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C'est foutu? Vraiment?

Vincent Marissal
La Presse

La question fondamentale, ce matin, des deux côtés de la Chambre des communes, se résume en trois petits mots: jusqu'où aller?

Pour Stephen Harper: jusqu'où reculer?

Pour les partis de l'opposition: jusqu'où peut-on pousser le gouvernement? Ou encore: jusqu'où pousser cette idée de gouvernement de coalition?

 

Maintenant que Stephen Harper vient de trouver la marche arrière de son char d'assaut, les partis de l'opposition doivent-ils le forcer à revenir au centre de l'échiquier? Ou la griserie du pouvoir les poussera-t-elle à l'envoyer dans le décor?

Autrement dit, le gouvernement minoritaire de Stephen Harper pourrait-il faire ce pour quoi il a été élu - s'occuper de l'économie -, et l'opposition pourrait-elle honorer son mandat, soit être le chien de garde du gouvernement?

Une chose est très claire: personne ne veut de nouvelles élections. On le voit au Québec, avec ce coup de sonde de CROP.

À part 15% d'électionomanes, une écrasante majorité d'électeurs ne veulent pas entendre parler d'un nouveau scrutin. Le résultat serait sans doute similaire dans le reste du pays.

Par ailleurs, le scénario d'une coalition libéraux-NPD au pouvoir semble plaire, ce qui serait certainement moins vrai dans l'Ouest et dans l'Ontario rurale.

Mais il manque une question dans ce tableau de CROP: pourrait-on régler la crise en collaboration avec les partis de l'opposition et garder le gouvernement conservateur?

Il faudrait poser cette question dans tout le pays, mais il y a de fortes chances qu'elle recueille un fort taux d'appui.

Le gouvernement Harper a erré depuis quelques semaines, certes. Il s'est égaré sur ses vieux sentiers de la droite.

Cela dit, il a été élu démocratiquement il y a seulement sept semaines. Il a obtenu tout près de la majorité et réduit le Parti libéral à son plus faible résultat de l'histoire moderne du Canada.

La remise en question de la légitimité du gouvernement Harper est plus affaire de rhétorique partisane de ses opposants que de la réalité politique canadienne.

Quand les libéraux affirment que les conservateurs n'ont plus aucune crédibilité (en ont-ils déjà eue à leurs yeux, de toute façon?), c'est nier le résultat des élections toutes récentes.

C'est nier aussi un autre problème fondamental pour les libéraux: qui est leur chef? Qui veulent-ils asseoir sur le fauteuil de Stephen Harper? Stéphane Dion, renié par son caucus? Michael Ignatieff ou Bob Rae? Ces deux-là, en plus de l'autre candidat à la direction du PLC, Dominic Leblanc, ont justement discuté de tout cela, hier soir à Toronto.

Quand on voit Jack Layton saliver à l'idée de décrocher deux ou trois ministères prestigieux, il y a de quoi se poser des questions sur ses véritables ambitions: le Canada ou le NPD?

Quand Gilles Duceppe, avant même d'avoir attendu les premiers reculs significatifs des conservateurs, affirme que le lien de confiance est brisé (y a-t-il déjà eu lien de confiance entre les conservateurs et le Bloc?) et que rien ne pourra le réparer, cela trahit son empressement à se débarrasser de ce gouvernement.

Le Bloc a reçu un mandat clair le 14 octobre dernier: bloquer Harper, l'obliger à respecter les demandes et les intérêts du Québec. Il n'a pas reçu le mandat de pousser les libéraux au pouvoir.

Gilles Duceppe a donc le devoir, comme les autres chefs de l'opposition, de pousser Stephen Harper à reculer encore, à faire ce pour quoi il a été élu: préparer le Canada à la crise économique.

D'autant plus que Stephen Harper est en position de faiblesse. Et d'autant plus que, s'il est vrai que la crise économique est la priorité à Ottawa, ce n'est pas en prolongeant une crise, en déclenchant des élections ou en jouant aux apprentis sorciers avec un gouvernement de coalition que l'on va s'y préparer.

Les partis de l'opposition ont toutefois raison de dire que le gouvernement Harper n'a aucun plan pour l'économie. Ce n'est pas surprenant. Après tout, Stephen Harper n'a rien proposé durant la dernière campagne électorale, sinon cette promesse creuse de s'occuper de la crise économique.

En plus, il a tenté d'introduire des mesures toxiques pour l'opposition, comme la fin des subventions aux partis politiques ou la suppression du droit de grève dans la fonction publique.

L'esprit de collaboration entre le gouvernement et l'opposition, dont parlait M. Harper quelques jours après sa réélection, a bel et bien été endommagé. N'y a-t-il aucune autre solution que de renverser le gouvernement? Il n'y a plus rien à faire?

Et si, au contraire, la crise actuelle démontrait l'inverse? Stephen Harper recule, l'opposition fait des gains. On continue.

Douteux, mais avant de culbuter le gouvernement, les partis de l'opposition ont le devoir de vérifier jusqu'à quel point celui-ci est prêt à reculer. En deux jours, ils ont déjà obtenu plus de reculs que durant les 30 premiers mois de Harper I.

La suite, à partir ce matin, dépend donc de deux choses: le degré d'entêtement de Stephen Harper et l'appétit des partis de l'opposition pour le pouvoir.

Courriel: Pour joindre notre chroniqueur: vincent.marissal@lapresse.ca

 




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