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La boîte de Crayola au complet

Stéphane Larue, auteur du livre Le plongeur, est... (PHOTO SIMON GIROUX, archives LA PRESSE)

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Stéphane Larue, auteur du livre Le plongeur, est de ceux qui écrivent d'une langue décomplexée.

PHOTO SIMON GIROUX, archives LA PRESSE

Mario Girard
La Presse

Ce qui m'a le plus sauté aux yeux dans l'excellent dossier de ma collègue Chantal Guy, c'est le passage qui porte sur l'oralité des jeunes auteurs. Ceux-ci, disent les spécialistes interviewés, se sont débarrassés des complexes qui ont longtemps habité les pionniers de notre littérature. L'écriture des deux dernières décennies respire la liberté, se faisant caméléon au gré des couleurs et des nuances dont elle a besoin pour vivre.

L'histoire de notre littérature est jeune, terriblement jeune. On l'oublie. On oublie qu'avant-hier encore, elle trouvait ses bases du côté de la mère patrie. Tout comme notre théâtre. Et notre cinéma. Ceux qui ont péniblement placé les premières pierres de notre culture en devenir ont dû composer avec une langue (et un accent) qui, dans les oreilles des spectateurs « canadiens-français », sonnait faux.

Mais bon, pour les auteurs, les comédiens et les créateurs qui voulaient faire leur marque, il n'y avait pas d'autre chemin. Il fallait être estampillé du sceau français pour réussir. Dans les années 50, les comédiens effectuaient un séjour en France et revenaient de là avec un indécrottable accent français. Jean-Louis Roux n'a-t-il pas déjà déclaré à un metteur en scène montréalais : « Ne me demandez pas d'adopter un accent québécois, je sonne russe » ?

Quant aux auteurs, si leur inspiration prenait racine ici, la langue qu'ils employaient s'apparentait davantage à celle de leurs camarades d'outre-mer. Nous étions face à des oeuvres françaises dont l'action se déroulait... chez nous.

L'ARRIVÉE DU JOUAL 

On oublie aussi qu'hier encore, une certaine Révolution tranquille nous permettait de mener une quête identitaire afin de trouver notre véritable voix. Les révolutions sont faites pour défoncer les portes. Et pour cela, il faut atteindre les extrêmes. L'intégration du joual dans la littérature et le théâtre a symbolisé cet extrémisme.

Tout à coup, tout est devenu joual. « Mais chais pus où chus rendu », chantait Charlebois. « J'sais pas où j'm'en vas, mais y m'semble que je m'en vas quec'part », répliquait sa consoeur Diane Dufresne.

Comme beaucoup d'autres, Garou-le-Fou et Diane-la-Chasseresse cherchaient. Ils cherchaient en utilisant leur nouvelle étiquette de « Québécois » quand ils faisaient rouler « le set de drums » sur la scène de l'Olympia de Paris.

Étrangement, les porte-étendards du mouvement joualisant dans la littérature, Michel Tremblay, Réjean Ducharme et d'autres, ont dû « inventer » une manière d'écrire cette langue. En effet, jusque-là, personne ne savait écrire cette langue qui était depuis longtemps la nôtre dans les ruelles d'Hochelaga et les cuisines du Plateau Mont-Royal.

Michel Tremblay m'a déjà raconté comment il s'était beaucoup interrogé sur la « géographie » de certains mots lors de l'écriture de ses premières pièces. Parfois, il découvrait dans l'oeuvre de son confrère Ducharme une façon plus appropriée d'écrire un mot ou une expression. Il lui empruntait alors cette géographie.

L'arrivée du joual dans notre littérature a été vitale. Elle a été fondamentale. Les plus ardents détracteurs du joual (expression répandue par André Laurendeau) ont craint qu'il ne fasse office de rouleau compresseur et qu'il occupe toute la scène, qu'il tue le « bon français » enseigné par les Frères des écoles chrétiennes. Il n'en fut rien.

QU'UNE DES COULEURS

Cinquante ans après le débat houleux autour du joual, force est de constater que les jeunes auteurs sont loin de tous écrire dans cette langue. Pour eux, elle n'est qu'une des couleurs de la boîte Crayola qu'ils ouvrent quand vient le temps d'écrire. Car aujourd'hui, la boîte au complet leur appartient.

Les jeunes auteurs puisent dans les infinies nuances et teintes de la langue française pour écrire. Ils utilisent les influences internationales dont elle s'enrichit depuis quelques décennies. Ils exploitent ses travers comme ses richesses, sa pureté comme ses salissures. Ils prennent le meilleur et le pire. Ils exploitent tout ce dont une langue doit être aujourd'hui composée.

La littérature québécoise, celle des vingt dernières années, est à la fois politique et esthétique. Mais elle demeure résolument collée à nos valeurs, à notre réalité. Cette jeune littérature parle de nous, parle à travers nous, parle parfois même au-dessus de nous. Mais cette littérature s'adresse à nous. C'est ce qui importe.




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