Si le Canadien gérait son secteur hockey avec le même succès qu'il brasse des affaires, l'équipe aurait déjà remporté une 25e Coupe Stanley.

Mis à jour le 15 nov. 2013
Philippe Cantin LA PRESSE

Les revenus de l'organisation sont en expansion, ses profits aussi, comme l'indiquent les données dévoilées par mon collègue Vincent Brousseau-Pouliot dans nos éditions d'hier.

En 2010, le Canadien, evenko et le Centre Bell ont touché des revenus de 300 millions, qui ont généré des profits de 65 millions. Si le dollar canadien ne dégringole pas face à la devise américaine, cette période faste se poursuivra.

Les astres sont en effet bien alignés pour les finances du Canadien. Voici pourquoi.

1. Les revenus de télé

Le contrat actuel du Canadien avec RDS lui vaut 31 millions pour 82 matchs du calendrier, une moyenne d'environ 380 000 $ par rencontre.

Cette entente expirera au printemps prochain. Même si rien n'a filtré des ambitions initiales du Canadien, il est plausible de croire que l'organisation espérera obtenir jusqu'à deux fois et demie cette somme au renouvellement de l'accord, soit près d'un million par match.

Depuis trois ans, les droits de télé versés aux organisations sportives ont explosé. Le phénomène est frappant aux États-Unis où les Dodgers de Los Angeles, au seul chapitre de la télévision locale, toucheront 8,5 milliards en 25 ans, selon les dernières informations du Los Angeles Times.

Le cas des Dodgers est unique, mais il illustre néanmoins une tendance lourde dans l'industrie. Les grandes propriétés sportives (NFL, baseball majeur, football collégial américain, tournois majeurs de tennis et de golf) profitent de l'engouement des diffuseurs pour le sport, plus que jamais un véhicule prisé par les annonceurs.

Pourquoi ? Parce que les gens regardent les matchs en direct. Il est rare qu'un amateur de sport enregistre une rencontre afin de l'écouter plus tard en zappant les commerciaux, comme on le fait souvent avec les téléséries ou les émissions de variétés.

Le Canadien, dont le partenaire d'affaires dans ce dossier est la LNH elle-même - les deux parties détiennent une société conjointe qui négocie les droits de télé -, pourrait aussi profiter de la concurrence entre diffuseurs.

RDS et TVA Sports voudront assurément obtenir des matchs et le prochain contrat pourrait être partagé entre deux entreprises. On ignore les intentions de Radio-Canada, mais on sait que son pendant anglophone, la CBC, veut conserver les droits nationaux des rencontres de la LNH.

Les matchs du Canadien attirent de larges auditoires à RDS, qui en a fait le point d'ancrage de sa programmation. La stratégie a payé, comme le démontrent ses profits de 25,1 millions sur des revenus de 167,4 millions, selon un rapport du CRTC.

Cela dit, le Canadien devra tenir compte de la capacité des réseaux de sport à rentabiliser leur investissement. Les discussions seront serrées, mais les droits touchés par le CH pourraient doubler.

2. La nouvelle convention collective

Pour des organisations riches comme le Canadien et les Maple Leafs de Toronto, il serait tentant de dépenser à fond pour aligner la meilleure équipe possible.

Le phénomène est fréquent au baseball, même si les clubs les plus généreux ne sont pas toujours les meilleurs. Cela est impossible dans la LNH, où les équipes sont soumises à un plafond salarial.

De plus, la dernière convention collective a augmenté de 43 à 50 % la part des revenus des propriétaires, une hausse appréciable. Résultat, la masse salariale du CH en 2013-2014 est inférieure de six millions à celle de la dernière saison. Autre avantage patronal: les contrats des joueurs sont maintenant limités à huit saisons.

En revanche, le Canadien contribue davantage au partage des revenus, une formule librement consentie par les propriétaires, qui aide les équipes moins riches à tenir la tête hors de l'eau.

3. La croissance d'evenko

La division divertissement du Canadien, evenko, est en nette croissance. Dans une entrevue accordée à mon collègue Jean-Philippe Décarie, Geoff Molson expliquait le mois dernier que les revenus d'evenko dépassaient maintenant ceux du Canadien, notamment grâce aux 140 événements présentés annuellement au Centre Bell.

«Au total, evenko produit près de 1000 spectacles ou événements familiaux par année, disait le président du Canadien. On est le plus gros producteur indépendant au Canada et on occupe le neuvième rang mondial des promoteurs internationaux.»

Sous la direction de Jacques Aubé, evenko poursuit sa croissance. Le groupe Spectra se joindra bientôt à la grande famille du CH. Et evenko a obtenu le contrat de gestion du futur amphithéâtre de Laval.

4. Un saut dans l'immobilier

Le Canadien a aussi diversifié ses sources de revenus. En juillet 2012, l'organisation a annoncé sa participation à la construction d'une tour de condos, haute de 50 étages, à côté du Centre Bell.

Le projet, réalisé en collaboration avec les sociétés immobilières Canderel et Cadillac Fairview, et le Fonds de solidarité de la FTQ, est entièrement vendu. Une phase II est envisagée.

Conclusion

Le Canadien n'a pas toujours roulé sur l'or de cette manière. L'équipe a déjà été victime, comme les autres formations canadiennes, de la faiblesse du huard face au dollar américain. Et les périodes de ralentissement économique ont aussi touché l'organisation. Ces risques ne sont évidemment pas disparus.

N'en reste pas moins qu'à la nomination de Pierre Boivin à la présidence du Canadien en 1999, l'organisation comptait moins de 10 000 abonnements saisonniers et 32 loges d'entreprises n'étaient pas louées. Le redressement fut spectaculaire.

L'ironie, c'est que les années suivantes furent décevantes sur le plan sportif. La décennie 2000-2009 est la seule de son histoire durant laquelle le Canadien n'a pas remporté la Coupe Stanley.

La passion du public pour le Canadien facilite la tâche de l'organisation. Même avec des résultats moyens sur la patinoire, les profits sont au rendez-vous.