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Le nouveau club-école de la haute finance

Stéphane Corriveau, président de la firme de gestion d'obligations AlphaFixe, parle avec un enthousiasme communicatif de son bébé: le nouveau club-école de la finance montréalaise.

Un projet unique au monde, mis de l'avant par un groupe de financiers montréalais totalement bénévoles, sans l'ombre d'une subvention gouvernementale, dans le seul et unique but de stimuler la place financière de Montréal et de la province.

Le Programme des gestionnaires en émergence du Québec, qui sera sur les rails d'ici la fin de l'été, promet déjà d'être une formidable pépinière qui permettra l'éclosion de nouvelles entreprises dans le domaine de la gestion institutionnelle, un créneau à forte à valeur ajoutée dont l'économie montréalaise n'a pas le luxe de se passer.

«Il y a 8000 étudiants en finances à Montréal. Elles vont travailler où, ces personnes-là?», se questionne M. Corriveau. «Nous, on veut lancer un programme qui permettra de créer de nouvelles firmes qui vont être génératrices d'emplois», enchaîne l'entrepreneur.

Dans le premier volet du programme, un groupe de caisses de retraite va fournir 200 millions de dollars. Ce montant sera confié à cinq ou six jeunes firmes sélectionnées parmi les 25 qui ont déjà soumis leur candidature.

Un deuxième volet de 100 millions s'adressant aux gestionnaires alternatifs en émergence (hedge fund) a été lancé cette semaine. Quatre jeunes firmes devraient être retenues.

Dès septembre, l'argent sera débloqué. Une dizaine de firmes de gestion émergentes auront donc la chance de faire leurs preuves dans un domaine qui, autrement, est aussi difficile à percer que le secret de la Caramilk.

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L'idée du programme vient de l'expérience d'Hexavest en sol américain. Quand cette firme montréalaise spécialisée dans les actions internationales a voulu offrir ses services aux États-Unis, en 2005, elle a fait 250 présentations, cogné à la porte de tous les consultants, de toutes les caisses de retraite.

Chaque fois, on lui répondait: «Avez-vous déjà un client aux États-Unis? Non? Revenez nous voir quand vous en aurez un», raconte son vice-président, Robert Brunelle.

Finalement, Hexavest a pu faire ses premières armes en découvrant le concept des clubs-écoles. Aux États-Unis, plusieurs grands régimes de retraite ont une «écurie» de jeunes gestionnaires qui sont suivis à la trace par une firme spécialisée qui analyse leur processus d'investissement et surveille leurs transactions en temps réel.

Partie de rien, Hexavest gère aujourd'hui près de 20 milliards d'actifs avec 44 employés, ce qui en fait l'un des plus grands succès d'entrepreneuriat financier de Montréal. Mieux encore: près de 60% de ses actifs proviennent de clients étrangers, aux États-Unis, en Europe et en Asie.

Pourquoi ne pas créer le même genre de club-école au Québec? s'est alors demandé Hexavest dont le président, Vital Proulx, a pris les rênes du chantier Entrepreneuriat de Finance Montréal, qui a été le terreau du nouveau programme.

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Vital Proulx et Stéphane Corriveau ont fait la tournée des caisses de retraite pour mieux comprendre leurs réticences à confier des actifs à de jeunes gestionnaires.

Les comités de retraite qui ont un devoir de fiduciaire s'en remettent aux recommandations des grandes firmes d'actuaires. Et pour être sur leur radar, les gestionnaires doivent présenter un historique de rendement de cinq ans et géré plusieurs centaines de millions.

Pour les jeunes gestionnaires, c'est l'oeuf et la poule. Pas d'historique de rendement, pas d'actifs. Pas d'actifs, pas d'historique de rendement. Et bonne chance pour percer!

«C'est faisable, mais c'est trèèèès difficile», dit M. Corriveau, qui a réussi à décrocher un premier mandat de l'assureur SSQ après avoir lancé sa boîte en 2008. Aujourd'hui, son entreprise gère plus de 3 milliards.

Plusieurs études américaines démontrent que les gestionnaires émergents ont de meilleurs résultats que les grands gestionnaires établis, notamment parce qu'ils ont plus de flexibilité pour investir dans des catégories d'actif moins liquides comme les petites capitalisations.

Malgré tout, les clients ont peur de se mouiller. «Aucun client ne veut être le premier. Tout le monde veut être quatrième ou cinquième. Avec le nouveau programme, ils vont être les cinquièmes tous ensemble», explique Mario Lavallée, professeur de finance à l'Université de Sherbrooke.

Le club-école leur offre une solution crédible, clés en main et à faibles coûts. Clés en main parce que la sélection et le suivi des jeunes gestionnaires, une tâche longue et fastidieuse, sera réalisée par le comité de placement du programme et par Innocap (Banque Nationale). Crédible parce que le comité de placement rassemble 15 poids lourds de l'industrie de la finance du Québec, dont les représentants de cinq firmes d'actuaires concurrentes qui ont accepté de collaborer pour le projet. À faibles coûts parce que tous ces acteurs travaillent pro bono pour favoriser la naissance de nouvelles entreprises... qui deviendront un jour des concurrents.

Mais cela n'inquiète pas M. Corriveau. «La concurrence, ça fait juste te pousser à être meilleur, dit-il. Nous, on veut créer un milieu financier beaucoup plus dynamique à Montréal et au Québec. Si mes enfants ou mes neveux veulent travailler en finance, j'aimerais bien qu'ils puissent travailler à Montréal. Il faut qu'il y ait des entrepreneurs qui développent ce pôle-là.»




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