Mercredi, la commission Charbonneau a enfin abordé le coeur de la corruption: le financement des partis politiques.

Mis à jour le 7 févr. 2013
Michèle Ouimet LA PRESSE

Le président d'une firme de génie, Michel Lalonde, a avoué qu'il avait versé 3 % de la valeur de ses contrats à Bernard Trépanier, grand argentier d'Union Montréal, le parti de Gérald Tremblay. De 2004 à 2009. Pendant cinq ans, cinq longues années. Et il n'était pas le seul à obéir à la règle du 3 % pour obtenir des contrats de la Ville.

Après les fonctionnaires et les entrepreneurs véreux, les firmes de génie, la Sainte Trinité de la corruption. La boucle est bouclée. Ou, comme dit mon vieux père, tout est dans tout.

Ce n'est pas la première fois que le fameux 3 % rebondit, mais chaque fois, je tombe en bas de ma chaise. Il y a toujours eu des enveloppes brunes et du financement illégal, mais c'est sous Union Montréal que le système s'est raffiné et qu'une tonne de dollars est tombée dans la cagnotte du parti de Gérald Tremblay. C'est du moins ce qui ressort du témoignage-choc de Michel Lalonde, président de Génius conseil.

Bernard Trépanier a inventé le 3 %. C'était en 2004, un an avant les élections, a raconté Lalonde. Trépanier a d'abord exigé 100 000 $ «cash», puis il lui a dit qu'il voulait créer un système de pourcentage, 3 %. Parce que des élections, ça se gagne avec de l'argent. Lalonde trouvait la facture salée, mais il pouvait se compter chanceux. Trépanier a précisé que certaines firmes devaient verser 200 000 $.

Donc, 100 000 $ et 200 000 $, sans oublier la ristourne de 3 %. Ça commence à faire une belle montagne d'argent. Les entrepreneurs et les firmes de génie ramassaient cette cagnotte en gonflant les coûts des contrats et en ajoutant des extras. Et qui, au bout du compte, payait la note? Les contribuables. Car Lalonde a confirmé ce que tout le monde sait: les travaux à Montréal coûtaient de 25 à 30 % de plus qu'ailleurs. Le prix de la corruption.

En juin, lorsque l'ex-chef de police Jacques Duchesneau a dit devant la Commission que 70 % du financement des partis politiques provenait de l'argent sale, peu l'ont cru. Soixante-dix pour cent? Énorme, trop gros. Ça ricanait dans les chaumières. Mais est-ce que le chiffre de Duchesneau est aussi farfelu qu'on le prétend?

Et Martin Dumont, le témoin qui a jeté la Commission dans l'embarras en embellissant ses histoires et en déformant la vérité? Il n'avait pas tout faux. Il a affirmé que la réceptionniste d'Union Montréal avait compté à la mitaine 850 000 $ à la demande de Bernard Trépanier. Jamais, a-t-elle protesté lundi. Dumont a reconnu que c'était faux lors d'un interrogatoire musclé mené par des enquêteurs de la Commission. Par contre, elle a précisé que Trépanier était arrivé avec une mallette bourrée de billets attachés avec des élastiques et qu'il lui avait demandé de séparer les 20 $ des 50 $.

Dieu sait pourquoi Dumont a inventé cette histoire de 850 000 $. Il n'en reste pas moins que l'argent circulait drôlement dans les locaux d'Union Montréal et que Bernard Trépanier recevait des présidents d'entreprises et des entrepreneurs qui venaient verser leur obole. Comme Dumont l'a raconté: Trépanier accueillait ses visiteurs, fermait la porte de son bureau et baissait les stores. Que reste-t-il du témoignage de Dumont? Comment démêler le vrai du faux? Est-ce que la porte du coffre-fort qui était dans le bureau de Trépanier ne fermait pas parce qu'il y avait trop d'argent sale? Peut-être. Mais un point se confirme, l'argent coulait à flots. Et c'est avec cet argent sale que Gérald Tremblay a été élu et réélu.

Autre fait qui m'a jetée par terre: les mots choisis par Lalonde pendant son témoignage. À l'entendre, tout se déroulait comme si ces entrepreneurs et ces présidents d'entreprise étaient des gentlemen qui discutaient noblement affaires, alors qu'ils complotaient pour flouer le système. Mercredi, Lalonde utilisait un vocabulaire chaste qui enrobait la réalité d'un vernis de respectabilité. Il disait qu'il était «accommodant» avec les entrepreneurs quand il leur accordait des extras gonflés, que l'opération se déroulait dans le «respect» et dans un «esprit de partenariat». Surréaliste.

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Petite note en terminant: est-ce que quelqu'un pourrait donner un cours accéléré de politique 101 à la commissaire France Charbonneau? Mercredi, elle a étalé son ignorance. C'était gênant. Elle confondait Vision Montréal et Union Montréal. Ce n'était pas une erreur, elle était vraiment mêlée. Visiblement, elle ne connaît pas grand-chose à la politique municipale. Pourtant, ça fait des mois que sa Commission se penche sur Montréal. Mme Charbonneau pourrait au moins faire la différence entre Vision et Union Montréal. Élémentaire, mon cher Watson, comme dirait Sherlock Holmes.