la faute de la victime: c'est à lui de lever la tête! Évidemment, c'est une sage mesure de prudence. Mais l'imprudence, la distraction et même la stupidité des uns ne donnent pas un permis d'agresser aux autres. Bien des victimes de crimes ont été imprudentes, naïves, mal avisées.

Tout le monde accepte un risque raisonnable en jouant un sport de contact. Ça n'inclut pas les coups volontaires à la tête.

En 2008, quand une poursuite criminelle a été déposée contre Jonathan Roy, il a fallu changer les directives des procureurs. Avant cet été-là, si un joueur refusant la bagarre était frappé mais n'était pas blessé, il n'y avait pas de poursuite. Désormais, on poursuit. On a ensuite changé les règlements de la LHJMQ. On l'a accusée de se transformer en ligue de fifis. Mais le nombre de bagarres a diminué des deux tiers et l'Ontario est en train de l'imiter.

Si on poursuit au criminel dans l'affaire Cormier, cela pourrait créer le même genre de remous positifs qui permettront enfin de dire aux joueurs, professionnels ou non: votre ticket n'inclut pas de permis de tuer.