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Trois jours à Toronto

Sur papier, la proposition était remplie de promesses: un concert extérieur gratuit au milieu d'un grand square urbain, avec Laurie Anderson, la papesse de la performance multimédia, en duo par Skype avec nul autre que Ai WeiWei, grand artiste chinois et encore plus grand dissident. Tout cela sous les étoiles et les millions d'éclats d'une boule en miroir de la taille d'un éléphant, perchée dans le ciel. Wow!

Sur papier, la proposition du festival Luminato donnait envie de se précipiter à Toronto.

La réalité? Un show très, très tranquille, pour ne pas dire ennuyeux, abstrait, cérébral, plombé par des problèmes techniques d'un Skype déficient et d'un Ai WeiWei incohérent, bref, une soirée qui donnait juste envie de revenir en vitesse à Montréal.

Rien de mieux pour se réconcilier avec Montréal que d'aller passer trois jours à Toronto. La capitale ontarienne est certes agréable. On y mange bien, cher, mais bien. Les musées sont cool. Il y a des quartiers branchés sympas, mais pour l'ambiance, pour ce qui électrise l'air et rend Montréal, si séduisante et survoltée certains soirs d'été, on repassera.

Tous les spectacles présentés par Luminato cette année n'étaient pas aussi assommants que celui de Laurie et d'Ai Wei Wei. N'empêche.

Depuis sept ans, à coup de subventions d'Ottawa et de l'Ontario et d'une très généreuse commandite de l'Oréal, Luminato tente de se positionner comme un festival d'envergure à la fine pointe de la création contemporaine. L'art pour l'art y est encouragé et payé chèrement. Ici les artistes, les vrais, ont carte blanche et n'ont pas à se préoccuper de ce meuble encombrant qu'est le public. J'exagère un peu, mais pas tant que ça.

Il y a dans l'intention de Luminato quelque chose de noble: la volonté de ne pas être populaire et rassembleur à tout prix. Mais c'est une arme à deux tranchants et le résultat au bout du compte, c'est un festival éparpillé, décentré, sans lien ni liant, qui aurait des leçons de convivialité à prendre des festivals montréalais, y compris du FTA, le pendant montréalais de Luminato.

Il y a 10 ans, le FTA a présenté un spectacle du grand prestidigitateur théâtral qu'est le metteur en scène Robert Wilson. Cette année, la directrice du FTA aurait bien aimé s'offrir le dernier opus de Robert Wilson, Vie et mort de Marina Abramovic. Avec son budget de 3 millions, elle n'en avait pas les moyens. Du côté de Luminato, dont le budget est de 12 millions, l'argent n'est jamais un problème.

Luminato est riche comme la ville qui l'a vu naître sauf que l'argent n'achète pas tout, notamment l'ambiance, ce ciment invisible qui unit les gens et les fait vibrer ensemble. Toronto en manque cruellement.

Mais c'est la Montréalaise ici qui s'exprime. Peut-être que ce que je demande à Luminato en particulier et à Toronto en général, est impossible puisque nous ne vivons pas sur la même planète et n'avons pas la même culture, ni la même sensibilité. En même temps, sommes-nous vraiment si différents?

Contre toute attente, c'est une marionnette manipulée par Ronnie Burkett, le plus grand marionnettiste du Canada, qui a répondu à ma question. Tous les soirs jusqu'à la fin du festival, Burkett orchestre une sorte de cabaret clandestin inspiré par les cabarets tchèques sous l'occupation nazie.

Tout seul sur la scène du théâtre Berkeley, Burkett manipule une vingtaine de marionnettes monstrueuses à qui il prête sa voix et son jeu d'acteur. Ses personnages fantasques semblent tout droit sortis de son enfance albertaine. À leur manière, ils nous parlent du Canada et du Québec aussi. Les Québécois, dit un vieux général sec et maigre comme un fagot de bois, ce sont des ados tapageurs qui font du bruit en haut.

J'aurais pu me fâcher et prendre la boutade pour une insulte. Mais, cette image de nous-mêmes, sortie de la bouche d'une marionnette canadienne, m'a réjouie. Le lendemain, j'ai quitté sans regret les adultes de Toronto. Rien de mieux qu'un séjour dans la capitale ontarienne pour se réconcilier avec les ados tapageurs de Montréal.

ON EN PARLERA LONGTEMPS

Du regretté James Gandolfini, mort subitement à 51 ans en Italie cette semaine. Du Tony Soprano qu'il a incarné avec brio pendant six glorieuses saisons, nous retiendrons ce regard triste et inquiet qui nous a ouvert une rare fenêtre sur l'être humain qui se cache derrière le tueur et le mafieux.

ON N'EN A PAS ASSEZ PARLÉ

Du sculpteur Daniel Couvreur mort le 12 juin, en Italie, lui aussi. Montréalais d'adoption, fasciné par la culture amérindienne, Couvreur a réinventé le marbre en le sortant de l'académisme des statues pour en faire un matériau moderne et vivant. Couvreur était non seulement un artiste de talent, c'était aussi le plus gentil des hommes. Mes condoléances à sa famille et à ses amis.




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