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Le flic, le sans-abri et le poteau

Vincent Marissal
La Presse

L'amour, paraît-il, est plus fort que la police, mais encore une fois, on ne pourra pas dire la même chose de la transparence, un principe pourtant fondamental pour toute institution publique.

Paradoxalement, l'incident du «flic, du sans-abri et du poteau», qui a fait tant de bruit au cours des derniers jours sur la place publique, se réglera derrière le rideau opaque des «affaires internes» du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), privant les citoyens des détails de la «sanction» imposée au délicat policier pour ses paroles jugées inacceptables par le haut commandement et les élus.

Il s'agit d'une «affaire interne», non pas d'une démarche devant une instance déontologique, ce qui permet au SPVM, comme le prévoit la loi, de clore le dossier à l'abri du regard public.

C'est la méthode classique du SPVM: un de ses agents se retrouve dans l'embarras, on condamne publiquement son geste ou ses paroles très rapidement, on s'excuse, on affirme que c'est inacceptable, on promet une suite et puis, plus rien, on règle l'affaire derrière des portes closes.

C'est ce qu'on a fait avec la tristement célèbre agente Stéfanie Trudeau, alias Matricule 728, qui, aux dernières nouvelles, est toujours officiellement employée du SPVM. Elle est suspendue (et désarmée, heureusement!) et son sort est entre les mains du Directeur des poursuites criminelles et pénales (pour son intervention musclée dans une résidence du Plateau en octobre 2012).

En ce qui concerne l'agent Jean-Loup Lapointe, fortement critiqué pour la mort par balles de Fredy Villanueva dans un rapport du coroner rendu public en décembre, il ne s'est jamais rien passé après les événements tragiques et il poursuit sa carrière normalement au SPVM.

Idem pour les deux policiers qui ont tué un sans-abri dans une ruelle du centre-ville de Montréal, en juin 2011, atteignant aussi mortellement un passant d'une balle perdue. Ils n'ont pas été accusés au criminel et n'ont pas subi de mesures disciplinaires. Affaire classée.

Les élus, à Montréal ou à Québec, n'ont pas de pouvoir en ces matières, sinon celui de critiquer eux aussi publiquement l'agent fautif. Le maire Coderre a très vite, et de façon non équivoque, condamné les menaces de l'agent envers le sans-abri, mais il ne peut intervenir dans les affaires du SPVM.

À Québec, le ministre de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron, a suivi de près l'histoire, mais il ne peut, lui non plus, s'immiscer dans les affaires internes d'un corps de police. Tant mieux! Cette distance entre élus et police est saine et même nécessaire, mais cela ne devrait pas dispenser les corps de police de leur devoir de transparence, devoir qui, après tout, les servirait, puisqu'il minimiserait la méfiance de la population.

Lorsque ça chauffe trop, la police bénéficie (et ne se prive pas!) de la clause «papa a raison»: pas d'explication, pas de commentaire, pas de vos affaires, c'tu clair?

Tout le monde s'entend pour dire qu'itinérance et maladies mentales forment un mélange explosif extrêmement instable et complexe dans une grande ville comme Montréal. Tout le monde constate les affres de la désinstitutionnalisation et déplore le manque de ressources et de formation de la police.

Soit, mais cela n'excuse pas tout. Il est surprenant de voir tant de monde minimiser ou relativiser les paroles du policier impliqué dans l'incident du métro Jean-Talon, comme si, dans le fond, il faut proférer de telles menaces pour se faire comprendre par les paumés.

Accepterait-on qu'un policier menace, au coin d'une rue, une prostituée de lui rentrer sa matraque vous savez où si elle continuer de solliciter les automobilistes avec trop d'insistance? Ou qu'il dise à un jeune cycliste fautif qu'il va lui rouler dessus pour qu'il comprenne de s'arrêter aux feux rouges?

Quand on porte un uniforme de policier, menacer quelqu'un (à plus forte raison un pauvre bougre) de l'attacher à un poteau, c'est, en bon français, un power trip.

L'Assemblée nationale a légiféré en 2012 contre l'intimidation à l'école. Il semble que le message ne passe toujours pas parmi ceux qui sont chargés d'appliquer les lois dans nos rues.

Certains s'inquiètent (bienvenue en 2014!) de l'omniprésence des «journalistes citoyens» qui filment ce genre de scènes. C'est, au contraire, une très bonne chose. La peur de se faire prendre est encore le plus efficace des régulateurs de tempérament. Même pour les flics.

Si personne n'avait filmé les exploits de Matricule 728 en train de «poivrer» généreusement des manifestants pacifiques, elle sévirait encore dans les rues de Montréal...

Pour joindre notre chroniqueur: vincent.marissal@lapresse.ca




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