Avec le recul, il est clair que Ray Lalonde a accepté trop vite la présidence des Alouettes en mars 2011. Il n'a pas pris le temps de tirer les bonnes conclusions de son départ du Canadien deux mois plus tôt.

Philippe Cantin LA PRESSE

Lalonde avait quitté le Centre Bell en coup de vent en apprenant que Geoff Molson n'en ferait pas son bras droit. Plusieurs de ses collègues avaient poussé un soupir de soulagement. Son ton souvent abrasif et son manque d'empathie jetaient trop souvent de l'ombre sur ses considérables talents.

Lalonde, qu'on imagine mal inactif, a voulu rebondir avec éclat. La vacance chez les Alouettes, survenue à la suite du départ de Larry Smith, ne pouvait mieux tomber. Sa nomination a été annoncée lors d'une conférence de presse d'envergure. Du coup, Lalonde retrouvait un rôle de premier plan dans le sport professionnel au Québec. Avec raison, sa joie était manifeste.

Ce jour-là, j'ai demandé à Lalonde s'il ne s'était pas montré trop dur avec son personnel chez le Canadien. «Je suis exigeant, c'est vrai. Je suis un compétiteur. Quand on veut déplacer des montagnes, les attentes sur le plan de l'éthique de travail sont forcément élevées.»

Personne ne contestera ce principe. N'empêche que sa mise en application demande un doigté particulier, surtout au sein d'une entreprise comme les Alouettes, beaucoup plus modeste que le Canadien.

Dans sa nouvelle organisation, Lalonde n'a pas créé l'unanimité en renouvelant très vite son personnel et en modifiant des méthodes de fonctionnement. Il a voulu changer la culture de l'organisation sur le plan des affaires, un objectif louable en soi. Après tout, c'est pour cette raison que le propriétaire Robert Wetenhall, déçu des résultats financiers, l'avait embauché.

Malheureusement pour les Alouettes, l'ambiance s'est plutôt dégradée. Au point où les gens des opérations football, installés au Stade olympique, ne visitaient plus guère les bureaux administratifs de l'équipe au centre-ville.

Le nouveau président n'a jamais développé des liens stimulants avec le DG Jim Popp et l'entraîneur Marc Trestman. Au contraire, sa relation avec eux s'est tendue. Cette situation était malsaine pour l'organisation.

Le départ de Ray Lalonde, trois semaines avant le début du camp d'entraînement, place les Alouettes dans une situation précaire. L'instabilité au plus haut échelon d'une entreprise n'est jamais une bonne nouvelle. Au moment où l'organisation devrait multiplier les efforts pour connaître une bonne saison sur le terrain et aux guichets, un meneur de jeu doit être remplacé.

Lalonde avait plusieurs projets dans ses cartons. Il avait embauché des spécialistes pour améliorer la mise en marché de la marque, le marketing, l'utilisation du web et des médias sociaux. «C'est important de nous moderniser», m'a-t-il dit, sept mois après son entrée en poste.

Si le record de verges gagnées par la passe d'Anthony Calvillo a fait le tour de l'Amérique en octobre dernier, c'est en partie grâce à Lalonde, qui a saisi la chance de mettre son équipe en valeur. Son flair en marketing ne fait aucun doute.

L'ancien président voulait aussi doter les Alouettes d'un centre d'entraînement permanent, où toutes les activités de l'équipe auraient été réunies. La concrétisation de ce plan aurait augmenté la stature de l'organisation.

Lalonde n'aura pas eu le temps de concrétiser ses rêves. Dans La Presse de mardi, en entrevue à mon collègue Miguel Bujold, il n'a pas caché l'ampleur de la tâche. «C'est important que les gens sachent qu'on a encore des billets à vendre, qu'on a encore des loges disponibles et qu'on a encore des partenaires corporatifs à rejoindre.»

En clair, sur le plan des finances, les Alouettes n'ont pas atteint leurs objectifs.

Lalonde est-il parti pour des «raisons personnelles» comme le dit le court communiqué de l'équipe? Robert Wetenhall l'a-t-il plutôt invité à vider son bureau? Au fond, ce n'est guère important. À ce niveau hiérarchique, la décision de partir s'impose parfois comme une évidence. Chose certaine, le passage de Lalonde avec les Alouettes n'aura pas donné les résultats espérés.

Au moment où l'Impact occupe une place de plus en plus importante à Montréal, les Alouettes auront fort à faire pour trouver leur juste place dans le marché.

Cet après-midi, l'Impact accueillera près de 60 000 personnes au Stade olympique pour la deuxième fois cette saison. L'an dernier, dans un match éliminatoire, les Alouettes n'ont pas attiré 35 000 spectateurs. Robert Wetenhall s'en inquiète sûrement.

Qui remplacera Lalonde? Avec Jim Popp et Marc Trestman, le secteur football est en très bonne santé. Les Alouettes devraient embaucher un spécialiste des ventes, doté d'un don pour la communication interne, et ne craignant pas les défis. La personne choisie peut même être inconnue du public.

Wetenhall aurait cependant avantage à agir rapidement. Sans capitaine à bord, atteindre les objectifs de revenus en 2012 s'avérera une mission périlleuse.