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La faute de l'internet

Stéphane Laporte

Collaboration spéciale

La Presse

Tout est de la faute de l'internet. L'intimidation? La faute de l'internet. Le terrorisme? La faute de l'internet. Le racisme? La faute de l'internet. Le sexisme? La faute de l'internet. Tant qu'à faire, le mauvais temps? La faute de l'internet aussi.

Non, mais comme ça devait bien aller sur la Terre avant l'internet! Au XXe siècle, ça devait être le paradis! Justement, non. Il y a eu deux guerres mondiales, une bombe atomique et un holocauste, sans que ce soit la faute de Facebook, de Twitter ou des sites haineux.

L'homme a cette fâcheuse habitude de toujours blâmer ce qui est à l'extérieur de lui, plutôt que ce qui est en lui. En ce moment, l'internet a le dos large. On en parle avec mépris. Comme si c'était l'incarnation du mal. On le désigne comme une arme terroriste, parce que les radicaux recrutent des membres en se servant du web.

L'auteur de l'attentat à la rédaction de Charlie Hebdo a communiqué des tas de fois par téléphone avec celui de la prise d'otages au supermarché casher pour synchroniser leurs attaques. Est-ce la faute de Graham Bell s'il y a eu 17 innocentes victimes en France, début 2015? Est-ce la faute des frères Wright si les tours du World Trade Center se sont effondrées, le 11 septembre 2001?

Le téléphone et l'avion sont deux formidables inventions qui permettent aux hommes de se rapprocher, de communiquer entre eux, de se connaître. Ce sont aussi deux inventions qui peuvent permettre de commettre les pires horreurs.

Le problème, ce n'est pas la technologie, le problème, c'est celui qui l'a entre les mains.

L'internet est l'une des grandes réalisations de l'être humain. Relier sur un même réseau le savoir planétaire, fallait le faire. Tout y est ou presque. Le meilleur et le pire. Au bout du doigt.

Bien sûr, il se dit des conneries sur les réseaux sociaux. Mais il se dit aussi des choses intéressantes. Dans quelle proportion? Dur à dire. Sûrement dans la même proportion que les gens se disent des conneries et des choses intéressantes dans la vie de tous les jours. Au bureau, au restaurant, dans la cuisine, dans le lit. L'humain ne devient pas un Prix Nobel parce qu'il a, devant lui, un clavier. S'il est brillant, il est brillant, s'il est con, il est con.

Quand il est con dans sa maison, il y a juste sa famille qui le sait. Quand il est con sur l'internet, on peut être une maudite gang à le savoir. C'est la seule différence.

Arrêtons de démoniser l'internet. Et pointons les véritables coupables: ceux qui s'en servent. Les connaissances et les opinions n'ont jamais voyagé aussi rapidement. On aurait pu espérer que cela allait ouvrir les esprits. Sûrement que des gens voient le monde différemment parce qu'ils sont en contact avec l'ailleurs. Ça peut libérer. Ça peut aussi embrigader, cloisonner, comme on le constate avec tous ces jeunes qui deviennent radicaux.

Peu importe l'invention ou la découverte, les gens bien s'en serviront pour faire le bien, et les gens mauvais s'en serviront pour faire le mal. La roue a permis à des millions d'humains d'aller plus loin, elle en a aussi écrasé des millions d'autres.

Il ne faut surtout pas délaisser l'internet parce que c'est un lieu où se propagent des tonnes d'idioties. Au contraire. Il faut que les gens aux idées rassembleuses, à l'esprit ouvert, y propagent leurs pensées. C'est la seule façon de contrer la connerie.

Grâce à l'internet, des millions de gens seuls peuvent soudainement entrer en contact avec d'autres millions de gens seuls. Ces solitudes additionnées peuvent s'apaiser entre elles, comme elles peuvent multiplier leur haine du monde. Venger leur sentiment de rejet. Elles pourraient aussi apprendre à aimer, aimer ce que le monde est, aimer qui elles sont. Mais pour ça, il faut que l'internet soit investi de ressources positives.

Plus les gens, en ouvrant leur ordinateur, se sentiront admis, acceptés, compris par la société, moins ils comploteront pour la détruire. On peut chasser les organisations terroristes du web, mais on ne peut pas y chasser le désespoir. Et il y aura toujours une association qui, pour son profit, proposera des solutions désespérées aux désespérés.

Bref, c'est toujours l'histoire du monde qui se répète, une minorité d'insensés qui tyrannise une majorité de gens sensés mais passifs. Que ça se passe dans un champ ou sur l'internet, la solution est dans l'action. Tant que nous serons en réaction aux agissements des violents, nous serons toujours un coup derrière eux. À la merci de se faire mettre échec et mat.

On peut bien dire qu'un fou, c'est un fou, qu'on ne peut rien y faire. Mais le jour où le fou s'en prendra à nous ou à nos enfants, on aurait bien aimé que quelqu'un fasse quelque chose.

C'est la faute à l'internet, c'est facile à dire. Mais c'est faux.

C'est la faute aux cons.

Et c'est la faute à ceux qui laissent les cons avoir une emprise sur les futurs cons. Qui auraient peut-être pu devenir des futurs pas cons.

Arrêtons de souligner toutes les idioties écrites sur les murs du Net, et allons donc y écrire des propos inspirants qui feront tomber les murs.

Faut pas lâcher, même durant la relâche!




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