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Stephen Harper et la phobie des questions

Stephen Harper... (Photo La Presse Canadienne)

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Stephen Harper

Photo La Presse Canadienne

En visionnant une vidéo de Jean Chrétien faisant du kite surfing en Caroline-du-Nord, impossible de ne pas être un peu admiratif devant la vigueur de l'ex-PM. À 79 ans, faut le faire, quand même.

C'est peut-être bizarre, mais je m'ennuie de Jean Chrétien.

Je sais qu'il y a une part de nostalgie, dans ce constat. Le chef libéral avait ses défauts. Mais il n'avait peur de personne, surtout pas des journalistes.

Régulièrement, il allait au front médiatique. Régulièrement, les téléjournaux le montraient en train de répondre aux questions des journalistes, au parlement. Régulièrement, il donnait des entrevues individuelles aux journalistes.

C'est quand la dernière fois que vous avez vu Stephen Harper répondre aux questions des médias? Les conférences de presse du PM sont l'équivalent terrestre des passages de la comète de Halley: très, très rares.

La scène était saisissante, la semaine dernière, à Ottawa: refoulés au fond d'une salle du parlement où se tenait le caucus conservateur, les journalistes criaient leurs questions au PM, assis très loin d'eux.

Les applaudissements des députés et des sénateurs noyaient les questions des reporters parlementaires. M. Harper, lui, souriait de ce sourire si figé.

Les journalistes voulaient que le PM réponde à des questions sur la gestion du scandale des notes de frais du sénateur conservateur Mike Duffy. Il y a des odeurs de cover up téléguidé de l'édifice Langevin, où se trouve le bureau du PM, pour couvrir les fesses de Duffy. Ce n'est pas une petite affaire.

Bien sûr, un élu peut aller au micro, répondre aux questions d'un journaliste et parler pour ne rien dire. Mais au moins, il va au micro, il s'expose. Jean Chrétien allait au micro. Il répondait aux questions. Stephen Harper, lui, se contente de se cacher derrière des communiqués de presse écrits par d'autres.

La stratégie conservatrice, depuis 2006, est simple: prenez des décisions dans l'opacité la plus complète et ne répondez aux questions qu'en dernier recours.

La plus belle image de cette phobie conservatrice des questions nous est venue de CTV, mardi. Nigel Wright est un super athlète, qui commence son jogging quotidien au milieu de la nuit. Une journaliste de la chaîne a intercepté l'ex-chef de cabinet alors qu'il courait dans les rues de Toronto.

Après avoir tenté de semer la reporter et le caméraman, Wright a fini par s'arrêter. Et il s'est comporté comme un bon officiel conservateur: il a balancé quelques phrases vides sans réel rapport avec les questions, puis il a détalé comme un lapin.

On dira que je suis frustré parce que le premier ministre Harper boude les journalistes. Je suis plutôt inquiet de voir qu'on peut diriger une démocratie à coups de slogans pondus par des marketeux, sans jamais s'expliquer ailleurs que sur des tribunes où vous ne serez jamais contredit.

Dans le système américain, les législateurs ont des leviers pour forcer les membres du gouvernement à répondre à des questions, à rendre des comptes. Ces leviers n'ont aucun équivalent - en temps de gouvernement majoritaire - dans le système parlementaire canadien.

Depuis le début de sa carrière, le morning man Paul Arcand a vu défiler à son micro les premiers ministres Mulroney, Chrétien et Martin. Stephen Harper n'est jamais allé répondre aux questions du morning man le plus écouté au Québec.

C'est symptomatique du jeu de cache-cache de Stephen Harper avec les médias. Ça veut dire que les Québécois, sauf en de très rares occasions, n'entendent le premier ministre du pays que dans des contextes super contrôlés. Où son message peut être martelé sans jamais être défié ou contredit.

C'est un choix. Un choix qui a plus à voir avec le marketing qu'avec la démocratie. Un aspect inquiétant de ce choix: le public ne semble pas être irrité par ce refus de répondre aux questions.

Mais je ne peux m'empêcher de penser que c'est surtout le choix de peureux. Ils ont peur de quoi, les conservateurs? Comme tous les bullies: peur d'être défiés, peur d'être contredits, peur de ne pas avoir raison...

L'ironie, c'est que les conservateurs jouent toujours aux durs. Toujours là à rouler les mécaniques, à se poser en shérifs impitoyables devant des menaces fantasmées...

Mais un vrai dur n'a pas besoin d'être constamment dans une bulle d'ouate. Il fait face et il n'a surtout pas peur de... questions.

Chrétien avait des défauts gros comme la Terre, mais c'était un dur.

Harper, pas tellement. C'est pourquoi il se cache tout le temps.

Pour joindre notre chroniqueur: plagace@lapresse.ca




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