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La diversité alimentaire dans la rue

Je crois que Jaime Lerner, le célèbre urbaniste et homme politique brésilien, serait fier de ce qui se passe à Montréal cet été. Enfin. Rien d'immense. Pas d'ouverture de centre multimédia griffé par un starchitecte connu du monde entier. Pas d'infrastructure gigantesque, façon Singapour, où on investit des milliards pour carrément agrandir le terrain bâti de la ville. Même pas encore de pont digne du futur.

Ce qui se passe à Montréal ressemble plutôt à de l'acupuncture urbaine, ce concept que l'ancien maire de Curitiba a lui-même nommé. Acupuncture comme dans intervention pointue et minuscule qui ravive l'énergie générale de tout le corps métropolitain. Cet été, si le plan proposé par l'arrondissement de Ville-Marie continue de suivre son chemin de façon intelligente et constructive, il y aura des camions de cuisine de rue sur le belvédère du mont Royal. Amen. Et près de la statue de George-Étienne Cartier, au parc Jeanne-Mance (du côté ouest). Et à la place Émilie-Gamelin. Et à la place du Canada. Et dans la rue Peel, près de l'École de technologie supérieure... Bref, dans 17 emplacements situés dans des zones souvent bétonnées, souvent chauves, il y aura un peu de vie. On pourra s'arrêter et prendre une bouchée. Peut-être parler aux autres personnes qui sont là. Peut-être que ce sera un prétexte pour sortir, notamment au mont Royal. Le sandwich ou la glace ou la gaufre ou je ne sais quoi seront des motifs de balade.

Manger, contrairement à ce que prétendent les obsédés de la lutte contre l'obésité et des autres sceptiques de la cuisine de rue qui trouvent l'offre alimentaire déjà assez abondante, manger, donc, n'est pas un problème. C'est une nécessité. Mal manger est un problème. Trop manger est un problème. Manger est une belle activité, une agréable activité. Avoir accès à de la nourriture dans un parc, là où on peut bouger, là où on peut prendre l'air, là où on peut partager, est une bonne idée.

Plus tôt cette semaine, dans un article publié sur le site de la revue Vice, un journaliste a accusé le programme montréalais qui prendra vie le 20 juin prochain d'exclure les moins nantis, et par le fait même la multiplicité culturelle, car il oblige les camions ambulants à avoir une cuisine de production fixe avec adresse officielle, permis obligatoires et le compte de taxe foncière qui accompagne nécessairement tout ça. Trop cher tout ceci, arguait-on. Prohibitif.

J'ai posé la question à Gaelle Cerf, une des fondatrices du Grumman78, pionnière, presque pilote en chef du projet, de ramener la cuisine de rue à Montréal après 66 ans, et elle ne s'en est pas émue. Deux mois après le démarrage du camion de tacos, il y avait déjà une «cuisine de prod» à Saint-Henri, rappelle-t-elle. Même à New York, où les stands minimalistes sont légion, rares sont ceux qui n'ont aucune base fixe.

Par contre, plusieurs entreprises choisissent de partager les frais en ouvrant des cuisines de production communes, d'où chacun part avec son propre camion et son propre produit pour le vendre dans les rues. À Montréal, de tels projets sont en train de se préparer.

La créativité sait composer avec les règles quand elles sont raisonnables. Demander une adresse fixe faisait partie du compromis nécessaire pour faire accepter le retour des cantines ambulantes à leurs adversaires, notamment tous ces restaurateurs qui craignaient une concurrence indue de micro-entreprises sans taxes foncières.

Faudra-t-il s'assurer, lors du processus d'attribution des permis - les audiences pour ceux qui rêvent d'un des 35 permis qui seront délivrés en rotation pour les 17 emplacements auront lieu les 3 et 4 juin - qu'il y a une diversité culturelle et une diversité de prix?

Oui. C'est clair. Un des plaisirs de la cuisine de rue lorsqu'on voyage dans les grandes villes cosmopolitaines est justement qu'elle devient autant de portes vers des mets nouveaux qu'on connaît peu et qu'on n'oserait peut-être pas essayer dans un contexte plus formel.

Veut-on huit comptoirs de sandwichs de porc effiloché à 10$ ou quatorze vendeurs de crêpes? Non. Il faut aussi des dumplings, des tamales, des satays, du chili, des currys, des falafels, des polpette... Il faut des prix variés, des plats variés, des gens de partout qui reflèteront là comme ailleurs dans les restaurants de Montréal, la richesse culturelle de notre métropole.

L'acupuncture urbaine, celle qui injecte de l'énergie dans la ville, celle qui fait verdir les déserts alimentaires, ça ne peut qu'être ça.




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