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La fameuse règle du 70% déboulonnée

(Montréal) En matière de planification financière, on aimerait souvent avoir une réponse simple à une question complexe. Malheureusement, les fameuses « règles du pouce », comme disent les Anglos, sont généralement de mauvais guides.

Vous vous demandez combien mettre d'argent de côté pour votre retraite ? Certains vous répondront tout de go de cotiser au maximum à votre REER. D'autres vous diront d'épargner 10 % de votre salaire par année, comme le suggérait David Chilton dans son best-seller Un barbier riche.

Tant mieux si cela vous pousse à épargner. Ce sera toujours mieux que rien. Mais en vérité, ces réponses à l'emporte-pièce ne valent pas grand-chose.

Si vous gagnez 20 000 $ par année, il est possible que vous n'ayez presque pas à épargner pour maintenir votre niveau de vie à la retraite, compte tenu des prestations gouvernementales. À l'inverse, si vous êtes un haut salarié, il se peut que vos cotisations REER ne soient même pas suffisantes.

Bref, la réponse est extrêmement variable. Elle dépend d'une foule de facteurs, comme vos revenus, l'âge prévu de votre retraite, votre situation familiale, etc.

Idem pour la fameuse règle du 70%.

On dit souvent aux investisseurs qu'une fois à la retraite, ils auront besoin d'environ 70 % de leur salaire final pour maintenir leur niveau de vie. Autrement dit, si votre salaire s'élève à 100 000 $, vous devriez vous en tirer avec 70 000 $ une fois à la retraite.

Mais encore une fois, cette formule clé en main est trop simpliste. Si on ressort souvent cette affirmation, c'est que le fameux 70 % correspond à ce qu'un travailleur recevra à la fin de sa carrière si son régime de retraite lui offre une rente équivalant à 2 % de son salaire multiplié par 35 années de service.

On dit aussi que ce 70 % sera suffisant pour qu'il maintienne son niveau de vie parce qu'une fois à la retraite, ce travailleur n'aura plus à faire de cotisations (RRQ, assurance-emploi, régime de retraite, etc.) et que son taux d'imposition baissera.

Or, ce calcul est très aléatoire et il n'a rien à voir avec le véritable coût de la vie qu'on veut préserver à la retraite, déplore Éric Brassard, planificateur financier et conseiller en placement auprès de Brassard Goulet Yargeau et Patrimoine Hollis.

À son avis, la règle du 70 % ne tient tout simplement pas la route.

D'abord, la règle ne tient pas compte du niveau de revenus des travailleurs. Peut-on suggérer à quelqu'un qui gagne 20 000 $ par année de se contenter de 14 000 $ à la retraite ? Je ne voudrais pas être à sa place !

Ensuite, la règle se fonde sur des revenus avant impôt, ce qui n'a pas de sens. Plus du tiers des travailleurs ne paient aucun impôt, alors que d'autres ont un taux d'imposition marginal de 50 %. Ça fait toute une différence !

La méthode ne considère pas la fiscalité à la retraite non plus. Or, le même 100 000 $ dans un CELI, une maison ou un REER n'a pas du tout la même valeur après impôt. Il faut le considérer.

Aussi, la règle fait complètement abstraction de la situation familiale, ce qui est pourtant primordial. En effet, un couple qui a une maison et deux enfants devrait voir son coût de vie diminuer considérablement à la retraite, lorsque l'hypothèque sera remboursée et que les enfants auront terminé leurs études. Pour eux, l'objectif de 70 % pourrait être trop élevé.

Même chose si la famille a beaucoup d'actifs : un chalet, des placements non enregistrés, un héritage qui tombe du ciel, etc. À la retraite, ces biens pourront être graduellement vendus et utilisés pour vivre. Mais la règle du 70 % n'en tient pas compte, car il ne s'agit pas de revenus.

Tous ces exemples prouvent que la règle du 70 % ne fonctionne pas.

Ce n'est pas tant le chiffre qui est mauvais en soi, mais l'approche en tant que telle. Elle est conçue pour trouver une réponse simple à une problématique trop complexe pour être réduite à un seul chiffre, constate M. Brassard.

Alors, comment déterminer combien il vous faudra pour bien vivre à la retraite ? Ce n'est pas sorcier : il faut faire votre budget !

Faites le tour de vos dépenses actuelles pour établir votre coût de vie. Ensuite, projetez-vous dans le temps et essayez d'imaginer combien vous allez consacrer à chaque poste de dépenses une fois à la retraite. Vous aurez votre réponse.

Le malheur, c'est que les épargnants ne font pas l'exercice. Des études en littératie financière ont déjà démontré que les investisseurs ont beaucoup plus tendance à suivre les « règles du pouce » qu'à mettre en application des conseils plus complexes. C'est la nature humaine.

Mais si vous demandez l'aide d'un spécialiste, ce ne sera pas si compliqué. En partant de votre train de vie, il pourra vous dire combien épargner pour la retraite en tenant compte de toutes les variables importantes : l'inflation, le taux de rendement de vos placements, etc.

Vous verrez alors si l'équation fonctionne. Si ce n'est pas le cas, il faudra alors épargner davantage ou reporter l'âge de la retraite. Mais au moins, vous saurez exactement à quoi vous en tenir. Ensuite, la recette sera aussi facile à suivre qu'une règle du pouce.

Octobre est le mois de la planification financière de la retraite. Alors, cessez de vous tourner les pouces et faites votre plan !




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