S'ils n'ont pas commis de crime, qu'est-ce que ça peut bien faire? C'est l'ami des frères Kostitsyn qui est accusé de complot et de trafic de drogue. Pas eux. Quel est donc le problème?

Mis à jour le 21 févr. 2009
Yves Boisvert LA PRESSE

Le problème est simple, c'est celui de l'infiltration du crime organisé autour d'une équipe de sport professionnel. C'est à la fois banal et inquiétant.

 

Au premier niveau, comme tout un chacun, les mafieux aiment fréquenter des vedettes de sport. En s'affichant en public avec des joueurs du Canadien, ils blanchissent leur image, pour ainsi dire. Ils se «glamorisent».

À un autre niveau, plus sérieux, le crime organisé tourne autour des sportifs professionnels pour des raisons bien moins innocentes. D'abord pour les avoir comme clients de leur trafic de drogue. Les sportifs professionnels sont une formidable pépinière. Des gens qui ont des moyens, beaucoup de moyens... et des contacts avec plein de gens qui ont des moyens.

Ensuite, comme clients pour d'autres services classiques du crime organisé: prostitution, pari illégal, fraude.

Et puis, comme c'est le cas de plus en plus, comme tuyaux et complices pour les activités de pari.

Chaque année, un nouveau scandale de pari illégal impliquant le crime organisé et le sport éclate. Je ne parle même pas de Rick Tocchet, ex-joueur de hockey et ex-entraîneur adjoint des Coyotes de Phoenix. Il dirigeait un groupe de pari illégal visant d'autres sports que le hockey et s'est avoué coupable l'an dernier.

Je pense plutôt au cas de Nicolaï Davydenko, qui était numéro 4 mondial au tennis quand, en 2007, on a déclenché une enquête sur lui après les révélations de plusieurs joueurs et une série de résultats étonnants. Plusieurs joueurs ont déclaré que le crime organisé leur avait proposé d'«échapper» une partie ou une manche ici et là, sans qu'il y paraisse trop.

Le soccer international est également l'objet d'allégations bien documentées de corruption et de manipulations par le crime organisé, pour ne citer qu'un autre exemple spectaculaire.

Un des leaders de la mafia montréalaise, Francesco del Balso, emprisonné depuis le projet Colisée, avait entre autres activités lucratives un réseau de pari illégal sur l'internet. Des renseignements de l'intérieur de la ligue ou d'une équipe sont évidemment un précieux atout pour un parieur. Des possibilités de manipulations, encore mieux.

Je ne dis pas que c'est le cas des frères K, bien sûr. Le jeune a une saison médiocre tandis que le grand frère va bien. Je parle des risques.

Il n'en reste pas moins que les policiers ont trouvé en possession de Pasquale Mangiola les relevés de cartes de crédit des deux frères. Pour quoi faire, au juste? Pour eux ou pour lui, comme prête-nom? Sans compter deux dossiers à leur nom trouvés également en possession de Mangiola.

Il y a des raisons de craindre, donc, qu'on était sur le point de dépasser le cadre du party bien organisé.

Le sujet, je le répète, n'est pas que des joueurs de hockey fassent la rumba seuls ou avec d'autres. Le sujet, c'est l'infiltration du crime organisé dans notre société. Le piège dans lequel tombent des joueurs de hockey, mais pas seulement des joueurs de hockey, en flirtant avec des gens qui sont dans le giron de quelque mafia.

Pour les fans éperdus, évidemment, ces objections sont irrecevables tant que leurs idoles ne sont accusées de rien. L'amour rend aveugle, comme vous savez. Pour un certain type d'intellos, également, l'information est de bas étage vu qu'elle réunit deux domaines de l'information qu'il est de bon ton de mépriser: le sport et les faits divers. Ouache.

Je crois au contraire que le rôle des médias est de braquer les projecteurs sur le crime organisé, ses activités, ses stratégies.

On dira que ce ne sont toujours bien que deux ou trois jeunes joueurs innocents lâchés lousses dans la nuit montréalaise.

Je réponds que la distance n'est pas si grande entre la banalisation des activités des organisations criminelles et la fragilisation de l'État de droit.

Sur ce, bon match et conduisez prudemment.