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À table avec Gabriel Nadeau-Dubois: jeunesse d'aujourd'hui

C'est au bistro l'Enchanteur, dans Villeray, le quartier... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE)

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C'est au bistro l'Enchanteur, dans Villeray, le quartier où il a grandi et où il habite actuellement, que Gabriel Nadeau-Dubois a rencontré notre chroniqueuse Marie-Claude Lortie.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE

Gabriel Nadeau-Dubois, l'ancien porte-parole de la CLASSE, le regroupement étudiant le plus à gauche de la mobilisation contre la hausse des droits de scolarité de 2012, n'est pas sûr s'il va faire un jour de la politique.

Mais l'homme de 24 ans ne dit pas non à cette possibilité, à long terme. «Je ne juge pas les autres qui l'ont fait, mais moi, je crois que j'aimerais avoir un peu plus de bagage», dit-il. Pas tout de suite, donc, pas assez d'expérience de vie.

Mais s'il se présente un jour, le niveau d'intelligence moyen de la classe politique et peut-être même des débats publics sur l'organisation et la gestion de notre collectivité va soudainement être vivement rehaussé.

Car que l'on soit d'accord ou non avec ce à quoi il croit et ce qu'il dit - et j'avoue que son utopisme, aussi pragmatique soit-il («je ne suis pas dogmatique, je ne suis pas sectaire» insiste-t-il), n'est pas facile à endosser avec enthousiasme quand on n'a basculé, comme moi, ni dans le camp des lucides ou celui des solidaires, mais plutôt dans le camp des sceptiques et des sarcastiques - qu'on soit d'accord ou non, donc, il est clair qu'est entré sur la scène publique depuis les grèves étudiantes un penseur et un acteur pertinent, cohérent, dont l'analyse et le regard vont bien plus loin que la seule question des droits de scolarité.

Je le rencontre au bistro l'Enchanteur, dans Villeray, le quartier où il a grandi et où il habite actuellement. C'est lui qui a choisi le lieu. On mange des frites, de la salade, de la soupe aux carottes, rien de remarquable dans l'assiette. C'est la conversation qu'il l'est beaucoup plus.

On commence par parler d'éducation même si j'ai plus ou moins envie de l'entendre là-dessus, car on en a parlé et reparlé pendant les grèves étudiantes et on connaît son opinion sur la question. Mais Libres d'apprendre, ce recueil d'essais dont il a chapeauté la rédaction et qui sort ces jours-ci, est un long plaidoyer pour la gratuité scolaire qui réunit des plumes aussi prestigieuses et provocantes que Noam Chomsky ou Lise Payette. Donc, difficile d'éviter totalement la question.

Nadeau-Dubois me rappelle que le gel réclamé en 2012 n'était qu'une étape stratégique vers le projet de gratuité, un projet qu'il n'est pas seul à défendre et qui, insiste-t-il, «traverse l'histoire du Québec».

Celui qui commence une maîtrise en sociologie à l'UQAM et qui n'écarte pas le doctorat et une carrière dans l'enseignement croit qu'il est fondamental que le Québec continue d'assurer, dans la suite logique de la Révolution tranquille, un accès véritable à tous à l'éducation supérieure. Il ne s'attend pas à ce que tout le monde aille à l'université. «Mais il faut que le choix soit ouvert à tous. Or les hausses de frais ont un impact sur la fréquentation», réitère-t-il. Surtout sur le type d'étudiants inscrits. L'accès devient moins égalitaire, plus concentré chez les familles où l'université est déjà un acquis...

Mais Nadeau-Dubois n'a pas que des idées sur l'éducation. On parle d'alimentation, par exemple, un sujet qui prend rarement de l'espace politique. Je lui demande pourquoi, comme société, on accepte si souvent de déléguer les débats et les prises de décision dans le domaine alimentaire aux officines du ministère de l'Agriculture et aux décideurs de l'Union des producteurs agricoles.

«Je ne sais pas, et c'est effectivement une question dont on devrait parler beaucoup plus. On réduit l'alimentation à un geste de consommation qui relève du privé, alors que les enjeux publics, en commençant par l'impact des moyens de productions alimentaires sur l'environnement, sont nombreux.»

Il explique ensuite comment la production agricole poussant la monoculture appauvrit les sols et démantèle le tissu social des campagnes, notamment. Il parle du coût environnemental de l'importation alimentaire, des accès inégalitaires aux produits de qualité...

La discussion bifurque ensuite vers les élections à Toronto, où il fait un parallèle entre la popularité étonnante de Rob Ford - qui est deuxième dans les intentions de vote, malgré le crack et tutti quanti - et les «radios poubelles».

«La droite est en train de convaincre les classes moyennes que ce qui leur arrive est la faute des plus pauvres», explique-t-il. Les groupes sociaux qui font suffisamment d'argent pour payer des impôts, mais pas assez pour avoir le pouvoir d'achat dont elle rêve - et que la société de consommation l'implore d'avoir - sont exaspérés par leur situation, explique-t-il. «Sauf qu'ils blâment les filets sociaux. Et ils croient que des baisses d'impôts leur redonneraient leur pouvoir d'achat. Or, ce sont ces filets qui ont permis la déprolétarisation des salariés.»

Ce qui nous amène à parler de social-démocratie, de l'État-providence, ou plutôt de son avenir. «Ce grand projet de société se heurte aujourd'hui au mur écologique», affirme Nadeau-Dubois. Car le modèle était basé sur la consommation. Qui est devenue la surconsommation.

«Le défi de ma génération, c'est de trouver autre chose.»

Un autre modèle. Pas le modèle socialiste autoritaire tenté en vain au XXe siècle. Pas le keynésianisme tant décrié par les groupes de droite non plus. Un modèle qui redéfinisse nos rapports avec les Premières Nations, avec l'environnement, qui parle de démocratie différemment. «On a beaucoup dit ce contre quoi on est, mais la stratégie d'opposition a ses limites», dit-il.

Il faudra dire, explique-t-il, de quelle société plus égale, plus juste on parle au fait.

Et l'indépendance du Québec dans tout ça?

Il y croit toujours. «Mais pour que les Québécoises et les Québécois soient libres. Pas pour que l'entité Québec soit libre.» Et pas avec un autre référendum. «La recette a été deux fois essayée, deux fois ratée. Il faut essayer autre chose.»

Gabriel Nadeau-Dubois

> 24 ans

> Vient de publier Libres d'apprendre, un ouvrage collectif en faveur de la gratuité scolaire

> Étudiant à la maîtrise en sociologie à l'UQAM

> Diplômé de Regina Assumpta, Bois-de-Boulogne, l'UQAM

> Ancien porte-parole de la CLASSE, une des associations étudiantes au coeur de la mobilisation contre la hausse des droits de scolarité de 2012

> Commentateur à la radio de Radio-Canada

> Résidant de Villeray

> Cuisinier du dimanche et des autres jours de la semaine aussi (spécialiste du couscous royal)

> Fan de Manon Massé et de Véronique Hivon

> Indépendantiste

Dans la bibliothèque de GND

J'ai demandé à Nadeau-Dubois de me recommander des émissions de télé, des films, des livres; il m'a répondu qu'il était livres plus que n'importe quoi. Voici donc quelques-unes de ses publications préférées.

> Panne globale de David McNally. Une analyse critique de la crise financière de 2008 - celle de l'effondrement des banques - et des failles profondes du système économique néo-libéral qui l'a engendrée par un prof de science politique de gauche de l'université York, à Toronto.

> Le petit cours d'autodéfense en économie de Jim Stanford. Ouvrage de vulgarisation économique illustré comme une BD et publié par un économiste syndicaliste de Toronto.

> L'empire de l'illusion de Chris Hedges. Le sous-titre de ce livre publié par un journaliste américain résume assez clairement sa pensée: la mort de la culture et le triomphe du spectacle. On y explique comment la société américaine fonctionne à deux vitesses, avec une portion grandissante de gens de moins en moins interpellés par l'information complexe et de plus en plus divertis plutôt qu'informés.




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