J'ai mis trois heures à lire la biographie non autorisée de Céline Dion parue en 1997 sous la plume du Montréalais Ian Halperin. Mais je doute que je perde une heure, une minute ou même une seconde pour me farcir la plus récente bio de Halperin sur Guy Laliberté. Le problème, ce n'est pas tant la vie sulfureuse du guide du Cirque du Soleil que le manque de crédibilité et de rigueur de celui qui signe sa biographie.

Nathalie Petrowski LA PRESSE

Remarquez que j'ai déjà eu une autre opinion d'Ian Halperin, que j'ai connu dans une vie antérieure alors qu'il travaillait sur le scoop du siècle: le soi-disant meurtre (déguisé en suicide) de Kurt Cobain, le leader du groupe Nirvana.

Malheureusement, n'ayant réussi à rien prouver sinon qu'il avait trop d'imagination, Halperin a abandonné son enquête policière pour se lancer à fond la caisse dans la «peopolisation» à outrance et la bio biodégradable de vedette à la sauce trash: une sauce provenant habituellement d'un ragoût de ragots plus ou moins fermentés.

Pour vous donner un aperçu du style de M. Halperin, voici ce qu'on pouvait lire à l'endos de la bio sur Céline: «Découvrez comment Céline a dupé Oprah, comment elle a choqué Rosie O'Donnell, comment elle a désiré lascivement Michael Jackson... Découvrez les menaces de suicide, l'anorexie, les dépressions nerveuses, la paranoïa et les guerres maritales menées par cette Lolita.»

Rien qu'avec ce préambule, on voit exactement où loge Ian Halperin. Il récidive d'ailleurs sur le quatrième de couverture de La vie fabuleuse du créateur du Cirque du Soleil, où l'on peut lire: «Découvrez l'univers d'un simple amuseur public devenu l'homme le plus riche du Québec! Les voyages, les amis par milliers, la jet set, le sexe, la drogue, le poker, l'ambition, l'argent, l'argent et encore l'argent!!!!»

Publié par Transit Médias, une nouvelle maison d'édition dirigée par François Turgeon et née à la suite de la faillite frauduleuse de Trait d'union, la maison d'édition de son père Pierre Turgeon, des extraits de la bio ont été publiés dans les médias avec, à mon avis, un peu trop d'empressement. D'autant plus que Halperin ne laisse pas souvent les faits ou la rigueur gâcher son histoire.

Dans l'extrait sur les débuts américains du Cirque publié sur Cyberpresse, on couvre une décennie complète en quelques paragraphes. Une minute, on est à Los Angeles en 1987 alors que le Cirque goûte à ses premiers succès hollywoodiens et cinq paragraphes plus loin, on est au bord d'une catastrophe majeure: le départ du metteur en scène Franco Dragone.

L'ennui, c'est qu'entre les succès de 1987 et le départ de Dragone, 12 années et 10 spectacles se sont écoulés. Halperin n'en fait pas mention, tout occupé qu'il est à nous raconter la rencontre de Guy Laliberté sur une plage au Brésil d'une jeune nymphette en bikini qui le suivra au Québec, vivra avec lui pendant plusieurs années, aura ses enfants avant de conclure leur relation par une séparation hostile dont la belle Brésilienne ne s'est toujours pas remise, ce qui est problématique puisqu'elle est l'une des sources principales du livre.

Une ex qui en veut à son ex peut sans aucun doute s'avérer une mine d'or de renseignements juteux et sordides, mais peut-elle être une source rationnelle et crédible? Permettez-moi d'en douter. Permettez-moi aussi de douter de ce mystérieux Denis, une autre source de catégorie AAA qui, dans un extrait publié par L'actualité, nous apprend une chose stupéfiante.

«Guy a toujours aimé traîner avec les musiciens parce que la musique fait fondamentalement partie de sa vie» nous dit celui qui a probablement pris de grands risques pour lui-même et pour sa famille afin de nous livrer cette parcelle d'information potentiellement explosive.

Plus loin, Denis en rajoute et nous livre cette fois une bombe au sujet de George Harrison. «Lorsque Guy a appris la nouvelle de sa mort, dit Denis, il était effondré. Pour la première fois de sa vie, il venait de prendre conscience que tout le monde meurt.» Sans blague? Est-ce à dire qu'avant le trépas du deuxième Beatle, Laliberté était persuadé que la mort était uniquement réservée aux ploucs et à tous ceux dont il ne voulait pas voir la face à l'occasion de la grande fête annuelle qu'il organisait quand Montréal avait encore un Grand Prix? Si c'est le cas, le choc a dû être terrible.

Quant aux fameuses fêtes du Grand Prix, Halperin ne nous apprend rien que nous n'ayons, sinon vu, à tout le moins imaginé. Le sexe sous la tente, la drogue sur un plateau d'argent, les orgies échangistes dans les roulottes, rien de très neuf sous le soleil sinon cette confession candide de la part d'une amie sans nom (comme la marque du même nom), qui déclare de manière péremptoire: il est faux de penser que Guy couche avec toutes les femmes qu'il rencontre. Bon nombre d'entre nous sont uniquement des amies intimes qu'il appelle toutes les années pour l'aider à organiser la fête.»

J'ai perdu trois heures de ma vie à lire la bio sur Céline, mais je ne perdrai pas une seconde de plus avec celle d'un homme qui réussit à convaincre ses domestiques qu'il est leur ami. J'invite mes amis à faire de même. Et tous ceux qui ne le sont pas, aussi.

 

Photo: archives La Presse

Guy Laliberté