Au moment où l'Impact a le vent dans les voiles, avec une foule de 60 000 personnes samedi dernier contre le Galaxy de Los Angeles et l'ouverture prochaine du stade Saputo rénové, les Alouettes semblent empêtrés dans les ennuis.

Philippe Cantin LA PRESSE

Peu importe les véritables motifs du départ de Ray Lalonde, une vacance si soudaine à la présidence d'une équipe est signe d'instabilité. Et l'atteinte des objectifs budgétaires en 2012 s'annonce difficile.

De plus, les Alouettes ne sont plus les seuls à courtiser les amateurs de sport et les partenaires corporatifs dans le créneau estival. En graduant en Major League Soccer, l'Impact a augmenté sa vitesse de croisière. Les fans de football et de soccer ne sont pas nécessairement les mêmes, mais les Alouettes devront réagir. Sinon, leur résonance dans le marché chutera.

Paul Harris, président du conseil d'administration de l'équipe, n'affiche néanmoins aucune inquiétude. Peu connu des amateurs, cet avocat d'affaires, membre d'un important cabinet de Montréal, jouit de la confiance entière de Robert Wetenhall, propriétaire des Alouettes.

«Nous ne sommes pas pressés de nommer un nouveau président, dit M.Harris. Nous comptons sur d'excellentes personnes au sein de l'organisation qui peuvent très bien administrer l'équipe.

«Bien sûr, nous comprenons la nécessité de compter sur un porte-parole francophone parmi notre groupe de hauts dirigeants. Mark Weightman peut remplir ce rôle.»

Mark Weightman? Parfait bilingue et détenteur d'une maîtrise en gestion de l'UQAM, le chef des opérations des Alouettes amorce sa 17e saison avec l'équipe. Il en connaît tous les rouages.

Si Paul Harris est disposé à confier un rôle accru à Mark Weightman, c'est que les Alouettes ne semblent guère intéressés à revivre l'expérience de l'hiver 2011. Un long travail a été nécessaire avant de trouver un successeur à Larry Smith. Au bout du compte, Ray Lalonde n'est demeuré en poste qu'une seule année. Entre la vieille garde et lui, la mayonnaise n'a pas pris.

L'administration des Alouettes avait besoin d'un bon dépoussiérage. Mais Lalonde a aussi commis des erreurs. Cette expérience incite Robert Wetenhall et Paul Harris à se montrer prudents en vue de la suite des choses.

Du coup, Mark Weightman devient un candidat au poste de président. Au sein des entreprises, des responsabilités additionnelles ont souvent valeur d'audition en vue d'une promotion.

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Cela dit, la culture des Alouettes fait en sorte que les pouvoirs réels du président de l'équipe sont limités. Deux raisons l'expliquent.

La première, c'est que l'organisation est scindée en deux unités distinctes: administration et football. Au point où les employés ne partagent pas les mêmes locaux.

Le président de l'équipe est responsable du premier volet. Son rôle consiste à stimuler les revenus et à faire rayonner la marque des Alouettes au sein de la communauté.

Quant aux opérations football, c'est l'affaire du directeur général Jim Popp. Il en est le seul maître à bord. Il travaille depuis plus de 15 ans avec Robert Wetenhall. Les deux hommes sont très liés. L'influence de Popp, à n'en pas douter, est énorme.

Bref, le président des Alouettes a avantage à entretenir de bonnes relations avec son DG. Ray Lalonde ne l'a peut-être pas compris assez tôt. Au football, il est plus difficile de trouver un gars capable de recruter de bons joueurs qu'un solide gestionnaire des ventes.

La deuxième raison, c'est que Robert Wetenhall est le véritable meneur de jeu. Contrairement à ses homologues du Canadien, Geoff Molson, et de l'Impact, Joey Saputo, il n'occupe pas la présidence de son équipe.

Propriétaire des Alouettes depuis 1997, Wetenhall fuit les projecteurs, mais demeure branché sur la vie interne de son organisation. Son attachement envers l'équipe demeure profond, assure Paul Harris.

«À sa première saison avec les Alouettes, Bob a perdu beaucoup plus d'argent que prévu.

Il aurait pu abandonner le navire, mais il ne l'a pas fait. Pourquoi? Parce qu'il adore le football. Il s'intéresse aux joueurs, il aime discuter avec le directeur général et l'entraîneur.

«Bob Wetenhall est également reconnaissant de l'accueil qu'on lui a toujours réservé à Montréal. Il veut que l'équipe reste dans sa famille aujourd'hui et pour la prochaine génération.»

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À l'évidence, les Alouettes font face à des défis importants cette année. Anthony Calvillo s'approche de la retraite et l'équipe doit profiter du reste de sa carrière pour obtenir du succès. Le quart-arrière vedette demeure la meilleure carte de visite de l'équipe.

Paul Harris assure que les gradins seront remplis en 2012 pour applaudir Calvillo et ses coéquipiers. Et que les commandites de grandes sociétés seront au rendez-vous.

«Nos chiffres sont semblables à ceux de l'an dernier, dit-il. Nous sommes satisfaits de l'allure des choses. En revanche, la croissance espérée lors de la nomination de Ray Lalonde ne s'est pas encore concrétisée. Peut-être que cela aurait été le cas s'il était resté plus longtemps. Mais pour l'instant, les chiffres sont stables.»

L'arrivée de l'Impact en MLS n'indispose pas Paul Harris. «Plus nous avons d'équipes professionnelles à Montréal, mieux c'est pour la ville», dit-il, avec conviction.

Pour les amateurs de sport, cette concurrence est prometteuse. Les Alouettes et l'Impact voudront nous en mettre plein la vue.

On connaît déjà les plans de l'Impact, qui veulent mettre sous contrat un joueur vedette à gros salaire et profiter au mieux du «nouveau» stade Saputo. Dans ce contexte, une seule question demeure: comment réagiront les Alouettes?