Source ID:565720; App Source:cedromItem

| Commenter Commentaires (5)

Guerre d'ego à Toronto

Les codirecteurs du Festival international du film de Toronto... (PHOTO MICHELLE SIU, ARCHIVES PC)

Agrandir

Les codirecteurs du Festival international du film de Toronto (TIFF), Piers Handling et Cameron Bailey, en 2012

PHOTO MICHELLE SIU, ARCHIVES PC

Certains voient double, à Toronto. Et pas seulement parce que Reese Witherspoon y sera la tête d'affiche de deux films réalisés par des Québécois - Wild, de Jean-Marc Vallée, et The Good Lie, de Philippe Falardeau -, sélectionnés par le 39e Festival international du film de Toronto (TIFF).

Deux des quatre principaux festivals de cinéma, Venise et Toronto, ont annoncé leur programmation (du moins en partie) cette semaine. Comme d'habitude, leurs listes se recoupent. Certains titres seront présentés aux deux festivals, qui auront lieu à la fin de l'été. Mais certains cinéastes et distributeurs semblent avoir fait l'impasse sur Toronto, remarquent les observateurs.

C'est le cas des très attendus nouveaux films de David Fincher (Gone Girl), Paul Thomas Anderson (Inherent Vice) et Alejandro Gonzalez Inarritu (Birdman), qui seront présentés en première mondiale ou nord-américaine au Festival du film de New York, à la fin septembre.

Le 39e Festival international du film de Toronto, qui se déroulera à compter du 4 septembre, est probablement considéré comme le deuxième festival en importance au monde, après celui de Cannes. Le TIFF compte beaucoup sur sa réputation de rampe de lancement des films «oscarisables», qu'il avait acquise en 1999, lorsqu'il avait eu l'exclusivité d'American Beauty, de Sam Mendes, et qui a été cimentée en 2004, lorsque les organisateurs des Oscars ont devancé la date de leur remise de prix.

Mais voilà que le TIFF ne semble plus aussi incontournable, selon Tim Gray, chroniqueur au magazine Variety, la bible de l'industrie hollywoodienne. «Il y a quelques années, le festival canadien était au coeur de la plupart des courses aux prix. Mais l'échiquier a changé si vite que Toronto, s'il est toujours un facteur important, n'est plus le facteur déterminant dans une campagne aux Oscars. Ce qui est une bonne nouvelle pour tout le monde.»

C'est l'an dernier, selon Tim Gray, que ce changement s'est opéré. Les films les plus oscarisés de la dernière cuvée du TIFF, 12 Years A Slave et Gravity, ont d'abord été présentés respectivement aux festivals de Telluride et de Venise. La seule véritable «exclusivité torontoise» à s'être démarquée aux Oscars fut Dallas Buyers Club, de Jean-Marc-Vallée.

Or, le cinéaste de C.R.A.Z.Y. et de Café de Flore, qui aurait bien voulu que Dallas Buyers Club soit présenté à Venise avant Toronto, où il a été lancé, se retrouve encore cette année au centre de la chasse aux exclusivités des festivals. En particulier au coeur du bras de fer que se livrent Toronto et Telluride, au Colorado.

Le festival de Telluride, beaucoup plus petit, décontracté et sélectif que celui de Toronto (qu'il précède de quelques jours), existe depuis 40 ans, mais il a pris une place prépondérante dans la course aux Oscars des studios américains depuis quelques années. C'est à Telluride qu'ont été présentés en primeur nord-américaine des lauréats de l'Oscar du meilleur film tels que Slumdog Millionaire, Argo ou encore The King's Speech.

La projection en primeur l'an dernier à Telluride d'un autre futur lauréat de l'Oscar du meilleur film, 12 Years A Slave, semble avoir été la goutte qui a fait déborder le vase pour le TIFF, qui avait annoncé l'oeuvre de Steve McQueen en première mondiale.

Le TIFF estime que Telluride lui coupe l'herbe sous le pied avec ses «avant-premières» - notamment celle de Prisoners, de Denis Villeneuve, en 2013 - et que le buzz entourant les films les plus attendus ne rejaillit plus assez sur lui. Bref, la chicane est pognée dans la cabane...

La direction du TIFF a offert une riposte musclée sous la forme d'un nouveau règlement. À compter de septembre, les quatre premiers jours - les plus courus - de la manifestation torontoise seront réservés aux films projetés en première mondiale ou nord-américaine. Ceux qui préfèrent aller se faire voir dans les collines du Colorado n'auront qu'à attendre le cinquième jour... alors que plusieurs journalistes et professionnels auront déjà quitté la Ville reine.

The Hollywood Reporter, l'autre magazine spécialisé de l'industrie du cinéma américain, a fait remarquer cette semaine que la politique «anti-Telluride» de Toronto semble provoquer un ressac. Bien que d'anciens alliés de Telluride, tels Jason Reitman (dont la famille est très liée au TIFF) et Noah Baumbach (le cinéaste de Frances Ha), aient choisi le camp torontois, plusieurs refusent de marchander leurs allégeances et de céder à la pression du festival dirigé par Piers Handling et Cameron Bailey.

C'est semble-t-il le cas de Jean-Marc Vallée, qui aurait offert à Telluride la première mondiale de son nouveau film, Wild, et qui sera en conséquence écarté du premier week-end à Toronto.

Le jeu auquel se livre la direction du TIFF est dangereux. Dans le monde férocement concurrentiel des festivals de films, il faut s'adapter rapidement aux changements de l'échiquier ou risquer de se marginaliser et ne plus avoir de pertinence. Le Festival des films du monde - qui avait toujours, on l'oublie parfois, une réputation enviable au tournant des années 90 - l'a bien sûr appris à ses dépens.

Il y a des risques à être trop agressif. Le milieu du cinéma a accueilli d'un très mauvais oeil la décision du TIFF, qui a beaucoup à perdre à jouer les matamores. Surtout en menaçant un petit festival très prisé par l'industrie, pour cinéphiles avertis, sans tapis rouge ni paparazzi, dont la programmation ne compte qu'une trentaine de films annoncés la veille de son ouverture.

En prenant en otages les cinéastes et les distributeurs, le TIFF semble avoir entaché sa réputation. Selon les magazines spécialisés, le milieu considère que l'on a affaire ici à une guerre d'ego qui ne sert d'aucune manière ni les films ni les cinéastes.

«Aucun festival ne devrait être tout-puissant, écrit Tim Gray dans Variety. Peut-être que, à terme, Toronto retrouvera l'équilibre entre son rôle de rampe de lancement de films destinés à être primés et de vitrine pour des oeuvres plus décalées qui ont besoin d'être mises en lumière. C'est ainsi que Toronto s'est fait connaître, et c'est un rôle qu'il joue bien.»

Je suis bien d'accord. Sur ce, voici venu le temps des vacances. Je vous retrouve dans un mois. Profitez du soleil, allez voir Boyhood. À la prochaine chicane.




la boite: 1600127:box; tpl: 300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

La liste:-1:liste; la boite:2525685:box; tpl:html.tpl:file

Autres contenus populaires

La liste:-1:liste; la boite:219:box; tpl:html.tpl:file
image title
Fermer