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Le Mondial de la simulation

C'est un sport d'une grande pureté qui se joue en culottes courtes. Un champ, un ballon et des hommes musclés, beaux comme Louis-Jean Cormier, qui se déplacent dans un ballet d'émotions et de stratégies. Tous les quatre ans, les princes de tous les continents s'affrontent pour déterminer les rois du football. Ça s'appelle le Mondial. Et ça se déroule en ce moment au Brésil.

Premier match du tournoi: la Croatie croise le crampon avec le pays hôte. C'est 1 à 1. Le Brésilien Fred reçoit une passe dans la surface de réparation, le Croate Lovren lui touche l'épaule légèrement, Fred tombe comme si Obélix venait de le frapper avec un menhir. L'arbitre Nishimura donne un penalty au Brésil. Merde!

Un penalty au soccer, ce n'est pas comme un tir de punition au hockey. Au hockey, le gardien couvre presque tout le filet. Il ne reste que quelques ouvertures au tireur qu'il doit viser avec précision. Au soccer, le gardien fait pitié. Le filet est assez grand pour attraper Moby Dick. Le gardien a l'air d'un poisson des chenaux devant le but. Neymar, désigné pour le penalty, manque son tir, le gardien Pletikosa, en plongeant à sa droite, fait dévier le ballon, mais le but est tellement immense que même si le ballon dévie, il rentre dedans. 2 à 1 Brésil. La Croatie ne s'en remettra pas. Victoire 3 à 1, les strings se font aller.

Bien sûr que la caresse de Lovren sur Fred ne méritait pas une aussi sévère pénitence. L'arbitre s'est trompé, ou plutôt il a été trompé. Fred a fait l'acteur pour provoquer une faute et sa saynète a fonctionné. Durant le Mondial, il y aura des dizaines de joueurs qui feront semblant d'avoir été enfargés, retenus ou frappés pour que l'arbitre impose une punition à l'opposant.

La simulation existe depuis toujours. On prétend que l'équipe italienne fut la première à s'exercer à tomber durant les entraînements. Selon le gardien italien Roma, plonger pour obtenir un penalty, cela fait partie du jeu. Il faut maintenant prendre le mot «jeu» au sens de l'Actors Studio. Le footballeur ne joue pas que le match, il joue aussi une pièce. C'est un art. Il faut grimacer et se tordre de douleur au bon moment, quand l'adversaire est assez proche pour que l'illusion soit créée. Trop tôt, on a l'air con. Trop tard, on a l'air encore plus con.

Sur place, les joueurs de foot ont tous l'air d'être de grands acteurs, des Kevin Spacey, on y croit. Mais à la maison, au petit écran, au super ralenti, ils ont tous l'air de Steven Seagal. Trop, c'est trop. On n'en revient pas de leur jeu grossier et on condamne l'arbitre d'être tombé dans un tel piège. Sauf que l'arbitre n'a pas le droit au ralenti, il est entouré de 70 000 personnes qui crient et il essaie de suivre une vingtaine de gars qui courent. Pas évident. C'est déjà difficile de repérer les coups illégaux, imaginez si, en plus, il doit départager les vrais des faux.

Ceux qui font partie de l'école «tout pour gagner» félicitent le joueur qui trébuche sans qu'on l'accroche tel Olivier Guimond au Théâtre des Variétés. Je pense que cette comédie n'a pas sa place. La Coupe du monde de foot n'est pas là pour récompenser la meilleure équipe de comédiens, il y a les Oscars pour ça. La Coupe du monde de foot récompense la meilleure équipe d'athlètes. Ceux qui courent, qui driblent, qui tirent, qui bloquent. Ceux qui restent debout. Un sportif n'est pas censé faire semblant, un sportif est censé jouer pour vrai.

Gagner en sournois, ce n'est pas gagner. La simulation devrait être condamnée par le code d'honneur des joueurs. À la petite école, dès qu'un élève restait couché au sol, la chorale des joueurs des deux équipes se mettait à chanter: «Féqueux! Féqueux!» Ce n'était pas long que l'acteur se relevait. Et s'il était blessé pour vrai, on criait: «Féqueux!» quand même. La pression de nos semblables nous apprenait à être durs avec nous-mêmes.

Les autorités de la FIFA doivent prendre des mesures pour mettre fin à l'épidémie de simulations. Le goût de la victoire en est devenu amer. Est-ce que les arbitres devraient avoir le droit de consulter la reprise? Il le faudra bien. Sinon, parmi les milliards de personnes qui observent le match, ils demeureront ceux qui le voient le moins bien. Ça tombe mal, ils sont ceux qui décident de tout.

Mais surtout, la technique de la simulation devrait être méprisée par les gens du foot eux-mêmes. Au hockey, on n'a pas beaucoup de considération pour les tragédiens. Pat Burns a déjà laissé Claude Lemieux étendu sur la glace, en train de faire son cinéma, pendant de longues minutes, sans lui envoyer aucun secours. Aucun coéquipier ni soigneur ne s'est approché de lui. Lemieux a dû se relever avec son petit bonheur. Burns ne mangeait pas de ce pain-là. Gagner, oui, mais pas en faisant semblant. Si les coachs au football avaient la même attitude avec leurs joueurs, il y aurait moins d'incidents à la Fred.

La Coupe du monde est un trop bel événement pour laisser les clowns gâcher le spectacle.

Je nous souhaite des joueurs droits, autant du corps que de l'esprit.

Bon Mondial à tous! Et surtout, ne faites pas semblant de le suivre, suivez-le pour vrai.




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