Des jeunes hockeyeurs de Rosemont devaient se trouver un nom d'équipe, vendredi soir dernier. Qu'ont-ils choisi, portés par le vent du 4 novembre ? Les «Petits Obama».

Rima Elkouri LA PRESSE

Des pouponnières d'Afrique aux arénas de Rosemont, le nom de Barack Obama résonne. Il coiffe des nouveau-nés, pousse à patiner plus vite et à se dépasser. Il inspire.Mais l'inspiration est une chose. La récupération en est une autre. Après l'«Obamanie», un autre phénomène semble prendre de l'ampleur : l'«Obamascarade», qui est l'art d'apprêter Obama à toutes les sauces dans l'espoir de profiter de sa popularité.

La campagne électorale québécoise nous a déjà offert quelques exemples du phénomène. De gauche à droite, tous les chefs politiques ont tenté de surfer sur la vague Obama au moment de lancer leur campagne. De Jean Charest à Pauline Marois en passant par Mario Dumont et Françoise David, aucun n'a pu résister à cette tentation. «Comment un seul homme peut-il servir à la fois les discours de la droite et de la gauche ?» demandait dans nos pages Forum Karine Prémont, de l'Observatoire sur les États-Unis de la chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM. Je me pose la même question.

Est-ce symptomatique d'un certain cynisme politique, comme le note la chercheuse ? Est-ce le signe de l'incroyable pouvoir de ralliement d'Obama ? Est-ce la preuve que des partis qui se disent si différents les uns des autres partagent au fond les mêmes idées ? Ou est-ce tout simplement que chacun interprète à sa façon le rêve qu'incarne Obama ?

Il y a tout de même des limites à l'interprétation. Quand on entend Mario Dumont oser faire un parallèle entre le vent de changement porté par Obama et la petite politique frileuse que l'ADQ met de l'avant, difficile de le prendre au sérieux. D'un côté, un homme politique brillant et visionnaire, qui a su incarner le désir de changement des Américains. De l'autre, un démagogue qui invente des histoires de sapin de Noël en péril pour mieux se poser en sauveur des traditions. La comparaison est si grotesque qu'il vaut sans doute mieux en rire. Un coup parti, pourquoi ne pas se réclamer de Martin Luther King ?

Françoise David a bien résumé ce qu'il y a de profondément incohérent dans la prétention de Dumont. «Barack Obama est le symbole de la lutte contre le racisme et l'intolérance. M. Dumont a soufflé sur les braises de l'intolérance au moment de la crise des accommodements raisonnables. Franchement, aller se réclamer de Barack Obama... Il faut avoir du culot.»

Le culot est une chose. L'audace en est une autre. Et c'est bien d'audace dont beaucoup d'électeurs, déprimés par le manque d'envergure de nos débats et de nos débatteurs, ont le plus soif en ce moment. «Je regarde la campagne provinciale et je suis déçu de voir nos politiciens avec des visions à court terme (8 décembre : être élu). Voilà leur vision. Voilà les changements qu'ils nous proposent», m'écrit un lecteur.

Quels ont été les grands débats de la campagne jusqu'à présent ? On a passé beaucoup de temps à se demander si le débat des chefs devait se faire assis ou debout. Si les sapins de Noël dans nos écoles sont menacés. Et si le temps n'est pas venu de trouver un nouvel emplacement pour accueillir le CHUM d'ici à 2058. Voilà pour les grands débats de fond. Je caricature à peine.

Sinon, il a bien été question de sujets plus importants, d'éducation et de santé, par exemple, mais dans les deux cas, les candidats se sont contentés de s'envoyer des flèches plutôt que de discuter avec rigueur et conviction des questions de fond. C'est ta faute ! dira l'un, qui se dit porté par le vent du changement. Non, c'est la tienne ! répondra l'autre, avec une audace tout aussi déconcertante. Barack Obama n'a qu'à bien se tenir.