C'est l'histoire d'un flic qui connaît bien son quartier et «son» monde. Ils ne sont pas tous comme ça, bien sûr. Certains préfèrent se promener vitres montées, coupés du quartier et du monde. Pas tous les policiers, bien sûr. Pas lui, en tout cas.

Patrick Lagacé LA PRESSE

Un flic, donc, qui connaît bien son quartier et son monde. Il y a des flics, comme ça, qui connaissent tout le monde dans leur quartier. Les employés du Starbucks, les cols bleus de l'arrondissement, les pushers qui orbitent autour de la station de métro.

Ce flic-là n'est pas un jeunot. Il a une dizaine d'années d'expérience.

Un jour de printemps, le flic marche dans son quartier avec deux autres policiers. Il reconnaît un spécimen de la faune locale, un poqué de la vie avec qui il lui est arrivé de parler, lors de ses rondes dans le quartier. Le spécimen dessine, dans un McDo.

Le policier décide d'entrer au resto pour parler avec le poqué.

Comment en sont-ils venus à parler de la vie? Avaient-ils déjà jasé longuement dans le passé? Je ne sais pas trop.

Toujours est-il que lui, le flic gras dur syndiqué qui pourra sans doute prendre sa retraite à 50 ans, s'est mis à jaser avec le sans-abri qui avait tout perdu, famille et gagne-pain, à cause de ses démons, ceux qui rôdent dans les psychés.

Toujours est-il que les deux hommes ont parlé de la vie, de celle du poqué qui s'était retrouvé à la rue, surtout. Le poqué voulait bien se reprendre en main, mais bon, ce n'était pas si simple. Certains démons sont forts, vous savez. Le flic l'a écouté, l'a encouragé.

Le poqué a peut-être mentionné, à un certain point dans la conversation, qu'il avait faim. Ou peut-être est-ce le flic qui lui a demandé s'il avait faim. Je ne sais pas trop. Toujours est-il que le flic a fait ce qu'il avait déjà fait dans le passé, il a payé un repas à un paumé de son quartier. Il s'est levé et est allé acheter un trio McDo pour ce dessinateur abîmé par la vie.

Cette anecdote ne dit rien sur la police en général. Ce n'est pas parce que ce policier a écouté et aidé ce poqué-là, ce jour-là, qu'il y a moins de policiers qui aiment un peu trop le pouvoir qui vient avec un gun et un calepin à contraventions.

Après tout, policier, c'est comme n'importe quel métier: il y en a des extraordinaires, il y en a des nuls. Entre les deux, une masse critique qui fait honnêtement et correctement son métier. La moyenne des ours.

Ce serait la fin de cette vignette anonyme du théâtre urbain, n'eût été un hoquet tragique du sort, survenu mardi dernier.

Mardi dernier, donc, 6h50 du matin, le poqué de la vie et le flic qui lui avait payé un lunch se sont revus, rue Sainte-Catherine.

Le poqué de la vie, Mario Hamel, ne tenait plus un crayon. Il tenait un couteau.

Le flic tenait son arme de service.

Comme il connaissait son nom, il pouvait lui dire Mario, lâche ton couteau...

Mario Hamel n'a pas écouté.

Peut-être que ses démons hurlaient trop fort.

Toujours est-il que ça ne s'est pas bien terminé.

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