Une chance sur sept

Louise Lecavalier était déterminée à danser après ses... (Photo: fournie par l'artiste)

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Louise Lecavalier était déterminée à danser après ses 50 ans, et elle a réussi.

Photo: fournie par l'artiste

Une chance sur sept: c'est le nombre de chances que Louise Lecavalier avait de remporter le Grand Prix du Conseil des arts de Montréal contre une foule de belles candidatures comme celles de la TOHU, de la Cinémathèque québécoise, du groupe Constantinople, du Théâtre de l'OEil, du Centre d'art et de diffusion Clark et de l'Union des écrivaines et des écrivains québécois.

Une chance sur sept: c'est elle-même qui a brandi le chiffre en venant chercher son prix et en s'excusant d'avoir préparé un petit texte au cas où...

Il fallait voir la réaction de la salle lorsqu'on a annoncé que c'était elle la grande gagnante. Les 600 invités, tous liés d'une façon ou d'une autre au milieu culturel, se sont levés spontanément et avec effusion comme on le fait pour les champions, les héros, les êtres d'exception. Ils ont applaudi à tout rompre cette minuscule souris décoiffée, souriante et émue, la couvant d'un regard à la fois affectueux et admiratif.

Il est impossible de ne pas aimer Louise Lecavalier. Je ne connais pas une seule personne à Montréal, dans le milieu de la danse ou des arts, qui n'aime pas cette fille, cette femme, danseuse extraordinaire et chorégraphe de plus en plus assumée. Son humilité, réelle et jamais feinte, sans doute héritée du milieu modeste à Sainte-Dorothée où elle a grandi, y est pour beaucoup.

Les vrais humbles sont d'autant plus touchants qu'ils sont rares. Mais l'humilité à elle seule ne suffit pas à construire un artiste de la trempe de Louise Lecavalier. Le talent doit suivre, c'est certain, mais doublé de fougue, de témérité, de générosité, d'abandon, toutes choses que Louise Lecavalier cultive d'instinct depuis ses débuts et qui ont fleuri au fil du temps.

Encore aujourd'hui, 30 ans après l'avoir vue virevolter sur la scène du Spectrum, quand je pense à Louise Lecavalier, je pense à une flamme, à la fois forte et fragile, emportée par le mouvement, livrée corps et âme au tumulte, s'élançant toutes ailes déployées vers le tourbillon, et tant pis si elle s'y brûle et s'y blesse, la souffrance n'est rien quand elle se confond avec l'extase.

«Je suis le genre qui toffe la run», m'a-t-elle confié il y a quelques années. Elle venait de se faire opérer à la hanche après des années à taire la douleur qui la pliait en deux, mais qu'elle combattait dans un silence âpre sans jamais se plaindre. Elle était déterminée à danser après ses 50 ans, et elle a réussi. Elle en a 54 aujourd'hui, et à partir de demain, le mouvement va l'emporter à nouveau sur la scène de l'Usine C, où elle revient danser So Blue, sa toute première oeuvre chorégraphique.

Louise Lecavalier avait une chance sur sept de gagner le Grand Prix du Conseil des arts de Montréal et la providence a fait en sorte qu'elle a gagné. Mais la vraie gagnante, hier, c'est la culture québécoise, qui ne serait rien sans des talents comme ceux de Louise Lecavalier.

Une chance sur cinq

Une chance sur cinq: c'est le nombre de chances qu'Antoine Bertrand avait de remporter le Jutra du meilleur acteur. En réalité, c'était une chance sur deux, puisque Gabriel Arcand partait grand favori. Mais au final, c'est Antoine Bertrand qui a gagné, un prix mérité pour un acteur sensible, généreux, lumineux, charismatique, un acteur aussi imposant que Louise Lecavalier est menue, mais qui partage avec la danseuse et chorégraphe une grande qualité: l'humilité.

Au lieu de faire du deuil de sa mère, mise en terre le jour même, un drame public qui lui aurait valu un énorme capital de sympathie et une montagne d'indulgence, l'acteur a préféré se taire, retenir ses larmes et offrir à la galerie le sourire du combattant. Jusqu'à la fin, il a refusé que sa perte soit donnée en spectacle, et ce n'est qu'à la fin, la toute fin, qu'il a laissé le chagrin le submerger.

Dans les circonstances, personne n'aurait pu livrer un discours plus émouvant que celui d'Antoine Bertrand dimanche soir: un discours fait de tendresse, d'humanité, de noblesse. Il méritait pleinement le Jutra du meilleur acteur pour son rôle dans Louis Cyr. Il mériterait aussi un prix pour ce discours, pour l'élégance et le coeur qui l'ont inspiré.




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