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Les adéquistes ont boudé les urnes

Vincent Marissal
La Presse

Depuis lundi soir, on a beaucoup entendu dire que les «vieux» partis, le PLQ et le PQ, ont repris le terrain perdu en 2007.

C'est vrai, en nombre de sièges, mais une analyse plus poussée des chiffres de lundi démontre que libéraux et péquistes n'ont pas attiré plus d'électeurs. Ce sont les électeurs de l'ADQ qui sont restés à la maison.

 

Un autre phénomène frappe quand on scrute les résultats: la baisse du taux de participation à 57%, un plancher historique, est largement due à l'absentéisme des électeurs montréalais, en particulier dans les châteaux forts libéraux.

Cette impression voulant que le vote adéquiste ait systématiquement migré vers le PLQ et le PQ ne tient pas la route.

En fait, le Parti libéral n'a gagné que 49 000 votes à travers la province par rapport à mars 2007; le PQ, que 14 000 votes. Pourtant, cette mince augmentation de votes s'est traduite par une récolte supplémentaire de 18 sièges pour Jean Charest et de 15 sièges pour Pauline Marois. Si ces deux partis voient leur pourcentage de votes reçus passer, respectivement, de 33% à 42% et de 28% à 35%, c'est tout simplement parce que le nombre d'électeurs a diminué.

De combien? De 700 000. Et combien l'ADQ a-t-elle perdu de votes? Eh oui, 700 000.

Comme on calcule le pourcentage des partis sur le nombre de votes exprimés valides, le score des libéraux et des péquistes augmente, mais pas leurs appuis.

C'est tellement vrai que le PLQ a obtenu, en avril 2003, 400 000 votes de plus que lundi dernier et le PQ, 130 000 votes de plus.

En région, le PLQ et le PQ ont récupéré une portion du vote de l'ADQ (rarement plus de 1000 votes chacun), mais on remarque surtout que les électeurs qui ont choisi le parti de Mario Dumont en 2007 ont boudé les urnes.

Voilà qui explique largement la baisse marquée du taux de participation. Mario Dumont avait raison de dire qu'un faible taux de participation favoriserait Jean Charest.

Ce que le chef démissionnaire de l'ADQ n'a pas dit toutefois, c'est que, contrairement à 2007, il n'a pas réussi à mobiliser un électorat désabusé face aux «vieux» partis.

En 2007, Mario Dumont a profité d'un électorat fâché contre le gouvernement. Cette fois, il a souffert de la lassitude de l'électorat.

Quelques exemples

> Saint-Maurice, gain PQ: Robert Deschamps, de l'ADQ, a vu ses appuis chuter de 6600 voix, mais le candidat péquiste gagnant, Claude Pinard, lui, n'a pris que 270 votes par rapport aux dernières élections (les libéraux ont amélioré leur score de 1600).

> Lévis, gain libéral: le député sortant adéquiste, Christian Lévesque, a perdu 6200 votes. Le gagnant, le libéral Gilles Lehouillier, a amélioré le score de son parti de 2500, mais les appuis du PQ ont chuté de 2700. Les 6200 votes de l'ADQ se sont donc évaporés dans les brumes d'une élection morne.

> Marguerite-D'Youville, gain du PQ: le jeune député adéquiste Simon-Pierre Diamond a perdu 9000 des voix obtenues en 2007. Le PQ, gagnant, n'a récupéré que 1500 votes par rapport à 2007 alors que le PLQ a perdu 2500 voix. La différence, c'est que le taux de participation a chuté de 11%, passant de 82% à 71%.

Libéraux et péquistes, on le voit dans ces exemples, ont fait le minimum pour récupérer les 32 sièges perdus par l'ADQ.

Le mythe de la grosse machine libérale vient d'en prendre pour son rhume. Autre point important: pour une deuxième élection générale de suite, la fameuse «prime à l'urne» (phénomène jouant historiquement en faveur des libéraux le jour du vote) n'a pas joué en faveur du PLQ.

Quant au PQ, il est faux de dire que son score s'est grandement amélioré depuis 2003 et 2007. En sièges oui, c'est indéniable, mais sa récolte est due à l'effondrement du vote adéquiste, pas à une plus grande mobilisation des électeurs sympathiques au PQ.

Par ailleurs, le taux de participation pitoyable à Montréal a aussi contribué à la baisse de la moyenne provinciale. Surtout dans les forteresses libérales, qui ont connu, pour la plupart, des taux de participation sous la barre des 40%.

Dans Westmount-Saint-Louis: taux de participation de 36,7% contre 49,23% en 2007; dans Mont-Royal: taux de participation de 38,7% contre 54,45% en 2007; D'Arcy-McGee, taux de participation de 38,9% contre 53,10% en 2007; l'Acadie: 47,1% contre 62,03% en 2007...

Pas besoin de forcer trop quand on obtient des majorités de 10 000 voix et plus avec une si faible affluence aux bureaux de scrutin.

On s'offusque souvent du poids réel du vote des circonscriptions des régions éloignées, moins peuplées que les circonscriptions urbaines, mais les gens de Matane ou des Îles-de-la-Madeleine ont voté respectivement à 60% et 66% cette fois-ci. La légitimité d'un député urbain élu par 36% de ses électeurs est-elle plus grande que celle d'un collègue élu en région avec 66%? Poser la question, c'est y répondre.

Autre sujet de débat depuis lundi soir: comment stimuler l'intérêt électoral pour ramener le taux de participation à un niveau acceptable?

Une des solutions serait peut-être d'importer le système de financement adopté à Ottawa en 2004 (oui, oui, celui que Stephen Harper veut abolir), soit un montant (1,95$ au fédéral) de subvention aux partis pour chaque vote reçu.

En ce moment, au Québec, tous les partis se partagent un «pot» basé sur modèle suivant: le nombre d'électeurs inscrits (5,7 millions cette fois) X 50 cents = 2,85 millions divisés selon le pourcentage de votes obtenus.

La motivation est plus grande de «faire sortir» son vote quand on sait que chaque X de plus fait augmenter sa subvention.




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