La députée libérale Lise Thériault est aux abois. La Loi sur l'accès à l'information lui a permis de mettre la main sur deux contrats que l'acteur et metteur en scène Yves Desgagnés a signés avec le gouvernement pendant qu'il réalisait un documentaire sur Pauline Marois.

Publié le 18 nov. 2013
Nathalie Petrowski LA PRESSE

Le premier contrat daté d'avril 2013 indique que Desgagnés a été payé 9000$ pour des services d'analyse et de conseil. Le deuxième, pour les mêmes services et daté de mai à août 2013, est de 20 000$.

«Ce que ça veut dire», expliquait Lise Thériault à la caméra de Radio-Canada, «c'est que Pauline Marois a utilisé des fonds publics pour payer quelqu'un qui faisait un film sur elle.» Le film en question, c'est La première, diffusé le 4 septembre à TVA.

Lise Thériault fait-elle de la petite politique partisane en s'indignant de cette affaire? Voit-elle des basses manoeuvres là où il n'y en a pas?

Avant d'aller plus loin, quelques précisions. D'abord, qui dit documentaire ne dit pas reportage. En effet, c'est l'actualité qui dicte et commande un sujet de reportage. Un documentaire n'est dicté par rien sinon la volonté d'un cinéaste de se pencher sur un sujet donné.

Les premiers documentaires de l'histoire du cinéma étaient la plupart du temps des oeuvres de propagande assujetties à une cause. L'Office national du film du Canada a d'ailleurs été créé en 1939 précisément pour produire des films de propagande incitant les Canadiens à aller au front.

Heureusement, le documentaire a évolué depuis. Il a pris ses distances du pouvoir et de la propagande pour explorer une diversité de facettes de la société.

Sans devenir une oeuvre objective, le documentaire de nos jours pratique une forme de subjectivité honnête, où les êtres et les enjeux sont exposés dans toute leur complexité.

C'était le cas du documentaire À hauteur d'homme de Jean-Claude Labrecque. Le cas aussi de la plupart des documentaires de Francine Pelletier. Même L'erreur boréale de Richard Desjardins sur la déforestation du Québec cherchait à éveiller notre conscience plutôt qu'à nous endoctriner.

Le documentaire d'Yves Desgagnés sur Pauline Marois a fait précisément le contraire. Certains ont évoqué un long publireportage à la gloire de Pauline Marois. Dans les faits, il s'agissait d'un film de pure propagande sans le moindre regard critique.

Si d'aventure Desgagnés avait proposé son documentaire à Radio-Canada, il aurait été refusé sur-le-champ. Hormis quelques plans mal filmés des coulisses du Métropolis le soir de l'attentat, le film ne présentait aucun intérêt, sinon celui de faire mousser l'image de la première ministre.

Le fait qu'il ait été acheté illico par TVA pose problème. TVA est une télé privée qui a bien le droit de diffuser ce qu'elle veut, mais vu les liens du président de son conseil d'administration avec le gouvernement Marois, il aurait été sage que le diffuseur se garde une petite gêne. Ce ne fut pas le cas.

Qu'Yves Desgagnés, metteur en scène chevronné et cinéaste dont les films ont connu un succès au box-office, veuille réaliser un documentaire sur Pauline Marois est tout à fait légitime.

Le problème, c'est qu'il avait passé la campagne électorale à conseiller Pauline Marois. Sans être des amis intimes, ils avaient noué des liens professionnels qui plaçaient Desgagnés en conflit d'intérêts.

Desgagnés aurait pu quand même réaliser son documentaire, mais en tant que cinéaste libre et indépendant, et non pas en tant que militant groupie de Pauline. Malheureusement, c'est le militant et non le cinéaste qui a signé le film.

Cela signifie-t-il pour autant que Pauline Marois a utilisé des fonds publics pour payer quelqu'un qui tournait un film sur elle? Difficile à dire. Chose certaine, Desgagnés m'a confié en septembre qu'il a fait part de son projet de documentaire à Marois en mars 2013. Comme par hasard, le mois suivant, il signait un premier contrat avec son gouvernement.

Au même moment, une rumeur voulait que Desgagnés devienne l'attaché de presse de Marois. Quand je lui en ai parlé en septembre, Desgagnés a éclaté de rire, affirmant qu'il aimait trop les arts pour embarquer dans la galère politique. Il a toutefois concédé que le conseil exécutif l'avait engagé à quatre reprises pour des évènements.

Mais, disait-il, «c'était pour des choses insignifiantes comme l'éclairage ou la disposition des pancartes». Je l'ai cru. Maintenant, je me demande: 30 000$ pour quatre activités, cela revient à 7500$ de la fois pour régler un éclairage ou déplacer une pancarte. À ce prix-là, Pauline Marois aurait mieux fait de payer le cinéaste.

ON EN PARLE TROP

De Geneviève Sabourin, cette actrice qui, après des années de figuration, vient d'obtenir le grand rôle de sa vie dans le procès qui l'oppose à l'acteur Alec Baldwin. L'affaire a été reprise dans les médias du monde entier. Si je pouvais, je l'engagerais à sa sortie de prison pour la prochaine saison d'Unité 9.

ON N'EN PARLE PAS ASSEZ

De Dominique Quesnel, cette fabuleuse actrice méconnue. On peut la voir ce soir, pour la dernière fois à l'Usine C, dans la formidable pièce Variations pour une déchéance annoncée ou toutes les semaines à la télé dans Mémoires vives. En voilà une qui n'a pas besoin d'Alec Baldwin pour briller.