Les leçons de Denis Villeneuve

Le réalisateur Denis Villeneuve.... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE)

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Le réalisateur Denis Villeneuve.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

En deux ans, Denis Villeneuve a été sélectionné pas moins de 13 fois parmi les finalistes à la soirée des Oscars pour ses films de science-fiction Arrival (huit) et Blade Runner 2049 (cinq). Mais contrairement à l'an dernier, le cinéaste québécois ne concourra pas pour les prestigieux prix de la meilleure réalisation et du meilleur film, le 4 mars prochain au Dolby Theatre de Los Angeles.

Les finalistes de la 90e soirée des Oscars, qui sera animée par l'humoriste Jimmy Kimmel, ont été dévoilés hier. Et si peu d'observateurs ont été étonnés par l'absence de Blade Runner 2049 - snobé par la cérémonie des Golden Globes - et de Denis Villeneuve dans les catégories de pointe, personne n'en a été moins surpris que le principal intéressé.

En conférence téléphonique hier, Villeneuve semblait sincèrement ravi par les cinq sélections de son film, la suite du classique de science-fiction de Ridley Scott, dans des catégories techniques (direction photo, direction artistique, effets spéciaux, montage sonore, mixage sonore). 

«Ce sont toutes des nominations qui sont liées à la fabrication, au cinéma pur, au cinéma même. Donc ce sont des nominations qui sont très importantes pour moi», a-t-il déclaré, en se disant «soulagé et très fier» de son équipe.

«Je savais où étaient les forces du film, là où mes espoirs étaient permis, a ajouté le cinéaste, qui a relevé le défi avec maestria. Je n'avais pas d'attentes au niveau du meilleur film ou de la meilleure réalisation.» Sa seule déception? Que la bande sonore de Hans Zimmer et Benjamin Wallfisch n'ait pas été retenue parmi les finalistes. «Avec la bande sonore de Jonny Greenwood pour Phantom Thread, il s'agit de loin de la meilleure à mon avis!»

Porté aux nues par une critique internationale quasi unanime (j'en suis), Blade Runner 2049 a rapidement disparu des radars des catégories de pointe des Oscars à l'automne après une performance en deçà des attentes au box-office. Le Blade Runner de Ridley Scott, considéré comme un chef-d'oeuvre de la science-fiction, n'avait pas davantage fait un tabac aux guichets à sa sortie en 1982. Il n'avait du reste été nommé que deux fois aux Oscars, dans les catégories des meilleurs décors et des meilleurs effets spéciaux. Les films de science-fiction, il faut dire, ont rarement la cote auprès des membres de l'Académie.

Denis Villeneuve semble serein et lucide face au parcours de son oeuvre, aussi ambitieuse que magnifique, qu'il décrit avec justesse comme «un hybride entre le blockbuster et le film d'auteur». Avec un budget de 155 millions US - sans compter celui de la promotion -, la suite pourtant très attendue de Blade Runner n'a amassé que 92 millions aux guichets nord-américains (environ 260 millions à l'échelle mondiale).

«Si mon film avait coûté 20 millions, dit Villeneuve, ce serait un immense succès présentement. Mais il a coûté cher. Lorsque j'ai vu les premiers pronostics du box-office, j'ai su que mes chances aux Oscars venaient de fondre comme neige au soleil. Aux États-Unis, on ne va pas célébrer un film qui n'a pas rempli les attentes au box-office. C'est comme un seau d'eau glacée. C'est un film d'une certaine longueur, d'une certaine lenteur. Un film "brainy", plus intellectuel comme certains me l'ont dit. Le public pour ce genre d'oeuvre est moins large.»

S'il dit n'avoir aucun regret - il referait le même film aujourd'hui -, Denis Villeneuve a tiré des leçons de cette expérience aussi éprouvante qu'exaltante. On ne le reprendra pas de sitôt, par exemple, à réaliser un film d'une durée de près de trois heures... «On m'avait averti! Mais j'ai la tête dure. J'ai compris le message! Cela dit, je ne vais pas faire des films pour avoir du succès au box-office», assure-t-il.

Le cinéaste d'Incendies et de Polytechnique tient aussi à s'impliquer davantage dans la scénarisation des films qu'il réalisera à l'avenir. 

«J'ai décidé que dès maintenant, j'allais participer directement à la scénarisation plutôt que d'y arriver plus tard. Je suis un peu fatigué de ce processus-là. Je retourne à mes anciennes amours d'écriture. Je travaille en collaboration avec un scénariste brillant, Eric Roth [Forrest Gump, The Insider]. Revenir à l'écriture permet une plus grande maîtrise. Transformer l'ADN d'un film en cours de route, c'est difficile.»

Après avoir célébré les cinq sélections de son film aux Oscars en mangeant hier matin des crêpes et en buvant du champagne - son «rituel» du dévoilement des finalistes -, Villeneuve s'est d'ailleurs remis aussitôt avec Eric Roth à l'écriture de son prochain long métrage, un autre projet ambitieux et très attendu : une nouvelle adaptation (après celle de David Lynch) du célèbre récit de science-fiction de Frank Herbert, Dune. «Les célébrations seront de courte durée!» admet-il.

Ses propres pronostics pour la prochaine soirée des Oscars? Le Québécois se réjouit de voir parmi les finalistes au prix du meilleur film les deux oeuvres qui l'ont, dit-il, le plus marqué en 2017 : Phantom Thread du brillant Paul Thomas Anderson et Dunkirk, du maître du «blockbuster d'auteur» Christopher Nolan. Il parierait sans doute aussi un p'tit 2 $ sur son complice, ami et directeur de la photographie Roger Deakins, qui pourrait enfin obtenir un premier Oscar - pleinement mérité - à sa 14e sélection à la soirée des Academy Awards. «Ce serait le temps qu'il gagne!» a conclu le cinéaste. En effet.




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