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Les néo-Expos et leur stade

L'amphithéâtre naturel qui sera aménagé sur l'île Sainte-Hélène... (IMAGE FOURNIE PAR LA VILLE DE MONTRÉAL)

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L'amphithéâtre naturel qui sera aménagé sur l'île Sainte-Hélène profitera grandement à la société evenko, promoteur de festivals comme Osheaga et Heavy Montréal, mais sera entièrement financé par le secteur public.

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La semaine dernière, la Ville de Montréal a annoncé la mise en place d'un amphithéâtre naturel d'une capacité de 65 000 spectateurs au parc Jean-Drapeau. Le coût? Trente millions. La contribution du secteur privé, un des gagnants de l'opération? Zéro dollar.

Cet immense lieu de spectacle fait partie d'un vaste projet de 70,4 millions visant à moderniser le secteur ouest de l'île Sainte-Hélène. Le financement sera assuré à parts égales par la Ville et le gouvernement du Québec. Les milliers d'adeptes des festivals Osheaga, Heavy Montréal et ÎleSoniq se réjouiront de l'initiative. Ils assisteront aux spectacles dans un lieu plus convivial et plus sécuritaire. Cela renforcera l'image de marque de Montréal comme pôle de divertissement culturel.

Cela dit, c'est au Centre Bell que cette décision a sûrement provoqué la plus grande satisfaction. Le promoteur evenko, une division du Groupe CH, est derrière ces trois événements. Même si le lieu sera accessible à d'autres organisateurs, ces travaux favoriseront l'essor de ces populaires rendez-vous. Cela réjouira Geoff Molson, qui compte sur les revenus générés par evenko pour augmenter ceux de son entreprise.

Comme le rappelait mon collègue Pierre-André Normandin cette semaine, le concept initial prévoyait des travaux de 5 millions pour l'amphithéâtre. Mais compte tenu des retombées économiques générées par Osheaga, cette bonification du projet se défend.

«Avec un festival, il ne faut pas s'attendre à faire de l'argent au début, me disait récemment Geoff Molson. Il faut investir pour établir une marque assez forte pour attirer des gens. Osheaga en est à sa 11e année. Aujourd'hui, plus de 40% de la clientèle vient de l'Ontario. Et elle dépense de l'argent à Montréal.»

Le maire Coderre est évidemment sensible à cette réalité. C'est pourquoi il s'est battu pour le maintien de la course de Formule 1 à Montréal. De la même façon, il souhaite intégrer Montréal au calendrier annuel de Formule E, une compétition réservée aux bolides propulsés par des moteurs électriques. Ces événements attirent aussi des touristes.

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Malgré tout, il est étonnant de constater à quel point les millions investis dans l'amphithéâtre du parc Jean-Drapeau n'ont guère suscité de débat. Les questions ont à peine été plus serrées à propos des dollars pompés en Formule 1, un pactole de 219 millions en 10 ans acquitté par les trois ordres de gouvernement et Tourisme Montréal.

En revanche, si un projet de nouveau stade de baseball devient un sujet d'actualité, la situation sera sans doute différente. Dans l'étude de décembre 2013 analysant un possible retour des Expos, on prévoyait que les deux tiers de la facture seraient assumés par les fonds publics.

Compte tenu des extraordinaires salaires des joueurs, une question sera inévitable: comment une industrie versant autant d'argent peut-elle demander de l'aide pour financer la construction d'un stade?

Partout en Amérique, le soutien public à la construction d'infrastructures destinées au sport professionnel suscite la controverse. C'est actuellement le cas en Floride, où les Panthers de la LNH demandent 86 millions US en 13 ans au comté de Broward pour assainir leurs finances.

Cet été, le maire Coderre a affirmé que le retour des Expos n'est plus une question de «si» mais de «quand». On peut donc croire qu'il a des idées sur la manière de financer un stade, même si aucune information n'a filtré.

Dans le contexte budgétaire du Québec, le débat pourrait ressembler à celui de la fin des années 90 lorsque le premier ministre Lucien Bouchard a déclaré qu'on ne construisait pas des stades lorsqu'on fermait des hôpitaux.

En revanche, la situation économique du baseball majeur a changé. Ainsi, le bond prodigieux du salaire moyen (1,6 million en 1999 et 4,2 millions en 2015) augmente les rentrées fiscales des administrations publiques. Et le généreux programme de partage des revenus vaut plus de 60 millions US annuellement à chaque équipe.

Ironiquement, malgré cette hausse, les dépenses en salaires représentent une portion moins élevée des revenus du baseball majeur: 38% aujourd'hui plutôt que 50% en 1999, selon une analyse de Fangraphs. Pourquoi? Tout simplement parce que la valeur des droits de télédiffusion des matchs et les revenus des initiatives numériques ont grimpé en flèche.

Il sera aussi intéressent de voir si le programme d'infra-structures du gouvernement Trudeau acceptera les projets liés aux sport professionnels. Ce n'était pas le cas sous les conservateurs. Rappelez-vous: Stephen Harper a refusé de contribuer au financement du nouvel amphithéâtre de Québec. Et la facture du Centre Vidéotron a été acquittée par le gouvernement du Québec et la Ville de Québec.

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Le retour du baseball majeur à Montréal semble encore loin. Alors, pourquoi évoquer cette question du nouveau stade? Tout simplement parce que le commissaire Rob Manfred a déjà fait connaître les attentes du baseball majeur envers Montréal.

En mars dernier, il a déclaré à mon collègue Frédéric Daigle, de La Presse Canadienne: «Je ne demande pas aux gens de bâtir un stade sans aucune sorte d'engagement quant à l'obtention d'une équipe. Mais ça prend un plan et un engagement ferme en ce sens.»

Or, pour que le dossier des néo-Expos progresse, cette question devra un jour être abordée. On sait déjà que les deux matchs préparatoires d'avril prochain au Stade olympique seront un succès aux guichets. C'est très bien. Mais il sera bientôt temps de franchir une autre étape pour convaincre le baseball majeur du sérieux du projet.

Si des fonds publics doivent être engagés dans un nouveau stade, souhaitons simplement que le débat public soit plus vigoureux que pour l'amphithéâtre naturel du parc Jean-Drapeau ou l'appui à la Formule 1.




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