On ne verra pas ce but dans les 10 plus beaux jeux de la semaine: une mêlée devant le filet et la rondelle qui franchit lentement la ligne rouge. Mais il fut sûrement celui qui a le plus soulagé le Canadien cette saison.

Mis à jour le 30 mars 2011
Philippe Cantin LA PRESSE

Lorsque Roman Hamrlik a donné l'avance 1-0 aux Glorieux en première période, toute l'équipe a été libérée d'une tonne de pression. Après plus de trois matchs sans marquer, on se fout pas mal de la manière dont la disette prend fin.

Le Canadien a réussi l'essentiel, hier, contre les Thrashers d'Atlanta: mettre fin à une période noire qui empoisonnait sérieusement le moral de l'organisation.

Avec ce gain, le Canadien consolide ses chances d'accéder aux séries éliminatoires. Encore une fois, la foule a encouragé ses favoris sans relâche. Les Thrashers étaient sûrement envieux. Voilà une équipe qui a beaucoup progressé au cours des derniers mois jusqu'à ce que l'incertitude autour de son avenir ne brise son élan.

Des propriétaires souhaitant se débarrasser du club, des poursuites judiciaires où les ennuis de l'organisation sont racontés sous toutes les coutures, des amateurs cyniques qui restent à la maison... À la longue, cela use le moral et les Thrashers n'ont pas tenu le coup.

Pendant ce temps, au Colisée de Québec, des milliers d'amateurs étaient réunis pour assister à la diffusion du match d'hier... sur écran géant! Après la marche bleue de l'automne et la visite de 1100 passionnés à une rencontre des Islanders de New York en décembre, les gens de Québec ont de nouveau démontré aux dirigeants de la LNH leur amour du hockey.

Associé principal chez Mallette, une firme de comptables implantée dans l'Est du Québec, Mario Bédard est aussi président du conseil d'administration de «J'ai ma place». Il y a deux ans, lorsqu'il a lancé ce regroupement voué à la construction d'un nouvel amphithéâtre à Québec, beaucoup de gens l'ont pris pour un rêveur.

On connaît la suite: le nouveau Colisée deviendra réalité et la Vieille Capitale croit soudainement au retour des Nordiques.

«On s'était donné cinq ans pour faire débloquer le dossier du nouveau Colisée, explique M. Bédard. Deux ans plus tard, 80% du travail est accompli. Le financement est bouclé et l'amphithéâtre ouvrira ses portes en 2015.»

Les efforts de M. Bédard ont contribué à créer un contexte favorable à l'investissement de 200 millions du gouvernement du Québec dans le projet, clé de voûte de toute l'affaire. Si les Nordiques renaissent, l'histoire retiendra son nom comme un artisan de cette réussite.

«Il faut garder notre élan, dit-il. On ne veut pas que ce dossier devienne seulement un projet de construction. Si on s'assoit dans notre salon et que pendant ce temps les gens de Kansas City s'activent, on risque de passer deuxièmes lorsqu'une équipe s'apprêtera à déménager.»

Voilà pourquoi M. Bédard a appuyé l'initiative d'hier, même si son groupe n'en était pas le promoteur. Il tient aussi mordicus à remplir un engagement. Il a promis de récolter 40 millions en vue de la construction du nouvel amphithéâtre.

«On atteindra notre objectif: 25 millions en droits sur les sièges et 15 millions en dons. Cela réduira d'autant la somme que les contribuables devront acquitter. Si les Nordiques reviennent, notre contribution, combinée à celle de Quebecor pour les droits d'appellation de l'édifice, fera en sorte que le secteur privé aura payé le quart de la facture.»

Lorsque la LNH a appris la diffusion du match d'hier au Colisée de Québec, elle a rappelé aux organisateurs que ces droits lui appartenaient. Elle a exigé que les profits - le prix du billet était de 10$ - soient versés à des oeuvres de charité et non pas à «J'ai ma place», comme prévu.

Le raisonnement de la LNH est compréhensible. Elle aurait donné l'impression d'appuyer la démarche de «J'ai ma place» en permettant que l'exploitation de son produit serve, ne serait-ce que symboliquement, à financer la construction du nouveau Colisée. Cela dit, selon mes informations, elle a aussi demandé à RDS de ne pas évoquer cette soirée durant la diffusion du match. Cette décision aberrante est néanmoins révélatrice de son inconfort devant certaines initiatives de Québec.

Remarquez que la situation aurait pu être pire: si le match d'hier avait été présenté à Atlanta, les nouvelles télévisées nous auraient montré les gradins vides du Philips Arena à côté de ceux bondés du Colisée. Pas bon pour l'image de la LNH, ça...

Les stations de radio de Québec, très présentes sur l'échiquier médiatique de la ville, sont des acteurs de premier plan dans tout ce dossier. L'idée d'organiser la diffusion publique du match d'hier est de FM 93. (Transparence: je collabore à cette station une fois par semaine.)

Quant à la Nordiques Nation, qui a organisé l'expédition à Uniondale, elle est née sous l'impulsion de Radio X. Un autre voyage est organisé au New Jersey le 11 avril, lorsque 1600 amateurs se rendront assister au match entre les Bruins de Boston et les Devils. Cet enthousiasme est à peine croyable!

La LNH se fout bien de savoir qui organise ces événements. Elle constate uniquement que les gens de Québec sont survoltés. «On n'a peut-être pas besoin d'autant d'événements pour conserver le momentum», reconnaît Mario Bédard.

La saison prochaine, les énergies devront en effet être bien canalisées. La LNH aime lorsque les choses se déroulent en douceur.