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L'ère comptable

Vincent Marissal
La Presse

Entre la beauté du paysage lacustre de Roberval en juin et le béton froid du stade de football de Regina en novembre, il n'y a pas beaucoup de similitudes, mais la rencontre de cette semaine entre Philippe Couillard et Stephen Harper dans le premier lieu m'a rappelé une autre rencontre qui s'est déroulée dans le second il y a 10 ans.

Novembre 2003, donc, Paul Martin vient tout juste de succéder à Jean Chrétien à la tête du Canada, et en signe d'ouverture aux provinces, il convie tous les premiers ministres à la finale de la Coupe Grey, à Regina.

Tout le monde politique canadien parle alors d'une seule voix d'une «nouvelle ère de collaboration» entre Ottawa et les provinces. Avant le botté d'envoi de la finale, Paul Martin avait réuni ses homologues des provinces dans une salle du stade, d'où tout le monde était ressorti enchanté. L'ex-premier ministre libéral de l'Ontario, Dalton McGuinty, tout juste élu, lui, et pour qui c'était une première rencontre fédérale-provinciale, était tellement euphorique qu'il avait affirmé ne jamais avoir vu un tel esprit de collaboration depuis des années!

Certains premiers ministres plus circonspects, Jean Charest, notamment, ont accueilli la «nouvelle ère de collaboration» avec plus de retenue, rappelant que le nouveau premier ministre libéral était le même qui avait, dans son poste précédent de ministre des Finances, épongé le déficit fédéral en grande partie sur le dos des provinces. À la fin des années 90, le gouvernement Chrétien avait en effet vaincu le déficit (plus de 40 milliards) et mené le pays à une ère de surplus en sabrant sérieusement les transferts aux provinces. Résultat: les provinces devaient financer des programmes de plus en plus coûteux avec moins d'argent du gouvernement fédéral qui, lui, nageait dans les surplus.

C'est ce qu'on appelait le déséquilibre fiscal, un phénomène qui allait venir à bout du bel esprit de collaboration entre MM. Charest et Martin. Les premiers ministres provinciaux plus expérimentés, en particulier l'Albertain (feu) Ralph Klein, avaient aussi été échaudés par quelques rencontres frustrantes (de leur point de vue) avec Jean Chrétien. Celui-ci en était venu à détester ces grandes rencontres fédérales-provinciales, qui n'étaient, selon lui, que de longues séances de négociations stériles avec des provinces qui voulaient toujours plus d'argent.

On peut parler de «nouvel esprit» ou d'«objectifs communs», de «priorités partagées», on peut placarder le mot COLLABORATION en gros sur des panneaux, à la fin, le nerf de la guerre, le véritable moteur de la fédération canadienne, c'est l'argent.

À Roberval, cette semaine, MM. Couillard et Harper ont parlé d'argent. Les milliards d'une entente renouvelée sur le partage de la taxe sur l'essence et la participation fédérale à la construction d'un nouveau pont à Montréal, notamment. D'ailleurs, le premier ministre Couillard était accompagné de son ministre des Finances, Carlos Leitao, pour accueillir son homologue fédéral.

Argent, économie, infrastructures, création d'emplois, béton, péages, ententes administratives... Il est bien révolu, le temps où les rencontres fédérales-provinciales se déroulaient autour des enjeux constitutionnels, du pouvoir de dépenser du fédéral et du respect des compétences, notamment, et des enjeux sociaux.

«Il me semble que cela aurait été un bon moment pour parler du souhait de Philippe Couillard de voir un jour le Québec signer la Constitution, mais la question n'a pas été abordée, a noté cette semaine mon patron Martin Pelchat, qui, comme moi, a passé plusieurs années à couvrir la politique.

- Tu sais quoi, Martin? Je pense qu'on est vieux, toi et moi! La Constitution, plus personne n'en parle, sauf ceux qui, comme nous, ont vécu Meech, Charlottetown, le référendum de 1995... Le Canada, maintenant, c'est une entente administrative ponctuée de débats comptables.»

Il fut un temps pas si lointain où il aurait été impensable de ne pas poser des questions sur l'avenir constitutionnel du Québec lors d'un point de presse commun entre les premiers ministres fédéral et provincial (et même provinciaux, si on inclut les autres provinces).

En entrevue avec Emmanuelle Latraverse, à Radio-Canada, Stephen Harper s'est réjoui de l'élection d'un gouvernement fédéraliste à Québec le 7 avril et il a résumé la situation ainsi: «Il y aura des désaccords de temps en temps [...], mais les Québécois ont laissé au passé les débats stériles. On veut éviter de faire des débats sur des questions symboliques.»

Plus tard dans cette même entrevue, il ajoute: «Le Québec a poursuivi depuis longtemps une politique économique différente, mais les Québécois se rapprochent maintenant de notre politique économique.»

Les Québécois, je ne sais pas, mais le gouvernement Couillard, certes, lui qui, comme celui de M. Harper, fait de la réduction de la taille de l'État une priorité.

Reste à voir comment résistera la nouvelle «ère de collaboration» lorsque Ottawa inaugurera, dès le printemps prochain, une nouvelle ère des surplus alors que le Québec luttera pour garder la tête hors de l'eau.




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