Quand on accorde un prix à quelqu'un, on entend souvent dire de la part de celui ou celle qui le remet que « la personne a rayonné », c'est-à-dire qu'elle a manifesté son influence dans un espace donné. Pour ma part, je préfère de loin la définition qui dit que rayonner, c'est « répandre la lumière ». Eh oui, je suis poète à mes heures !

Publié le 17 déc. 2018
Mario Girard LA PRESSE

Je ne peux me rendre à la fin de l'année 2018 sans revenir sur les artistes qui ont fait rayonner notre culture partout dans le monde. On leur doit énormément. À travers eux ou leurs oeuvres, la société québécoise s'exprime, prend sa place, fait voir de quoi elle est capable.

Ce survol des grands ambassadeurs de notre culture commence avec un géant, le dramaturge et romancier Michel Tremblay, à qui l'Académie française a remis récemment le Grand Prix de la Francophonie. L'attribution de ce prix couronne fabuleusement l'année 2018 pour l'auteur des Chroniques du Plateau-Mont-Royal. Ce dernier, peu habitué aux habits de gala, arborait pour une rare fois une cravate. Le moment fut solennel, symbolique.

Avant Michel Tremblay, peu de Québécois ont eu la chance de recevoir cette récompense qui a été créée à l'initiative du Canada en 1986. Hubert Reeves (1989), François Ricard (2001) et Jean-Claude Corbeil (2010) font partie de ce groupe restreint.

Dans son allocution, l'académicien Jean-Luc Marion, qui a présenté le prix au dramaturge, a dit que l'oeuvre de Michel Tremblay avait pris son essor en 1968 grâce à la pièce Les belles-soeurs. En reprenant les mots d'Hélène Carrère D'Encausse, il a ajouté que « la pièce choqua par les personnages de femmes ouvrières et de travestis ». Euh... Des travestis dans Les belles-soeurs ? Où ça ?

Mais peu importe ce petit écart, apercevoir Michel Tremblay debout, parmi les académiciens et les dignitaires, était quelque chose de beau à voir.

Après la remise du prix, Tremblay a été photographié en compagnie de son confrère Dany Laferrière. À ce moment-là, très précisément, la coupole a fait entendre une symphonie d'accents.

Le talent québécois s'est fait entendre sur tous les tons et sur tous les continents au cours de l'année. Et parfois de manière très prestigieuse. Je pense évidemment à Yannick Nézet-Séguin qui a officiellement fait son entrée au Met. La Traviata qu'il dirige depuis quelques semaines lui fait faire une arrivée en lion.

Malgré une année sous le signe de la controverse, Robert Lepage continue de briller partout sur la planète. Sa formidable mise en scène de Coriolan au Festival de Stratford (elle sera reprise en janvier au TNM - courez vite acheter des billets) a fait inscrire la pièce parmi les 10 meilleures productions théâtrales de l'année, selon le Washington Post.

Toujours dans le domaine du théâtre, il faut souligner l'immense reconnaissance que l'oeuvre de Michel Marc Bouchard obtient partout dans le monde. On peut affirmer qu'en tout temps, des mots de Bouchard sont dits et joués sur une scène, quelque part. Son oeuvre est entre bonnes mains, la preuve étant la présentation de Tom Na Fazenda (Tom à la ferme), la renversante production brésilienne qu'on a pu voir lors de la dernière édition du FTA.

Qui aurait cru que les Parisiens allaient un jour célébrer les Fêtes avec les trois grands cirques québécois ?

C'est ce qui arrive en ce moment alors que le Cirque du Soleil (Totem au Bois de Boulogne), le Cirque Éloize (Saloon au Théâtre Le 13ème Art) et Les 7 doigts de la main (Cuisine et confessions à Bobino) émerveillent les cousins. Le Cirque du Soleil retourne dans la Ville Lumière au printemps avec Toruk, le spectacle dirigé par Michel Lemieux et Victor Pilon.

Quand on parle d'ambassadeurs internationaux, il n'est plus nécessaire de nommer Céline Dion, tant la reconnaissance de cette dernière à l'international est devenue quelque chose... de banal. Mais au rayon de l'humour et de la musique, mentionnons quand même l'énorme succès que remportent actuellement Sugar Sammy (les murs des métros de Paris étaient couverts des affiches de son spectacle lors de mon passage en septembre) et Coeur de pirate.

Je sais que plusieurs noms vont m'échapper, mais je veux aussi parler du danseur Guillaume Côté qui interprète en ce moment Roméo dans une production du Bolchoï, Marie-Nicole Lemieux que j'ai croisée dans un aéroport et qui rentrait d'Europe où elle venait d'offrir une série de récitals et d'enregistrer un disque, et Jean-Marc Vallée qui, entre deux tournages à Hollywood, revient se balader nonchalamment dans les rues de Montréal.

Il y a les Québécois qui font rayonner notre culture, mais il y a aussi des étrangers comme Józef Kwaterko, un Polonais qui dirige le Centre de recherche en civilisation canadienne-française et en littérature québécoise à l'Université de Varsovie. Le chercheur a reçu le 28 novembre dernier, du Conseil supérieur de la langue française du Québec, l'insigne de l'Ordre des francophones des Amériques (catégorie Autres continents).

Partout dans le monde, il y a des gens qui, pour diverses raisons, tombent amoureux de notre musique, de notre cinéma ou de notre littérature et qui prennent la décision d'en être le porte-voix.

C'est le cas de Józef Kwaterko, qui a appris le français sur le tard et qui a développé lors de ses études universitaires un intérêt marqué pour notre littérature. Avant lui, aucun chercheur polonais ne s'y intéressait vraiment.

Je l'ai joint chez lui, à Varsovie, la semaine dernière. C'est avec émotion qu'il m'a raconté que le centre d'études qu'il dirige depuis 1997 avait été créé en grande partie grâce à Alice Parizeau. La femme de l'ancien premier ministre du Québec, qui avait des origines polonaises, a jeté les bases de cette bibliothèque constituée d'ouvrages québécois. Le centre contient aujourd'hui près de 3000 ouvrages et plusieurs documents sonores et visuels.

Józef Kwaterko est un spécialiste de Michel Tremblay. Il a traduit deux de ses pièces : Les belles-soeurs et Le vrai monde ? Il parle avec passion de Gaston Miron, Jacques Godbout et Anne Hébert. Sous sa direction, plusieurs doctorants ont effectué des recherches sur la littérature et la culture du Québec.

« Je sais, vous êtes parfois défaitistes au sujet de votre littérature, m'a-t-il dit. Mais moi, je peux vous le dire, elle se porte bien. Elle est en excellente santé. »

Merci de nous rassurer, M. Kwaterko. Et merci de répandre notre lumière.