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Savoir gagner

Stéphane Laporte

Collaboration spéciale

La Presse

Il n'y aura pas de défilé de la Coupe Stanley dans les rues de Montréal. La Molson ne coulera pas dans les nids-de-poule. Les carrés bleu-blanc-rouge ne manifesteront pas leur joie. Le rêve s'est terminé jeudi dernier à New York.

La ville est triste, mais elle va s'en remettre. Le soleil va nous consoler de ses rayons. Il va prendre le relais. Juste à temps. Parce que si on a eu un merveilleux printemps, ce n'est surtout pas grâce à lui. Ça n'a pas été un printemps solaire, ç'a été un printemps Therrien!

On ne peut pas être heureux d'une défaite en finale de conférence, mais on peut être respectueux du chemin parcouru. Le Canadien s'est rendu plus loin qu'on ne le pensait et moins loin qu'on ne l'espérait. C'est déjà ça. Durant cette épopée interrompue, deux matchs resteront longtemps dans nos mémoires: le septième match à Boston et le cinquième contre les Rangers à Montréal.

Rappelez-vous lors du match décisif contre les Bruins, on était tous en sueur devant nos téléviseurs. L'équipe de Claude Julien était la meilleure équipe de toute la LNH en saison régulière, elle jouait chez elle, elle ne pouvait pas perdre. Puis, dès le début du match, Brière passe à Weise, et c'est le but! Weise, on ne sait même pas encore prononcer son nom comme du monde, et pourtant il a été l'un de nos plus valeureux guerriers de cette campagne 2014. Ce sont les efforts combinés des joueurs de l'ombre comme Weise, Prust, Bournival et des joueurs vedettes comme Subban, Pacioretty et Price qui ont permis au CH d'étendre la peau de l'ours. Compte final: 3 à 1. Montréal a klaxonné toute la nuit. Go Habs Go! Tout est possible!

Pourtant, au match suivant, c'est la catastrophe. Les Rangers écrasent le Tricolore, 7 à 2. Disparue, la belle complémentarité de nos talents rassemblés. L'équipe a laissé son désir à Boston. Comme si l'élimination de l'éternel rival les avait rassasiés. Lors du premier match contre New York, le Canadien n'avait pas encore digéré sa victoire contre Boston. Étonnamment, c'est plus long digérer une victoire qu'une défaite. Parce qu'une victoire fait grossir le ventre et la tête. Elle contente. Elle satisfait. On se pourlèche. Tandis que la défaite nous laisse sur notre appétit. Elle a un goût amer qu'on veut chasser. On saute sur la glace comme des affamés. Encaisser une défaite, ça fait mal. Ça réveille. Encaisser une victoire, ça fait du bien. Ça endort.

Lors du cinquième match, au Centre Bell, le CH avait retrouvé sa flamme. Sa cohésion. Tous les joueurs ont apporté leur contribution. Ils ont dévoré l'équipe de la Grosse Pomme. Un match de fous, une belle victoire. Trop belle. Deux jours plus tard, ils flottaient encore. C'est comme ça qu'on passe d'avoir compté sept buts à en compter zéro. On pensait avoir trouvé la recette. L'adversaire s'est ajusté. Il n'y a pas de recette. Juste une volonté. Et les Rangers voulaient plus. Voulaient encore. C'est après ses deux plus grandes victoires que le Canadien a connu ses deux plus difficiles revers. Dans ce sport d'émotions, il faut se méfier de nos gains. Il faut savoir gagner.

Le CH sait rebondir d'une défaite, il ne sait pas encore rebondir d'une victoire. Quand le Canadien ne devait pas gagner, il gagnait. Ce que les joueurs devront apprendre, c'est gagner quand ils le doivent. Quand on les prend au sérieux. Quand on les attend de patin ferme.

En séries, il n'y a qu'une seule victoire, c'est celle du dernier match, du match pour la Coupe Stanley. Avant ça, ce ne sont que des périodes, ce ne sont que des étapes. Rien n'est joué. Rien n'est gagné. En battant Boston, les joueurs du bleu-blanc-rouge ont cru qu'ils venaient de gagner quelque chose. L'an prochain, ils sauront qu'ils n'avaient rien gagné encore.

C'est ainsi pour chacun de nous dans la vie. Nos échecs nous font grandir, alors que nos victoires nous portent à nous asseoir. C'est souvent après un grand triomphe qu'un artiste produira son oeuvre la moins achevée. Même chose pour le financier, le militaire, l'ouvrier. Toujours se méfier de l'instant suivant nos bons coups, c'est là qu'on est le plus vulnérable. On baisse notre garde.

Il faut croire en nous, mais il ne faut jamais se croire. La victoire n'est jamais acquise, elle est toujours à recommencer.

On ne joue pas pour gagner, on joue pour bien plus que ça, on joue pour tout donner. Que ce soit la deuxième période du premier match des séries ou la période de prolongation du septième match de la Coupe Stanley, toujours jouer à fond de train, comme si notre vie en dépendait. Parce que la victoire ne se gagne pas à un moment précis, elle se gagne en additionnant chaque moment. Même ceux des entraînements. Surtout ceux des entraînements.

La dynastie du Canadien des années 70 reposait sur le fait que les joueurs ne se satisfaisaient jamais d'une victoire. Même pas de celle de la Coupe Stanley. C'est pour ça qu'ils obtenaient la suivante. C'est pour ça qu'ils sont passés à l'Histoire. Des hommes que rien ne gâtait, pas même la gloire.

Pour être Glorieux, il ne faut surtout pas chercher la gloire, il faut chercher à se dépasser. C'est une quête jamais terminée.

Bref, les champions sont ceux qui, après avoir bu dans la Coupe, ont encore soif.

Go Habs Go! La prochaine saison commence bientôt.

Pour joindre notre chroniqueur: stephane@stephanelaporte.com




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