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La «game» a changé

Robin Wright et Kevin Spacey incarnent un couple... (Photo: fournie par Netflix)

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Robin Wright et Kevin Spacey incarnent un couple à la soif insatiable de pouvoir à Washington dans la série House of Cards.

Photo: fournie par Netflix

Ce n'est pas la septième merveille du monde télévisuel. D'autres séries sont plus crédibles, plus subtiles, plus originales, plus prégnantes. Et se prennent moins au sérieux.

L'univers de House of Cards, dont la deuxième saison est offerte depuis vendredi sur Netflix (ainsi qu'en version française doublée au Québec), est gris, terne, glacial. D'un cynisme clinique, d'un pessimisme cruel, d'un sombre absolu.

Frank Underwood (Kevin Spacey), membre influent du Congrès américain et stratège respecté du Parti démocrate, a enfin obtenu ce qu'il souhaitait depuis des années: la vice-présidence des États-Unis. Mais son appétit pour le pouvoir est insatiable.

On le retrouve exactement où on l'avait laissé l'an dernier à pareille date: diaboliquement machiavélique, froidement calculateur, arriviste et opportuniste, prêt à tout pour arriver à ses fins. Manipulateur hypocrite, ambitieux narcissique, enjôleur perfide, sans scrupules et sans merci, pour ses alliés comme pour ses ennemis. Tricheur impénitent dans un monde où chacun ne veille qu'à ses propres intérêts.

«In God We Trust» est moins son credo que «la fin justifie les moyens». Il s'applique avec minutie, dans cette nouvelle saison comme dans la première, à écarter tous ses adversaires, ou quiconque serait susceptible de bloquer son chemin (en révélant au grand jour des vérités «pas bonnes à dire»).

Cette chronique évitera les spoilers, comme on dit en France. Disons seulement que les journalistes en prennent pour leur rhume dans cette adaptation d'une série britannique du début des années 90 (elle aussi offerte sur Netflix). Le «quatrième pouvoir» semble bien vulnérable et impuissant dans House of Cards, dont le président américain Barack Obama est un amateur déclaré.

Certes, les ficelles sont parfois grosses. Certains rebondissements particulièrement improbables nuisent à la fois à la crédibilité et à l'impact du scénario. Mais pour peu que l'on s'intéresse à la politique, en particulier à la politique américaine, à ses rouages et à ses jeux de coulisses, ce thriller shakespearien reste d'une redoutable efficacité.

Frank Underwood veut être président des États-Unis. Il pourrait bien le devenir (une troisième saison de la série a déjà été commandée). On ne peut s'empêcher d'être fasciné par son parcours d'équilibriste, constamment sur le fil du rasoir. Par son ascension méthodique, et toutes les bassesses auxquelles il se livre en cours de route, ainsi que par l'expectative de sa chute inévitable.

Qu'est-ce qui plaît tant dans House of Cards? Au-delà de l'univers visuel anxiogène créé par le réalisateur David Fincher, des textes incisifs de Beau Willimon et de l'exceptionnelle justesse du jeu de Kevin Spacey et de Robin Wright (terrifiante dans le rôle de Claire Underwood), c'est l'instantanéité qui rend House of Cards particulièrement attrayante.

Netflix, on le sait, a révolutionné le mode de distribution des séries télé en permettant au téléspectateur de devenir maître de son temps. Il n'a plus à prendre rendez-vous avec son téléviseur à une heure précise, n'a plus à souffrir d'interminables plages publicitaires, n'a plus à attendre «à la semaine prochaine» pour une nouvelle dose de sa série préférée.

La deuxième saison de House of Cards, créée expressément pour Netflix (après les refus successifs des réseaux traditionnels), est offerte dans son intégralité depuis le 14 février. «La game a changé», comme dirait l'autre. À loisir, sur une tablette numérique, un téléviseur ou un ordinateur, on peut regarder tous les épisodes d'une traite, en version marathon, ou encore au compte-gouttes, en savourant chaque regard ironique et vanne sardonique que nous adresse directement un Frank Underwood complice.

House of Cards est une série «à part» sur l'échiquier télévisuel, justement parce qu'elle fait fi du cadre télévisuel conventionnel. Ce modèle fera inévitablement des petits. Surtout chez les plus jeunes publics, qui doutent plus que jamais du «pouvoir infini du câble».

La télévision québécoise devra aussi s'y adapter. Nombre de lecteurs m'ont écrit, depuis une semaine, dans la foulée d'une chronique sur les faibles cotes d'écoute de Série noire, pour me confier qu'ils suivaient cette série rocambolesque sur Tou.tv, dont les visionnements ne sont pas comptabilisés dans le calcul des BBM. Ils ne sont peut-être pas des dizaines de milliers, mais ils représentent le public cible de cette série.

Si j'en avais eu le loisir, il y a longtemps que j'aurais dévoré Série noire au grand complet. Je suis, comme plusieurs, du type impatient et boulimique, qui préfère regarder des séries en rafale plutôt que de poireauter dans l'attente du prochain épisode.

Je regarde peu la télé en direct, sauf pour les événements sportifs. Mon enregistreur numérique personnel (ENP) me permet de regarder Infoman «quand bon me semble, lorsque je suis de retour à domicile», comme le disait le personnage incarné par Benoît Brière dans une vieille pub de Bell. Je décale mon écoute de Série noire de 15 minutes pour zapper les pauses publicitaires. Je n'ai pas attendu sa diffusion à ARTV pour apprécier Les revenants sur Tou.tv.

Je suis de moins en moins prisonnier des diktats de la télévision. Je peux éviter, grâce à mon ENP, que la prestation d'un jeune chanteur déjà installé au piano soit interrompue de manière honteuse par une publicité de 30 secondes, à la fin de La voix.

À moins qu'on en vienne un jour à faire défiler des pubs directement sur un piano, comme sur les baies vitrées du Centre Bell pendant les matchs télévisés du Canadien. Il n'y a pas que les politiciens qui sont manipulateurs...




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