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Ce qu'il reste de Montréal

Réveil brutal lundi matin. La Presse m'a appelée:

- Michael Applebaum vient d'être arrêté.

- Quoi? Arrêté? Comment ça, arrêté?

Je n'ai pas eu le temps de finir mon café. Je me suis habillée en vitesse et j'ai filé à l'hôtel de ville, où Louise Harel donnait un point de presse pour commenter la nouvelle. L'énorme nouvelle. Je suis partie tellement vite que j'ai mis mon chandail à l'envers. Pendant le point de presse, je ressemblais à Montréal: à l'envers.

Encore, oui, encore un départ, encore l'hôtel de ville orphelin, encore un électrochoc. D'abord Gérald Tremblay qui a démissionné en novembre parce qu'il était trop incompétent et trop aveugle pour diriger Montréal, puis Michael Applebaum arrêté, hier à 6h du matin, à son domicile. Les 14 chefs d'accusation qui pèsent sur lui sont graves: complot, fraude, abus de confiance, corruption. Assez costaud, merci.

Pour l'instant, il n'est qu'accusé. N'empêche, il doit démissionner. Montréal est assez magané, pas besoin d'en rajouter en lui infligeant un maire accusé de corruption.

En novembre, Michael Applebaum a manoeuvré pour se faire élire maire. Il a été habile, très habile. Il a mis tout le monde dans sa petite poche, y compris les chefs de l'opposition, Louise Harel et Richard Bergeron. Même le gouvernement du Québec a applaudi Michael Applebaum, l'homme au-dessus de la mêlée capable de créer une coalition et de rallier des têtes fortes, comme Harel et Bergeron.

Personne ne s'est interrogé sur la nouvelle et soudaine virginité de Michael Applebaum qui avait pourtant été avec Gérald Tremblay depuis les tout débuts. On lui a donné le bon Dieu sans confession, soulagé d'éviter la tutelle et de voir la Ville fonctionner de nouveau, opposition et parti au pouvoir marchant main dans la main.

Aujourd'hui, Montréal est Gros-Jean comme devant - encore -, avec, en prime, un oeil au beurre noir. Un autre.

Tutelle: le mot est à la mode. Laval est sous tutelle. Avec raison. Je ne comprends pas que le maire, Alexandre Duplessis, soit encore en poste après les révélations accablantes déballées devant la commission Charbonneau et la politique généralisée - et illégale - des prête-noms. Si je vivais à Laval, je paierais mes taxes la rage au coeur.

Mais Montréal? On est ailleurs. À Laval, c'est le maire et des hauts fonctionnaires qui auraient magouillé à grande échelle. À Montréal, ce n'est pas le maire qui dirigeait le système de ristournes et un nombre infime de fonctionnaires ont admis avoir été corrompus.

Mettre une ville en tutelle signifie que plus personne n'a la capacité de la diriger. On peut lever le nez sur Louise Harel et Richard Bergeron, mais ils n'ont rien à se reprocher et ils ont fait leur travail de chef d'opposition.

Bien sûr, ils ont participé à la coalition de Michael Applebaum, trop heureux de goûter enfin au pouvoir, et ils se sont mis la tête dans le sable lorsqu'il a été visé par des perquisitions, mais ils ont travaillé de bonne foi.

Harel et Bergeron contrôlent 21 des 62 élus au conseil municipal. Aucune accusation n'a été portée contre eux, aucune rumeur ne mine leur réputation. Imposer une tutelle revient à décréter qu'ils sont trop incompétents pour diriger la Ville. Harel et Bergeron se présentent comme candidats à la mairie en novembre. Ils perdraient toute crédibilité si le gouvernement imposait une tutelle.

La tutelle est une mesure extrême qui court-circuite la vie démocratique. Montréal n'en est pas là.

Le conseil municipal a 30 jours pour élire un nouveau maire. Hier, Richard Bergeron était prêt: «Nous avons un candidat», a-t-il dit. Louise Harel était moins directe.

Si les conseillers se chamaillent et sont incapables d'élire un nouveau maire, Québec pourra brandir l'arme de la tutelle. Et même l'imposer. Montréal l'aura mérité.

Pour l'instant, la balle est dans le camp des élus.

Hier, l'avocate Mélanie Joly a décidé de se lancer dans la course à la mairie de Montréal. Seule. Sans programme et sans équipe. Son communiqué de presse tenait en six paragraphes maigrichons. Aucune idée originale, mais beaucoup de clichés du genre: «Je veux réinventer Montréal.» Une autre qui veut réinventer Montréal! Mais réinventer quoi? Comment? Avec qui? Mystère.

Mélanie Joly est arrivée sur la scène montréalaise comme une météorite sortie de nulle part.

Denis Coderre a aussi fait un point de presse qui est passé dans le beurre. Les journalistes n'en avaient que pour l'arrestation de Michael Applebaum. Il a présenté une partie de son équipe: huit candidats, dont sept ex-élus d'Union Montréal, qui s'est sabordé dans la foulée des scandales. Pas de grosses prises, mais beaucoup de petits poissons des chenaux.

Coderre pêche dans les eaux troubles de Gérald Tremblay. Où est le renouveau tant promis?




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