La Ville de Montréal a adopté, cette semaine, son nouveau règlement sur l'encadrement des animaux domestiques. Les pitbulls n'y sont pas interdits. On crée une nouvelle catégorie de chiens dits potentiellement dangereux. Ça peut autant être un doberman qu'un chihuahua. Bref, n'importe quel chien ayant mordu ou tenté de mordre doit être évalué par la Ville.

Publié le 25 août 2018
Stéphane Laporte LA PRESSE

À l'issue de l'évaluation, le chien sera classé, soit comme potentiellement dangereux ou dangereux. S'il est classé dangereux, il devra être euthanasié. Montréal créera aussi un registre des chiens potentiellement dangereux, ce qui permettra aux citoyens de savoir si le chien du voisin risque de leur sauter dessus. Un homme averti court plus vite.

Puisque c'est un règlement qui concerne les animaux domestiques, et que je n'en suis pas un, ne voulant surtout pas être accusé d'appropriation culturelle ou d'appropriation domestique, j'ai demandé à mon chat Bécaud de vous livrer son opinion. Il s'est longtemps allongé sur mon clavier et voici ce que ç'a donné. À toi, Bécaud : 

« Ah, les chiens ! Ces grands nerveux ! Trop intenses. Toujours la langue à terre. Les humains les aiment tellement. Je comprends, ils font tout ce qu'ils veulent. Couché ! Debout ! Assis ! Va chercher ! Nous, les chats, on n'est pas comme ça. Si tu veux me flatter, c'est parfait, sinon, laisse-moi tranquille. Compte pas sur moi pour t'apporter tes pantoufles, t'aider à trouver du gibier ou renifler de la drogue dans une valise. No way ! On a une vie, nous ! On n'est pas dépendants affectifs de nos maîtres. On est très reconnaissants pour la bouffe et le toit, mais pour le reste, fais tes affaires, je vais faire les miennes. Tandis que la vie de chien est totalement contrôlée par les humains. Ils ne font rien sans eux. Ils les suivent partout. Ils ne peuvent même pas faire pipi sans eux. Les pauvres ! C'est certain que lorsqu'une relation est aussi fusionnelle, quand ça dérape, ça devient dangereux.

« Voilà pourquoi ça prend un règlement pour nous protéger des chiens désorganisés. Nous, les chats, on n'a pas besoin de ça. Quand on sort les griffes, suffit de nous parler fort et on se sauve. Quand tu parles fort à un pitbull, il se sauve aussi, mais avec ton bras. Entre vous et moi, un pitbull, c'est traumatisant. Surtout si, comme moi, vous êtes plus bas que lui. Quand il aboie, tu déguerpis. Mais je suis d'accord avec les autorités, ce n'est pas le seul chien à éviter.

« Attendez deux secondes, faut que je me gratte, ce ne sera pas long...

« Bon, c'est fait. Reprenons...

« Le nouveau règlement vise à responsabiliser les maîtres. Je suis d'accord avec ça. Si ça va mal dans le monde, c'est beaucoup plus la faute des maîtres que des animaux. C'est pour ça qu'il y a des milliers de règlements à propos des humains dangereux et un seul à propos des animaux domestiques dangereux.

« Le problème de la nouvelle mesure, c'est qu'elle est trop molle. Croire que tous les maîtres vont avertir la Ville quand leur chien a mordu ou tenté de mordre quelqu'un, c'est faire trop confiance au jugement du maître. Je connais bien des maîtres moins futés que leurs caniches.

« Attendez, faut que je me lave un peu...

« O.K., ça va mieux...

« Bref, on ne prévient rien, en laissant tout dans les mains du maître. La nouvelle règle manque de mordant. On dirait que c'est un règlement de gens qui, au fond, aimeraient mieux ne pas faire de règlement, mais qui doivent en faire un quand même. C'est mon instinct de chat qui me dit ça. Un registre, c'est ben le fun, mais on fait quoi quand on sait que le chien du voisin est dangereux, on ne va plus dehors, on déménage ? Et puis, on le consulte quand, le fameux registre ? Vais-je devoir vérifier tous les matins s'il y a un chien méchant dans le coin ? Pour paraphraser Yvon Deschamps, on ne veut pas le savoir, on ne veut plus le voir !

« Si vous voulez vraiment responsabiliser les maîtres face aux agissements de leurs chiens, il n'y a qu'une façon : ce que fait le chien, fait le maître. Les agissements du chien deviennent les agissements du maître. Un chien te mord, c'est son maître qui t'a mordu. Et il subit les conséquences autant que son toutou. Quand tu te donnes le titre de maître, faut que tu en assumes la responsabilité. Faut que tu maîtrises celui sous ta gouverne. En ce moment, c'est injuste, il n'y a que la bête qui écope. Ce n'est que lorsque les humains seront punis pour les actes commis par leurs animaux qu'ils vont vraiment veiller à ce que leurs animaux agissent correctement.

« Un instant, faut que j'aille manger...

« Bon, ça fait du bien...

« Les lobbys pro-chiens n'arrêtent pas de le clamer : ce n'est pas la faute des chiens, c'est la faute des maîtres. Ben si c'est la faute des maîtres, c'est eux qu'il faut accuser.

« Avec une telle mesure, quand un chien va commencer à avoir un comportement agressif, le propriétaire va le faire évaluer, croyez-moi. Un humain est beaucoup plus motivé pour sauver sa propre peau que celle de son voisin. Et même que celle de son chien.

« Sur ce, maintenant que j'ai trouvé la solution, si vous me permettez, je retourne me coucher. Il est 2 h de l'après-midi, après tout. Miaou ! »