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Grosse semaine, petite politique

Vincent Marissal
La Presse

La dernière semaine en politique canadienne qui a culminé, hier midi, par la prorogation de la Chambre des communes, aura été riche en enseignements sur les partis en présence, sur leurs chefs et sur leur personnalité. Ce sera utile pour la suite des choses, puisque tout ce beau monde se retrouvera fin janvier, au Parlement.

L'affrontement aura permis de voir le vrai visage de Stephen Harper, un leader qui impressionne parfois par sa détermination, mais qui inquiète beaucoup plus souvent par sa partisanerie maladive.

 

Cette semaine, deux traits de personnalité nets de M. Harper auront sauté aux yeux des Canadiens.

D'abord, cet homme a une capacité apparemment illimitée à réécrire l'histoire récente pour qu'elle corresponde à sa version des faits. Ensuite, il n'hésite devant rien, pas même ses principes, pour garder le pouvoir.

Quand il a plongé le pays dans des élections, il y a trois mois, il a tricoté une petite histoire selon laquelle le Parlement ne fonctionnait plus à cause des partis de l'opposition. En plein été, alors que les Communes ne siégeaient même pas et que tout indiquait que Stéphane Dion n'était vraiment pas pressé de partir en campagne électorale.

Mercredi soir, pour justifier la prorogation de la Chambre des communes, il a détricoté le fil des événements récents pour accuser l'opposition d'avoir refusé de travailler avec lui et d'avoir tenté un coup de force pour le chasser du pouvoir.

C'est ainsi qu'il a annoncé, hier midi en sortant de chez la gouverneure générale, presque triomphant, que Mme Jean avait «suivi son conseil» et accepté de proroger la Chambre.

En deux coups de cuillère à pot, M. Harper a réussi à présenter SON geste extrême de demande de prorogation, au moment où il risquait d'être renversé, en une faute grave et antidémocratique de l'opposition.

On s'est aussi rendu compte, ces derniers jours, que plus le temps passe, plus Stephen Harper devient impatient d'imposer ses idées à Ottawa.

Cette semaine, le masque et les bonnes manières sont tombées. M. Harper ne tolère plus l'opposition, les syndicats, son statut de gouvernement minoritaire ni, évidemment, les «séparatistes».

Au point de dire que JAMAIS il ne s'est mis, ni ne se mettrait, en position de dépendance envers le Bloc québécois. Les députés bloquistes ont le droit de siéger à la Chambre des communes, a dit en substance M. Harper, mais ils doivent être isolés parce qu'ils sont nocifs aux «vrais» intérêts du Canada.

Venant de quelqu'un qui a pris le pouvoir grâce, notamment, à l'acharnement du Bloc québécois dans le scandale des commandites, c'est cocasse.

Venant d'un premier ministre qui a survécu à son premier discours du Trône, en 2006, et à son budget de 2007 grâce... au Bloc québécois, c'est franchement malhonnête.

Voilà pour les considérations éthico-philosophiques.

La réalité, maintenant: Stephen Harper a gagné la première manche, hier, en obtenant la prorogation.

Le rapport de force vient de changer de côté.

Les conservateurs sont riches, impitoyables et prêts à tout pour faire exploser la coalition des libéraux et des néo-démocrates. Ils n'auront d'ailleurs pas trop de mal à y arriver, à en juger par la fragilité de cette coalition.

Cette affaire-là a été construite comme certains viaducs au Québec: vite, sans beaucoup de supervision et avec des matériaux de qualité douteuse. Ça s'effrite rapidement, sans grande surprise.

D'abord du côté des libéraux (trois députés ont montré du mou, hier). Mais aussi du côté des néo-démocrates, qui craignent d'égratigner l'image de leur parti en se collant trop aux libéraux.

Le désastre de relations publiques qu'aura été le message télévisé de Stéphane Dion, mercredi soir, n'a fait qu'aggraver les craintes.

Hier, tout le monde ne parlait que de cette pitoyable vidéo de Stéphane Dion. Quant à son message, il s'est perdu dans le flou rose et jaune, mal cadré, de la vidéo.

Pour la suite des choses, c'est-à-dire maintenant, les libéraux doivent prendre une décision cruciale, avant même de parler de poursuivre ou non la coalition: quel chef veulent-ils à la tête de leur parti? Ce problème-là reste entier. Il s'est même aggravé cette semaine.

Une semaine qui nous aura appris deux ou trois petites choses à propos de certains libéraux.

De Bob Rae, notamment, qui s'accroche à son rêve de devenir le chef de ce parti et qui n'a pas eu la grandeur d'âme de céder sa place au favori du caucus, Michael Ignatieff.

Et de M. Ignatieff, qu'il a gagné en expérience, mais pas en colonne vertébrale, lui qui a plié devant Bob Rae et qui a accepté, contre le bon sens le plus évident (et contre sa volonté), de confier la tête de l'éventuel gouvernement de coalition à Stéphane Dion.

Au Québec, les indépendantistes sont une option légitime. Depuis une semaine, au Canada anglais, ils sont redevenus une menace. François-Pierre Gingras, politologue à l'Université d'Ottawa

J'ai l'impression que ça (les attaques antisouverainistes et anti-Québec) n'aura pas le même effet que l'échec de Meech à cause de l'alliance Duceppe-Dion: pour bien des gens, c'est étrange. Jean-Herman Guay, politologue à l'Université de Sherbrooke

 




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