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La leçon de français

Pierre Foglia
La Presse

Le français gagne du terrain, titrait mon journal jeudi. Je ne doute pas des statistiques, mais la manchette m'a quand même laissé songeur. C'est que, voyez-vous, ce même jour, je signais dans le même journal une chronique, en français, qui a suscité autant d'incompréhension que si je l'avais écrite en polonais. Alors peut-être bien que le français gagne du terrain en cela qu'on le parlerait de plus en plus dans la grande région de Montréal, mais se pourrait-il qu'on le comprenne de moins en moins?

Je sais que vous êtes quelques-uns à penser que je n'ai écrit ma dernière chronique que pour le plaisir d'y revenir. J'y reviens alors, juste un court extrait qui me servira de baromètre à mesurer la littératie ambiante. Littératie: la notion de littératie recouvre les fondamentaux - lecture, écriture - indispensables pour fonctionner dans une société de culture écrite.

Je revenais donc dans cette chronique sur le coming-out de Jason Collins, joueur de la NBA de sept pieds, mon intention était de déconner sur le sport, dernière planète où cela fait encore les manchettes d'avouer être gai. Je commence par prêter à Jason Collins d'avoir inventé sa gaititude pour se rendre intéressant, ce passage: Gai? Allons donc, un grand garçon comme lui! La moyenne des gais c'est quoi, cinq pieds six? cinq pieds sept?

Je le dis gentiment: les lecteurs qui ont passé tout droit à cet endroit ne savent pas lire. Une dizaine de courriels, c'est énorme pour me dire: où êtes-vous allé chercher que la moyenne des gais était de cinq pieds six, cinq pieds sept? Et plusieurs dizaines d'autres pour me dire que j'étais homophobe. Vous me lisez depuis combien de temps? Vingt ans? Trente? Comment pouvez-vous me prêter l'intention d'écrire sérieusement que «sauf pour ce joueur de basket, il n'y a pas de gais dans le sport professionnel» ? C'est ma culture, le sport, le milieu que je connais le mieux. Et quand j'écris que le sport est le refuge des vraies valeurs, en 30 ans, quand m'avez vu entendu parler sérieusement de vraies valeurs?

Je m'inquiète en terminant: «Où la jeunesse ira-t-elle maintenant chercher ses modèles?» M'avez-vous déjà entendu parler de «modèles pour la jeunesse» ? Vous savez où je me les mets, les modèles pour la jeunesse?

Ce qui me fait freaker comme un fou - et ça date de bien avant cette chronique -, c'est le sentiment d'arriver au bout de... de quoi? Du millénaire Gutenberg? De l'ère de la culture écrite.

Le tiers de la population du Québec est presque analphabète; 35% des jeunes de 15 à 25 ans sont analphabètes, leur niveau moyen de littératie est tout juste suffisant pour leur permettre d'envoyer un texto. Mais ce qui me fait vraiment capoter, c'est autre chose. C'est cette statistique, non disponible, qui nous dirait combien chez ceux capables de traiter et comprendre un texte complexe, combien lisent pour le plaisir de lire, lisent pour lire, pour rien, sans se demander: quécéquiveutdire?

Ce qui me fait le plus freaker, c'est ça: notre frénétique et incessante quête de sens. Notre empressement à fabriquer du sens tout le temps, à le shooter partout comme de la marde et, bien sûr, à s'irriter du moindre contresens.

Quécéquidit?

Y dit que les pédés sont de taille moyenne et mangent à des heures régulières.

On me répète bien sûr que l'écriture, la lecture n'ont pas toujours existé, qu'elles n'existeront pas toujours, ni la forme d'intelligence qu'elles déterminent...

Quelle sorte d'intelligence déterminent les technologies numériques? J'aimerais venir le constater dans 400 ans... En attendant, je crois comme Nicholas Carr, ce blogueur américain interviewé dans Québec Science par Elias Levy (numéro de mars), je crois qu'on confond intelligence et vitesse.

Bref, vous ne devriez plus lire cette chronique d'un autre temps si vous êtes pressé. Et encore moins la lire si vous cherchez du sens. Y en a pas.

LECTURES - Parlant de livres, je me demande si je ne suis pas bipolaire. J'entre parfois à ma librairie de reculons, levant le nez sur tous les titres - ah non pas ça, ah non pas lui. L'autre jour, c'était le contraire. J'étais allé me chercher le Robert Lévesque - Digressions - que j'avais fait mettre de côté, et puis me voilà à feuilleter Louis Cornellier, que je lis tous les samedis dans Le Devoir. Envoye donc le Cornellier, et puis le Tom Wolfe, Bloody Miami et quatre autres dont un pour la couverture - une jeune femme au visage de cire dans une chemise de nuit rose - Les portes closes de Lori Saint-Martin. J'en avais pour... pour cher.

Je suis rentré à la maison , je les ai tous mis sur la table à café. Voyons, par lequel avais-je le plus envie de commencer?

Finalement j'ai allumé la télé et j'ai regardé le hockey.

LA FÊTE DES MÈRES - C'est pas pour faire mon comique, mais demain, c'est la fête des Mères, qu'il ne faut pas confondre avec la fête des Maires, qui avait lieu jeudi dernier à Laval. Parlant de mère toujours, celle de l'ex-coureur Tyler Hamilton, longtemps fidèle lieutenant de Lance Armstrong, a dû être drôlement contente quand elle a vu que Tyler lui dédiait son livre La course secrète.

Dans ce livre, Tyler raconte qu'il s'est fait faire des transfusions sanguines, qu'il a pris des tonnes d'EPO, de la Cera, de la testostérone, de la gonadotrophine, des corticoïdes, des hormones, de l'humatrope, de la nandrolone, du salbutamol, de l'IGF-1, de la tétracosactide, du synacthène... Ça parle de dope à toutes les pages sauf la deuxième, réservée à la dédicace: à ma maman.




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