La passion de Denis Coderre pour le sport-spectacle est bien connue. Mais personne n'avait prévu que c'est au Réseau des sports (RDS) qu'il devrait calmer la première tempête depuis son élection!

Publié le 14 nov. 2013
Philippe Cantin LA PRESSE

Compte tenu des dossiers délicats qui s'empilent sur son bureau, de la lutte à la corruption aux arbitrages budgétaires, il aurait été plus normal que son premier passage en catastrophe dans un studio de télé soit à une station généraliste.

Mais comme bien d'autres avant lui, M. Coderre a commis l'erreur d'envoyer un message sur Twitter sans en mesurer pleinement les conséquences.

Demander le renvoi dans les mineures d'un attaquant du Canadien n'est au fond pas très grave. Mais lorsqu'on est fraîchement élu maire de Montréal et qu'on se pose en rassembleur, dénoncer le rendement d'un joueur en difficulté manque d'élégance.

David Desharnais, qui a déjoué tous les pronostics en atteignant la LNH malgré sa petite taille et un coup de patin moyen, n'avait sûrement pas besoin de ce direct au menton.

Le coup est d'autant plus surprenant qu'il détonne avec le parcours politique du nouveau maire. Au fil des années, son acharnement à défendre et encourager les athlètes et les entraîneurs de chez nous lui a permis de gagner en stature et d'élargir sa popularité.

Lundi, au 5 à 7 de RDS animé par Frédéric Plante et Yanick Bouchard, M. Coderre ne s'est pas excusé de ses propos. Il a plutôt expliqué qu'il était un partisan enthousiaste du CH et évoqué «un moment d'émotion» pour justifier son intervention, qualifiée avec raison d'«inappropriée» par Michel Therrien.

En revanche, sa décision de se rendre en studio lorsque Frédéric Plante l'a contacté plus tôt en journée a révélé son malaise. En politicien qui a du pif, il a vite voulu enterrer l'affaire. Pour un nouveau maire de Montréal, se mettre à dos l'organisation du CH pour un motif aussi bête constitue une bourde.

Homme impulsif, Denis Coderre devra apprivoiser sa nouvelle fonction. Entre le franc-parler et le commentaire inutile, il existe un pas à ne pas franchir.

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Étant collaborateur au 5 à 7, j'étais en studio lorsque M. Coderre a répondu aux questions de mes collègues. J'en ai profité pour aborder d'autres dossiers avec lui, notamment l'idée d'organiser la Coupe du monde de football de 2026 au Canada, avec la présentation de matchs décisifs à Montréal.

«Je suis tout à fait sérieux, a-t-il dit. Comme ministre des Sports, j'ai signé des ententes avec la FIFA. J'ai encore mes entrées. Montréal et le Québec sont très soccer.»

Le nouveau maire milite en faveur de cette idée depuis plusieurs années. Il l'a réitéré durant la campagne électorale. Le défi paraît titanesque, presque loufoque.

En 2014 et 2015, le Canada - et Montréal - accueillera deux grands tournois de soccer féminin: le Championnat du monde des moins de 20 ans et la Coupe du monde.

Le Mondial masculin est cependant d'une tout autre ampleur. Et l'équipe canadienne fait piètre figure sur la scène internationale, ce qui ne rehausse pas la crédibilité du pays dans les officines de la FIFA.

Plus encore: si la Coupe du monde revient en Amérique du Nord, les États-Unis représenteront une candidature plus attrayante que le Canada, compte tenu du potentiel de commercialisation.

Mais bon, laissons à M. Coderre le temps de mettre ses lignes à l'eau.

D'autre part, le nouveau maire fait une croix sur les Jeux olympiques d'hiver ou d'été. Montréal a déjà présenté les Jeux, il faut maintenant envisager d'autres projets, soutient-il.

Les efforts de son administration cibleront plutôt deux axes: la mise à niveau des installations sportives existantes et l'adoption d'une stratégie pour attirer de grands événements internationaux. «On veut faire la promotion de Montréal au maximum», explique-t-il.

Les nombreuses rénovations au centre Claude-Robillard et les investissements du gouvernement du Québec au Centre sportif du Parc olympique représentent un pas dans la bonne direction. Mais les besoins demeurent criants.

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Reste l'épineuse question du toit du Stade olympique. Le projet est dans la cour du gouvernement Marois et le nouveau maire n'entend pas s'en mêler pour l'instant.

Il est clair que la démission de David Heurtel de la Régie des installations olympiques - il sera candidat libéral dans Viau à l'élection partielle du 9 décembre - freine l'élan de ce projet. D'autant qu'aucun ministre ne s'en fait le porteur.

D'autres dossiers attendent Denis Coderre, comme les suites à donner aux recommandations de «Montréal physiquement active», une consultation visant à inciter les Montréalais, notamment les jeunes, à bouger plus.

C'est moins sexy que les discussions autour de l'avenir du Grand Prix du Canada ou du retour des Expos, mais néanmoins essentiel.

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Denis Coderre sait qu'il est parfois sous-estimé par les observateurs. Cela l'agace un peu. Et rien ne le réjouit davantage que de confondre les sceptiques.

Pour l'essor du sport à Montréal, peu importe qu'il s'agisse de compétitions d'envergure ou de sa pratique quotidienne par les citoyens, souhaitons qu'il mette fin à la stratégie des «petits pas» des dernières années, qui camouflait un manque d'ambition.

Le style Coderre fera-t-il changer les choses? On le saura bien assez vite. Chose sûre, comme son tweet à propos de David Desharnais l'a démontré, ça ne risque pas d'être ennuyant.