En juin dernier, le projet de construction d'un nouvel amphithéâtre à Québec a provoqué une crise politique aussi vive qu'inattendue.

Philippe Cantin LA PRESSE

Pendant quelques jours, on a pensé que le leadership de Pauline Marois à la tête du Parti québécois ne survivrait pas à la controverse. Et pendant que les promoteurs du projet et leurs opposants se disputaient devant une commission parlementaire télédiffusée en direct, les tribunaux étaient saisis du dossier. Soudainement, il s'agissait d'une affaire d'État.

Neuf mois plus tard, c'est dans un calme relatif que cet épisode turbulent de notre histoire politico-sportive a pris fin. En septembre prochain, le chantier s'ouvrira sur le site de l'Hippodrome de Québec, à deux pas du Colisée actuel.

Le maire de Québec, Régis Labeaume, en a fait l'annonce hier. Il était accompagné de Pierre Karl Péladeau, le patron de Quebecor Media (QMI), sur qui se retrouve désormais la pression. À lui d'amener une équipe de la LNH dans la capitale nationale.

«Moi, j'ai livré mon bout, m'a dit le maire Labeaume en fin d'après-midi. Je suis content parce qu'en politique, c'est rare qu'on a la chance de faire plaisir au monde. Et en construisant cet amphithéâtre, c'est vraiment ce qu'on réalise.»

Les sondages l'ont démontré: la population de Québec appuie majoritairement le projet. Des milliers de personnes rêvent du retour des Nordiques. Les étapes à franchir avant l'arrivée du grand jour sont nombreuses. Mais la construction d'un nouvel amphithéâtre constitue un point de passage obligé.

«À partir d'aujourd'hui, il n'y a plus d'obstacles, plus de porte de sortie, plus d'incertitude, a déclaré M.Péladeau. En septembre 2015, nous inaugurerons un amphithéâtre moderne et fonctionnel de 18 000 sièges comparable à ce qui se fait de mieux en Amérique du Nord.»

Dans le contrat intervenu entre la Ville et QMI en septembre dernier, les deux parties se réservaient le droit de se retirer du projet ce printemps. La Ville, si les coûts explosaient; QMI, si les plans de l'amphithéâtre ne correspondaient pas à ses attentes. Ces hypothèques sont désormais levées.

Les deux partenaires avaient avantage à s'entendre. Le maire Labeaume a mis tout son poids politique dans l'affaire. Il a aussi obtenu une subvention de 200 millions du gouvernement provincial, une contribution qu'il vaut mieux saisir lorsqu'elle se présente. Un échec aurait entaché sa crédibilité.

De son côté, M.Péladeau devinait sûrement que ses concurrents auraient été heureux de prendre sa place s'il s'était retiré du dossier. Le duo Bell-evenko, qui vient d'obtenir le contrat du nouvel amphithéâtre de Laval, n'aurait sans doute pas hésité à cogner de nouveau à la porte du maire de Québec si l'occasion s'était présentée.

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En février dernier, alors que le projet prenait une mauvaise tournure, le maire Labeaume a demandé à Claude Rousseau de trouver une solution au budget de construction de l'amphithéâtre.

Initialement évaluée à 400 millions, la facture a souffert d'embonpoint à mesure que la liste d'épicerie s'allongeait. Dans les coulisses, le chiffre astronomique de 570 millions circulait, soit 42% de plus que le plan original.

Un tel gâchis, inadmissible, aurait signifié la mort du projet.

M.Rousseau, un gestionnaire averti, s'est mis à la tâche avec son doigté habituel. Résultat, le coût de l'amphithéâtre ne dépassera pas 400 millions, a assuré M.Labeaume. Et si c'est le cas, ce sera à la Ville d'assumer la différence. Le gouvernement du Québec n'allongera pas un seul dollar supplémentaire.

Dans un projet d'une telle ampleur, on ne peut jurer de rien. Mais malgré l'ampleur du défi, deux éléments militent en faveur du respect du budget.

D'abord, la présence d'Infrastructure Québec dans le dossier. Cet organisme gouvernemental suivra de manière pointue l'évolution des travaux. Des analyses en profondeur auront lieu à intervalles réguliers.

«À première vue, ça peut sembler un processus contraignant, a dit Michèle Courchesne, présidente du Conseil du trésor. Mais ça protège tout le monde. On pourra bien planifier les coûts, mesurer les risques et respecter les échéanciers. Dans un projet de cette envergure, la gouvernance est un gage de réussite.»

Le second, c'est le pourcentage du budget de 400 millions consacré à composer avec les mauvaises surprises, soit 18,3%. En clair, 73,5 millions serviront à acquitter des factures liées à l'inflation et aux imprévus. Compte tenu de la durée du chantier, ces sommes seront sans doute entièrement dépensées. Mais dans le cas contraire, la facture totale serait réduite d'autant.

En construisant le nouvel amphithéâtre sur le terrain de l'Hippodrome de Québec, 500 mètres au nord de l'emplacement initialement choisi, des frais de décontamination de 42 millions seront évités. La récupération du Ludoplex, un bâtiment de Loto-Québec greffé à l'ancienne piste de courses, permettra des économies de 10 millions. Les bureaux de l'amphithéâtre y seront aménagés.

Un montant d'environ 20 millions sera épargné en réduisant le stationnement intérieur; le gabarit de l'amphithéâtre sera amputé de 6000 mètres carrés, ce qui permettra d'autres économies majeures. Le nombre de sièges demeurera cependant à 18 000, une surprise. La tendance dans le sport professionnel est de construire plus petit de manière à créer un effet de rareté. Pour un marché de la taille de Québec, c'est sans doute 1500 sièges de trop.

Enfin, Quebecor Media acquittera sans surprise les frais de construction d'un studio de télé et d'autres équipements à son usage exclusif. Un investissement de plus de 40 millions est évoqué, qui s'ajoute au budget de 400 millions.

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La grande question maintenant: cet amphithéâtre accueillera-t-il une équipe de la LNH? Les partisans des Nordiques n'en sont déjà plus là. Ils rêvent de retrouver leur équipe dans le vieux Colisée dès la saison prochaine.

L'enthousiasme généré par l'annonce d'hier ne diminuera en rien ces attentes. On saura bientôt si Gary Bettman partage cet entrain.

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LE NOUVEL AMPHITHÉÂTRE DE QUÉBEC EN CHIFFRES

400 millions: coût de l'amphithéâtre

(Cette somme comprend un coût estimé de construction de 326,5 millions et un montant de 73,5 millions à titre de contingence pour l'inflation, les imprévus et les autres risques.)

35 millions: remboursement de la TVQ

Puisque l'édifice est de nature commerciale, la Ville obtiendra le remboursement de la TVQ payée aux fournisseurs de matériaux et de services. Cette économie l'aidera à respecterle budget de 400 millions.

46 millions: tableaux vidéos et sonorité

Somme consacrée aux installations de son et d'image dans le nouvel amphithéâtre, de façon à améliorer l'expérience des spectateurs.

40 millions: investissement de Quebecor Media

Somme déboursée par Quebecor Media pour aménager des installations à son usage exclusif dans l'amphithéâtre, notamment un studio de télévision et sa régie. Ce montant s'ajoute au coût de 400 millions.

18 000: nombre de sièges

64 000: mètres carrés

Superficie du nouvel amphithéâtre, soit 4000 mètres carrés de moins que le projet original.

125: places de stationnement intérieur

C'est 625 places de moins qu'initialement prévu, une économie de plus de 20 millions.

Septembre 2012: ouverture du chantier

Septembre 2015: ouverture de l'amphithéâtre

Photo: Reuters

Le maire de Québec, Régis Labeaume (à droite), était notamment accompagné de Pierre Karl Péladeau, président et chef de la direction de Quebecor, hier en conférence de presse.