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Les intouchables

Prends-moi, c'est le titre d'un court métrage d'Anaïs Barbeau-Lavalette et... (Photo: fournie par la production)

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Photo: fournie par la production

Prends-moi, c'est le titre d'un court métrage d'Anaïs Barbeau-Lavalette et d'André Turpin qui est en compétition au TIFF et qui sera présenté à Vladivostok cette semaine et au Festival du nouveau cinéma à l'automne. Mais c'est surtout un sujet tabou, gênant, dont on ne parle pas, auquel on ne veut pas penser: la vie sexuelle des handicapés physiques. Peut-être serait-il plus juste d'écrire la misère sexuelle de gens enfermés dans leur corps, paralysés et impuissants au point de ne pas pouvoir enfiler un condom ni même se masturber. Des intouchables, en somme, qui ont pourtant un besoin criant d'être touchés comme des êtres sexués et pas seulement comme des êtres à laver.

Quelques films comme les Intouchables, De rouille et d'os et même Gabrielle ont abordé la question, mais en l'évoquant discrètement. Prends-moi prend le relais en y allant de manière directe et frontale et, surtout, en mettant en scène des corps brisés.

Le film est une fiction mais tournée dans un vrai centre d'hébergement pour handicapés - le Centre Paul-Émile-Léger - avec deux jeunes handicapés qui, pour l'occasion, se font acteurs. Maxime D. Pomerleau et Alexandre Vallerand (qui a déjà été de l'aventure de 30 vies), ne se connaissaient pas, mais avaient le même désir de voir le tabou de la sexualité des handicapés physiques révélé au grand jour. Pour cela, ils étaient prêts à offrir leurs corps disloqués et nus à la caméra. Ils voulaient aussi que les gens sachent que, depuis 2004, le Centre Paul-Émile-Léger a mis en place une chambre d'intimité deux mercredis par mois pour les couples handicapés qui en font la demande.

Mais Anaïs Barbeau-Lavalette et André Turpin n'ont pas tourné la scène d'amour entre Alexandre et Maxime dans cette chambre-là. Ils ont préféré inventer une chambre d'intimité plus lumineuse que la vraie.

Dans cette chambre inondée d'une lumière laiteuse, on voit un couple silencieux qui se prépare à faire l'amour avec l'aide d'un infirmier joué par le comédien Mani Soleymanlou. Celui-ci incarne un préposé que la chambre d'intimité rend mal à l'aise et qui ne considère pas qu'enfiler un condom, imbriquer deux corps inertes ou essuyer une tache de sperme fait partie de sa définition de tâches.

Il paraît que plusieurs préposés pensent comme lui. Laver des corps ou changer des couches souillées ne les dérange pas le moindrement du monde, mais pratiquer une forme d'amour assisté, non merci.

Anaïs Barbeau-Lavalette a pour ainsi dire trébuché sur ce sujet en faisant la recherche pour son prochain long métrage qui porte sur un champion du skate devenu paraplégique après un accident. Elle venait de rencontrer une prostituée qui se spécialisait dans les services sexuels aux personnes handicapées.

«À travers ce qu'elle me racontait, j'ai découvert un monde et surtout une réalité complètement occultée. Des fois, ce sont les parents qui engagent les prostituées pour les gars. Des fois, les gars vont sur des sites de rencontre gais même s'ils ne sont pas gais. Ils veulent juste être touchés et caressés. Les filles vont aussi sur les sites et il arrive à certaines d'entre elles de succomber à une sorte de frénésie et d'avoir plusieurs partenaires dans une même journée. C'est fou, mais plus tu es privé de quelque chose d'aussi fondamental que la sexualité, plus ça t'obsède.»

Anaïs a vite compris qu'elle marchait sur un terrain miné et qu'elle allait peut-être choquer bien des gens avec son court métrage tout simple et, en même temps, cru et dérangeant. Les deux jeunes héros de son film apparaissent en effet flambant nus pendant de longues minutes et, bien qu'ils ne fassent pas l'amour réellement, l'illusion est parfaite, nous renvoyant par moments à un statut de voyeurs.

«Personnellement, dit Anaïs, ça m'a permis de surmonter le problème que j'avais avec les scènes sexuelles dans mes films. Je ne savais jamais comment faire; maintenant, je le sais. Ce film-là, c'est un peu une exploration et une esquisse avant de commencer à peindre mon grand tableau.»

L'an dernier, à la défunte émission d'Anne-Marie Dussault, Après tout, c'est vendredi!, Janette Bertrand a causé toute une commotion. Invitée pour discuter de la sexualité des handicapés, un sujet que le film Gabrielle avait remis dans l'actualité, Janette a déclaré que les handicapés physiques devraient en quelque sorte faire le deuil de leurs désirs sexuels et prendre une pilule pour baisser ou éteindre leur libido. Autant dire qu'elle ne s'est pas fait d'amis chez les défenseurs des droits des handicapés qui ont vertement dénoncé ses propos. Ce n'était pas très habile de la part de Janette. Mais ne se faisait-elle pas tout simplement l'écho des préjugés ordinaires de la société?

Dans Gabrielle, la scène d'amour entre les deux jeunes est attendrissante notamment parce que les corps des deux amoureux sont intacts. Dans Prends-moi, ce sont deux corps brisés qui s'offrent à nous. Et si, pour une fois, on ne détournait pas le regard?




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