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Les loups et nous

Selon la première ministre Pauline Marois, la tentative d'assassinat dont elle a été victime et qui a causé la mort d'un homme travaillant au Métropolis ne révèle rien sur ce que nous sommes comme société.

Le Québec est non violent, a-t-elle dit et redit hier en conférence de presse.

On n'est pas comme ça, nous autres, répétons-nous d'ailleurs depuis mardi soir. Il y a la Syrie. Il y a eu l'Irlande du Nord. Il y a les États-Unis, aussi, avec leur lot de tentatives réussies et ratées d'assassinats de leaders politiques.

Nous, répétons-nous donc encore et encore, nous sommes mieux. Nous sommes à l'abri. Nous discutons au lieu de nous entretuer. Même le dramaturge Wajdi Mouawad l'a dit maintes fois. Nous sommes incroyables. Un référendum se termine presque à égalité et le camp qui vient de perdre par une poignée de votes accepte le verdict dans le calme, sans le moindre emportement. Wow!

Sauf que voilà.

Cette société est-elle si parfaite?

Polytechnique, Concordia, Dawson. Les émeutes causées par quelque événement de hockey un peu émotionnel. Les manifs du printemps dernier avec leurs débordements. Maintenant une tentative de meurtre à l'endroit de la première ministre élue.

Ne nous laissons pas définir par des gestes insensés. Mais ne nous mettons pas d'oeillères non plus.

***

Un fou ne révèle peut-être rien sur la société qui l'a produit, mais ce que cette société fait de son geste délirant, voilà qui en dit long.

Il y a, ici, quelques tisons de fanatisme: des masculinistes dont l'agressivité se déploie, puante, sur l'internet et sur les réseaux sociaux. Également des nationalistes xénophobes, qui sévissent sur les mêmes plateformes. Des racistes, des homophobes, des misogynes, des gens remplis d'une haine et d'une colère à glacer le sang, qui propagent des horreurs. La libéralisation des moyens de communication nous les fait voir tels qu'ils sont, souvent anonymes mais, justement, sans filtres.

Le Québec est peut-être non violent, mais il s'y cache des gens violents. Des loups solitaires, comme le fut jadis Marc Lépine, comme l'a été Anders Breivik en Norvège, une autre société non violente, tiens donc. Comme l'est le tireur du Métropolis.

Des loups solitaires, donc, dont la pensée n'est pas partagée par un vaste mouvement, mais qui n'est pas non plus déconnectée de la réalité sociale.

Les loups solitaires n'en veulent pas aux extraterrestres.

Ils mordent dans de réelles zones de tension. Ils les mettent sous la loupe, nous obligent à les voir.

Et même si plusieurs aimeraient ne pas le savoir, il y a, au Québec, des gens qui ont très peur des conséquences de l'élection du Parti québécois. Des gens qui songent à déménager à cause de la victoire des souverainistes. Des gens qui pensent que le Parti québécois au complet les déteste personnellement, un par un. Des gens qui croient que Pauline Marois désire leur échec dans la vie, parce qu'ils sont anglophones, en imposant un renforcement de la loi 101.

Je ne dis pas qu'ils ont raison. Pas du tout du tout du tout. Mais nier que cette réalité est présente dans la communauté anglophone n'aide en rien à éviter une reprise sordide des déchirements qui ont marqué le début des années 90. L'échec de Meech, le référendum...

Avez-vous envie de ça?

***

À l'ère de l'internet qui donne une tribune à tous, à l'ère des réseaux sociaux qui relaient sans réfléchir les pires insanités, gérer la paix sociale ne sera probablement pas facile au cours des prochains mois.

Rêver à la disparition du fanatisme - autant celui de ceux qui croient que l'élection du PQ est une ignominie que celui de ceux qui se prennent encore en 2012 pour des Patriotes - est une utopie. Ce qu'il faut viser à tout prix, c'est que les tisons perdus ne s'enflamment pas. C'est éviter d'attiser ces vieux soupirs.

Le fou qui a tiré hier nous a lancé un sacré défi. Celui du calme, de la tolérance, de l'ouverture. Il nous oblige à répéter haut et fort que l'exclusion ne fait pas partie de ce que nous sommes. Que la différence nous plaît et nous comble. Qu'on veut vivre ensemble, relax, dans cette société imparfaite mais progressiste, diverse, perméable, qui est la nôtre, à tous.




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