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Un artiste très discret

Le réalisateur Stéphane Lafleur fait partie d'une communauté... (Photo: David Boily, La Presse)

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Le réalisateur Stéphane Lafleur fait partie d'une communauté de cinéastes qui font rayonner ces temps-ci le cinéma québécois à l'étranger.

Photo: David Boily, La Presse

Stéphane Lafleur est le plus discret, le plus effacé, peut-être le plus humble des cinéastes québécois. Le ton posé, la voix douce, comme dans les chansons de son groupe de country folk Avec pas d'casque.

Il y a sept ans, son premier long métrage, Continental, un film sans fusil, chassé-croisé subtil taillé dans l'humour noir, a été en lice dans plusieurs catégories à la Soirée des Jutra - où il a été sacré meilleur film et Lafleur, meilleur réalisateur et scénariste.

Je me souviens de ce jeune homme barbu qui longeait les murs au fond de la salle de réception du Ritz où se tenait la conférence de presse. Une ombre rousse silencieuse qui faisait tout pour ne pas être remarquée.

Le contraste était saisissant avec la petite dynamo assise juste devant moi, un scénariste verbomoteur de 18 ans qui n'avait pas encore réalisé le moindre film, qui accompagnait une amie journaliste et s'amusait de nos commentaires à propos des multiples nominations des 3 p'tits cochons de Patrick Huard.

À la flamboyance déjà assumée de Xavier Dolan, Stéphane Lafleur a opposé un sourire gêné, presque contrit lorsque les organisateurs l'ont pressé de se présenter devant les journalistes pour la «photo de famille» des finalistes des prix Jutra. Animal sauvage hors de son habitat naturel. Artiste minimaliste fuyant l'esbroufe. Dans la vie, dans ses films comme dans ses chansons.

Stéphane Lafleur n'aurait pu trouver cadre plus éloigné du dépouillement de ses mises en scène que le Théâtre Croisette de la Quinzaine des réalisateurs, où son troisième film, Tu dors Nicole, a été sélectionné cette semaine. Le quartier général de cette section parallèle du Festival de Cannes se trouve en plein coeur de la Croisette, où se cristallise le tape-à-l'oeil cannois, ses voitures de luxe, ses grands hôtels et son faste, qui s'exhibe toutes voiles dehors en bord de mer.

Lafleur y présentera le récit d'une jeune femme de 22 ans (Julianne Côté) qui ne sait trop que faire de son été et qui trouve refuge dans la maison vide de sa meilleure amie, bientôt prise d'assaut par son frère (Marc-André Grondin) et les membres de son groupe de musique (dont Francis La Haye).

La bande-annonce de Tu dors Nicole, présentée en salle avant Tom à la ferme de Xavier Dolan, notamment, est extrêmement prometteuse. Les sélectionneurs de la Quinzaine ont été séduits sur-le-champ, dit-on, par le style indolent et l'humour fin, subtilement ironique, de Stéphane Lafleur.

Lafleur est déjà un habitué des festivals internationaux. Il a présenté ses deux premiers longs métrages dans les sections parallèles de la Mostra de Venise et de la Berlinale ainsi que dans plusieurs autres festivals, dont celui de Toronto. 

À Berlin, en 2011, En terrains connus, son deuxième film, récit tragicomique pétri d'intelligence et de fines observations sur les misères ordinaires, avait remporté le Prix du jury oecuménique dans la section Forum.

Le baptême cannois de ce cinéaste élevé à Saint-Jérôme, qui s'intéresse dans ses films à la vie de banlieue, lui fera suivre la route de Xavier Dolan, sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs en 2009 grâce à J'ai tué ma mère, la même année que Denis Villeneuve pour Polytechnique et Denis Côté avec Carcasses.

Lafleur se sent d'ailleurs partie intégrante d'une communauté de cinéastes qui font rayonner ces temps-ci le cinéma québécois à l'étranger - les Villeneuve, Côté, Dolan et autres Philippe Falardeau, qui a eu l'honneur de clore la Quinzaine des réalisateurs avec Congorama en 2006 et dont le monteur du plus récent film, Monsieur Lazhar, est un certain Stéphane Lafleur...

Ancien monteur de l'émission Les francs-tireurs à Télé-Québec, Stéphane Lafleur a aussi signé le montage du deuxième film de Sébastien Pilote, Le démantèlement, qui a reçu l'an dernier le prix du meilleur scénario à la Semaine de la critique, une autre section parallèle du Festival de Cannes. Pas étonnant, dans les circonstances, qu'il ait le sentiment de faire partie d'une famille.

J'ai écrit il y a quelques années que le cinéma québécois, en pleine ébullition, se trouvait dans l'antichambre de la reconnaissance internationale et qu'il ne manquait pas grand-chose, une étincelle, pour que sa qualité soit reconnue à l'échelle mondiale.

Cette étincelle s'est produite. Les Québécois sont passés dans la cour des grands. Denis Côté et Kim Nguyen ont depuis été primés en compétition à Berlin; Xavier Dolan a été sélectionné en compétition à Venise et à Cannes; Jean-Marc Vallée a fait le plein de nominations aux Oscars; Denis Villeneuve a réussi son entrée hollywoodienne...

Cette présence dans les événements, festivals et milieux les plus prestigieux du cinéma profite à tous, comme l'a fait remarquer cette semaine Stéphane Lafleur. 

Cette génération de cinéastes - ils ont pour la plupart entre 35 et 50 ans - apporte, chaque artiste à sa manière distincte, une pierre à l'édifice du cinéma québécois. Et ils sont nombreux sur le chantier: Anaïs Barbeau-Lavalette, Louise Archambault, Rafaël Ouellet, pour n'en nommer que quelques-uns.

Trois cinéastes candidats à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère, une présence soutenue, bon an, mal an, au Festival de Cannes et dans les plus importants rendez-vous cinématographiques... On s'inquiète depuis des mois de la santé commerciale et du pouvoir de séduction populaire du cinéma québécois. Il n'a peut-être jamais eu autant de reconnaissance internationale.

Joyeux paradoxe. Et matière à réflexion, la prochaine fois qu'il sera question de crise.




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