Résumons le scoop - immense - de mes collègues Kathleen Lévesque, Vincent Larouche et Fabrice de Pierrebourg, dans La Presse d'hier. Une histoire qui ne pourrait arriver que dans cet endroit moralement pourri qu'est l'hôtel de ville de Montréal.

Publié le 18 mars 2013
Patrick Lagacé LA PRESSE

La Ville a donc acheté des radios de police, un contrat de 42 millions. Selon un fournisseur perdant, Motorola, le processus fut entaché d'irrégularités. La police de Montréal s'est donc mise à faire des vérifications. Mis au courant de ces vérifications qui le concernaient également, le directeur général, Guy Hébert, a demandé au ministre de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron, le droit de congédier le chef Marc Parent. Rien que ça!

On croit rêver. Le chef de la police de Montréal est la cible d'une tentative de déstabilisation de la part d'un DG qui se pense au-dessus d'une enquête policière. C'est tellement grossier qu'on frôle ici la vulgarité.

Bienvenue à Montréal, ville gérée par un hôtel de ville moralement corrompu.

L'histoire révélée par La Presse hier est le chapitre 72 de cette mauvaise téléréalité.

Un mot sur le chef Marc Parent, avant d'aller plus loin. J'ai eu des propos très durs à son égard, l'an dernier. J'aurais souhaité qu'il se dissocie de la chasse aux sources journalistiques lancée par Québec, dans la foulée d'une enquête à laquelle j'ai participé avec mes collègues de La Presse, sur les dessous de la traque de l'ancien policier Ian Davidson, «taupe» du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Mais ce qui ressort de la gestion du chef Parent, arrivé à la tête du SPVM en septembre 2010, c'est qu'il est un homme droit. Il réprouve les dérives éthiques, que ce soit chez les gestionnaires du SPVM ou chez ses agents doubles. Il ne défend pas l'indéfendable: voyez ses excuses publiques quand l'agente 728 a été filmée faisant des folies.

C'est un homme droit qui ne tolère pas les «fling flang». Contrairement à son prédécesseur Yvan Delorme, on voit mal comment le chef Parent aurait attribué sans appel d'offres le contrat de surveillance de son QG à un personnage louche comme Luigi Corretti, président de BCIA, aujourd'hui accusé au criminel.

Autre preuve de cette droiture de Marc Parent?

La sortie d'Yves Francoeur, hier.

Francoeur est impliqué dans une chicane publique et acrimonieuse avec le chef Parent au sujet de l'annulation de la semaine de trois jours pour certains agents. Francoeur aurait pu profiter de la tentative de déstabilisation du chef Parent pour faire avancer son dossier. Mais il a appuyé le chef Parent, sans détour.

Francoeur a vu les manoeuvres du DG Hébert pour ce qu'elles sont: une ingérence «dégueulasse» dans le travail policier.

Le chef Parent dérange. Il dérange ceux qui, au SPVM, ne marchent pas droit. Il dérange ceux qui, à l'hôtel de ville, sont emmerdés par les questions de policiers. Et, fait non négligeable, il dérange ceux qui auraient voulu voir un autre candidat que lui s'installer au QG de la police, il y a deux ans et demi.

Plusieurs chapelles de mécontents s'attaquent présentement à cet homme droit.

Il y a du positif dans cette histoire. D'abord, le SPVM qui enquête sur l'hôtel de ville, c'est la preuve d'une virilité policière rassurante. Ensuite, le cabinet du ministre Bergeron qui revire le DG Hébert comme une crêpe, c'est la preuve d'un désir de probité à Québec. Sans oublier la Sûreté du Québec, qui s'est élevée au-dessus des traditionnelles rivalités SQ-SPVM en conseillant au cabinet de Bergeron de ne pas virer Parent.

Ce qui est négatif, c'est que malgré tout ce qu'on sait désormais sur les dérives éthiques dans les années de Gérald Tremblay, les hommes de l'ombre à l'hôtel de ville de Montréal continuent de nager dans ces eaux-là. Ils n'ont rien appris.

Ce qui est négatif, c'est que les hommes de l'ombre à l'hôtel de ville, pendant qu'ils tentent de virer Marc Parent, tolèrent ce nid de népotisme qu'est la haute direction du Service des incendies (SIM), où le chef Serge Tremblay ne s'offusque pas du harcèlement psychologique contre des employés quand il est le fait d'un adjoint. Ça, ça ne justifie pas un ménage au SIM de la part du DG.

Ce qui est négatif, c'est de voir le maire Michael Applebaum ne trouver rien à redire en apprenant que son DG a tenté de déstabiliser le chef de la police de Montréal. Et en l'entendant dire «je ne suis pas au courant», j'ai entendu l'écho des sempiternels «je ne savais pas, je l'ignorais» de Gérald Tremblay...

C'est l'écho des The Who, cette fois, qu'on entend, à l'hôtel de ville: Meet the new boss, same as the old boss.