Une médaille et le passage du flambeau

Meagan Duhamel et Eric Radford savourent la conquête... (PHOTO DIMITAR DILKOFF, AGENCE FRANCE-PRESSE)

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Meagan Duhamel et Eric Radford savourent la conquête de leur médaille de bronze olympique.

PHOTO DIMITAR DILKOFF, AGENCE FRANCE-PRESSE

(Gangneung) Le camp canadien est rongé par le doute. Oui, Meagan Duhamel et Eric Radford ont offert un programme long lumineux. Mais leurs chances de conserver leur troisième place du concours de patinage en couple sont incertaines. Leurs adversaires russes, dernière paire en lice dans cette compétition, leur rafleront une médaille sous le nez s'ils patinent avec aplomb.

En attendant le début de leur routine, l'entraîneur québécois Bruno Marcotte - il est aussi le mari de Meagan - s'accroche à un espoir. Il sait que les Russes, brillants dans les programmes courts cette saison, ont souvent éprouvé des ennuis avec le programme long. L'erreur de trop demeure une possibilité.

Quelques instants plus tard, c'est en plein ce qui se produit. Evgenia Tarasova chute à la réception d'un triple Salchow. Autour de Marcotte, les autres membres de l'équipe canadienne se disent que l'affaire est dans le sac: Duhamel et Radford monteront sur le podium.

Marcotte, lui, refuse de se réjouir trop tôt. Il n'a pas oublié que l'avance des Russes sur ses protégés était considérable après le programme court. Aussi fait-il les cent pas en attendant l'annonce de leur note. Quand celle-ci est dévoilée, le doute est balayé: le duo canadien mérite le bronze! Et pendant que Meagan et Eric s'enlacent dans une formidable manifestation de joie, la patineuse russe, dévastée, fond en larmes. Toute l'intensité des Jeux olympiques se concentre dans cette poignée de secondes.

«Je pourrai être heureuse jusqu'à la fin de ma vie, dit Duhamel, radieuse, quelques minutes plus tard. Je ressens un extraordinaire sentiment d'accomplissement. Au cours des huit dernières années, Eric et moi avons réussi tout ce dont nous pouvions rêver, et même davantage...»

À Sotchi en 2014, Duhamel et Radford ont terminé au septième rang, une déception. Quatre ans plus tard, ils obtiennent le bronze, en plus de l'or mérité au concours par équipes plus tôt cette semaine. «C'est formidable de mettre fin à notre carrière compétitive avec ces performances, ajoute Duhamel. Ç'aurait été si décevant de ne pas bien patiner et d'en demeurer aigris...»

***

Plus loin, Marcotte est animé par des émotions contradictoires. Cette médaille le transporte de joie, mais il en connaît aussi la signification: cette aventure unique avec deux patineurs d'exception est terminée. Un cycle de sa vie professionnelle s'achève sur la patinoire du Palais des glaces de Gangneung.

«Meagan et Eric n'ont jamais cessé d'y croire, dit-il. Ils ont tellement travaillé pour rebâtir leur confiance et leur force physique après leur septième place aux Championnats du monde de 2017. Ce n'est pas facile de réussir ça à 32 ans. Pour moi, c'est une journée extraordinairement heureuse, mais aussi un peu triste. Parce que c'est la fin d'un incroyable voyage...»

La grande roue du sport n'arrête pas de tourner. Et le duo Duhamel-Radford transmet le flambeau à deux jeunes Québécois pleins de talent et d'ambition, Julianne Séguin et Charlie Bilodeau. Ils ont terminé au neuvième rang de la compétition, un résultat emballant pour leurs premiers Jeux olympiques.

Bilodeau, originaire de Trois-Pistoles, était ému à la fin de leur excellent programme long. Le film des quatre dernières années de sa vie a joué en accéléré dans sa tête. En 2014, son père Robert est mort à l'âge de 54 ans, des suites de complications liées au diabète. Cela lui a porté un coup terrible. Au point de remettre en cause son engagement dans le patin.

«J'ai passé à deux doigts de tout arrêter, dit le jeune homme de 24 ans. Sa mort a brassé bien des trucs. Au final, je me suis rendu compte qu'à travers le patin, j'accomplissais le rêve de ma mère, qui est entraîneuse et fan de patin. Mais aussi celui de mon père qui, plus jeune, était un grand sportif, mais qui n'a pas eu les mêmes opportunités que moi. Comme celle d'avoir des parents qui m'ont laissé partir à un jeune âge pour la grande ville afin que je puisse atteindre mes ambitions. Quand j'ai réalisé que je poursuivais son rêve, ça m'a donné du gaz. Et je roule sur cette énergie depuis ce temps.»

À son arrivée au Village des athlètes, Charlie a demandé à Julianne de le prendre en photo devant les anneaux olympiques. Il a sorti de son sac un cadre avec une image prise il y a quelques années, où toute la famille (les parents et leurs deux enfants) est réunie, et l'a placée devant lui. «Comme s'il voulait dire mission accomplie, il avait amené son père ici... raconte son entraîneuse Josée Picard. C'était cool de voir ça.»

Julianne et Charlie ne sont pas encore très connus. Mais leur carrière s'annonce brillante et leurs rivaux devront les tenir à l'oeil à Pékin en 2022. Parmi toutes leurs qualités, une ressort particulièrement: leur plaisir d'offrir un spectacle aux gens.

«Plus l'ambiance est bonne, mieux ils performent, dit Josée Picard. Ça les allume. Avant la compétition, ils ont connu un ou deux entraînements catastrophiques. Mais ils avaient hâte à aujourd'hui. Ils patinent pour la foule.»

Et dans cette foule, il y avait la mère de Charlie. «Pour moi, c'était un must qu'elle soit ici», explique-t-il.

***

Je couvre les Jeux olympiques pour la septième fois. Mais je ne crois pas avoir vécu un moment plus ésotérique que durant cette compétition.

Me voici donc à Gangneung, en Corée du Sud, où deux patineurs nord-coréens sont accueillis chaleureusement par la foule... et leurs 200 compatriotes meneuses de claques. Dans le contexte géopolitique actuel, il s'agit déjà d'un fait intéressant... qui le devient encore plus quand on sait que Ryom Tae-ok et Kim Ju-sik se sont entraînés à Montréal durant huit semaines l'été dernier, habitant un appartement près du Stade olympique afin de recevoir les conseils de Bruno Marcotte.

Et à leur arrivée à Montréal, qui est allé les chercher à l'aéroport, avant de leur montrer les endroits pour faire les emplettes? Des patineurs sud-coréens, qui s'entraînaient aussi avec Marcotte.

Il fallait ensuite leur trouver une chanson pour le programme long. La chorégraphe Julie Marcotte, la soeur de Bruno, a choisi: Je ne suis qu'une chanson, une pièce écrite par Diane Juster et interprétée par Ginette Reno.

Alors, hier, on a eu droit à ce spectacle unique, où la voix riche de Ginette a retenti dans ce vaste amphithéâtre sud-coréen pour inspirer deux Nord-Coréens à se dépasser, sous l'oeil de leur conseiller montréalais.

Le sport est souvent magnifique.




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