C'est la forme la plus exécrable de tricherie. L'objectif: perdre.

Publié le 1er août 2012
Philippe Cantin LA PRESSE

L'affaire s'est produite mardi, en double féminin au badminton. Elle a jeté une ombre sur les Jeux olympiques de Londres. «Déprimant, a lancé Sebastian Coe, président du comité organisateur. Qui veut regarder une chose pareille? C'est inacceptable.»

Devant des spectateurs d'abord incrédules, puis furieux, qui avaient payé entre 35$ et 125$ pour assister aux Jeux olympiques, deux joueuses chinoises et leurs adversaires sud-coréennes n'ont montré aucune intention de remporter la rencontre.

Déjà qualifiés pour les quarts de finale, les deux duos souhaitaient éviter un choc avec l'autre équipe chinoise, également très puissante, trop tôt dans la ronde des médailles.

Pour cela, il fallait conclure le tour préliminaire avec une défaite. Services dans le filet et coups délibérément ratés, le match a été pathétique.

Le plus étonnant, c'est que les joueuses n'ont même pas fait semblant de jouer avec un minimum d'énergie. Leur comportement suintait la plus absurde bêtise.

Hélas, l'affaire ne s'est pas arrêtée là. L'affrontement suivant, entre des duos de la Corée du Sud et de l'Indonésie, a dérapé pour des raisons semblables.

Le scandale a alors pris des proportions épiques. À la BBC, Gail Emms, médaillée olympique en 2004, a crié son dégoût. Des journaux en ont fait leur manchette.

Aux prises avec un désastre de relations publiques, la Fédération internationale de badminton a dû réagir. Hier matin, les huit joueuses ont été expulsées du tournoi olympique pour «conduite nuisible au sport».

Contrairement à la Corée du Sud et à l'Indonésie, la Chine n'a pas contesté la décision. Remarquez que cela n'aurait rien changé, car l'appel a été rejeté en moins d'une heure. «Le comportement des joueuses heurte nos coeurs», a juré un responsable chinois.

Cette réaction sert à réduire la pression. Car c'est la Chine qui est d'abord montrée du doigt dans cette affaire, notamment par les Sud-Coréens et les Indonésiens. Les Chinois, laisse-t-on entendre, souhaitaient préserver les chances de voir leurs deux duos en finale.

«Les joueuses n'ont pas agi ainsi de leur propre chef, soutient Denyse Julien, qui a souvent foulé les courts olympiques de badminton. L'ordre venait sûrement des entraîneurs.»

Denyse Julien a raison. Et c'est un élément choquant des événements d'hier. Les joueuses de trois pays sont disqualifiées, soit. Elles le méritent, sans l'ombre d'un doute.

Mais demeureront-elles les seuls boucs émissaires de l'histoire? Et leurs entraîneurs? Et les dirigeants de leurs fédérations nationales? Ils n'ont rien fait pour changer l'allure des matchs et inciter leurs protégées à jouer avec honneur.

La Fédération internationale de badminton enquêtera-t-elle sur leur rôle? Ou considère-t-elle déjà l'événement comme clos?

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L'exclusion des huit participantes a donné une deuxième vie aux Canadiennes Michele Li et Alex Bruce. Lorsque leur entraîneur Ram Nayyar a appris que leur tournoi n'était pas terminé, il a appelé les deux filles: «Avez-vous le goût de jouer un autre match?»

En fin d'après-midi hier, les Canadiennes ont atteint la demi-finale en défaisant les Australiennes. Classées 28es au monde, elles affronteront aujourd'hui un duo japonais, quatrième favori du tournoi.

«On a profité de cette chance pour replonger dans l'aventure olympique, a dit Alex Bruce. N'empêche qu'on n'est pas heureuses de ce qui s'est produit. C'est déplorable.»

Cette opinion était partagée par toute la communauté du badminton.

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Le pilier du sport, c'est l'intégrité de la compétition. C'est sur ces fondations que repose tout l'édifice.

Malheureusement, ces fondations sont parfois lézardées. En 1919, le premier grand scandale de l'histoire moderne a éclaté lorsque huit joueurs des White Sox de Chicago, soudoyés par des parieurs professionnels, ont perdu la Série mondiale contre les Reds de Cincinnati.

Pour retrouver sa crédibilité, le baseball a créé un poste de commissaire et lui a concédé les pleins pouvoirs, une structure toujours en place aujourd'hui.

Au soccer, un match de la Coupe du monde de 1982 entre l'Allemagne de l'Ouest et l'Autriche est passé à l'histoire pour les mauvaises raisons.

Ce jour-là, tout le monde savait qu'une victoire de l'Allemagne par un but permettrait aux deux équipes d'atteindre la ronde des médailles aux dépens de l'Algérie, équipe cendrillon du groupe.

Après un but des Allemands tôt dans le match, les rivaux ont appuyé sur les freins: pas d'agressivité, pas de tirs, rien de rien... À la télé, les commentateurs étaient dégoûtés. Mais aucune sanction n'a été prise. Ce fut un jour noir pour le soccer.

Le tournoi terminé, un règlement a été modifié: les derniers matchs du tour préliminaire, à la Coupe du monde comme à l'Euro, sont désormais présentés au même moment dans chaque groupe.

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Les dirigeants du badminton croyaient bien faire les choses en modifiant la structure du tournoi olympique.

Pour la première fois, un tournoi à la ronde a précédé les quarts de finale. Ainsi, en double féminin, chaque duo était assuré de disputer trois matchs plutôt qu'un seul.

Auparavant, on fonctionnait par élimination directe dès le début: une défaite et les joueurs rentraient à la maison. Comme dans plusieurs autres disciplines: tennis, tennis de table, sports de combat...

Mais l'initiative leur a rebondi au visage. Parions que l'ancienne formule fera un retour en force à Rio, en 2016.

Photo: AFP

Les joueuses chinoises ont reçu un avertissement de la part de l'arbitre durant le match.