François Macerola quitte la présidence de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) avec le sentiment du devoir accompli. Un devoir qu'il aurait aimé, paradoxalement, accomplir davantage...

Marc Cassivi LA PRESSE

Nommé il y a quatre ans par le Parti libéral du Québec (dont il fut autrefois président), François Macerola espérait que son mandat à la tête de la SODEC soit prolongé de 14 ou 15 mois. Le temps de donner suite au rapport sur le cinéma commandé en février par le ministre de la Culture Maka Kotto, qu'il a rendu public il y a à peine 10 jours.

Le gouvernement Marois en a décidé autrement. Le mandat de François Macerola se terminera vendredi, tel que prévu et sans grande surprise. Celui que l'on surnomme «le diplomate» dit quitter «avec tristesse» ses fonctions, tout en respectant la décision du gouvernement.

Son testament à la SODEC, ce rapport attendu sur la situation du cinéma québécois, restera donc sans capitaine, ce qui n'est certainement pas de bon augure. Le ministre de la Culture Maka Kotto m'a assuré la semaine dernière que ce rapport ne finirait pas sur une tablette. Avec des investissements réclamés de Québec de l'ordre de 17 millions (par l'entremise de la TVQ sur les billets de cinéma), il permettra que je demeure sceptique.

Ne comptez pas sur François Macerola pour dire du mal du ministre Kotto, «un homme cultivé et courageux», qui est pourtant très contesté pour son manque de tonus et de crédibilité dans le milieu culturel.

«Je ne peux pas faire autrement que de reconnaître la légitimité de Maka Kotto, qui a été élu par des citoyens du Québec et que la première ministre a décidé de nommer ministre, dit-il. Il reconnaît ma légitimité et je reconnais la sienne.»

Ce n'est pas pour rien qu'on le surnomme «le diplomate». «Quand tu fais ce job-là, tu n'es plus libéral, ni péquiste, ni caquiste», dit ce proche de François Legault, que certains ont déjà vu candidat de la Coalition avenir Québec. Il a déjà déclaré que l'un de ses seuls regrets était de n'avoir jamais été élu député. Prochain arrêt, la politique?

«Honnêtement, je ne sais pas ce que l'avenir me réserve, dit-il. C'est clair que je peux encore servir. Je n'ai jamais fait de plan de carrière, même si mon curriculum vitae peut donner l'impression que je suis carriériste.»

Ce diplômé en philosophie et en droit, avocat de formation, a notamment été directeur du programme français et directeur général de l'Office national du film, directeur général de Malofilm Distribution, directeur général de Téléfilm Canada, vice-président et producteur exécutif au Cirque du Soleil, avant d'être nommé président de la SODEC.

À 71 ans, il ne compte pas prendre sa retraite, même s'il s'accordera quelques semaines de repos au Mexique et en Italie avec sa compagne, l'animatrice Suzanne Lévesque. «Pour l'instant, j'ai surtout reçu beaucoup d'offres pour faire du bénévolat et siéger à des conseils d'administration!»

François Macerola a une réputation de médiateur et de conciliateur hors pair. Il compte aussi ses détracteurs. Il a été très contesté à l'époque où il a contribué à la mise sur pied des enveloppes à la performance chez Téléfilm Canada. Il a aussi été éclaboussé par Claude Robinson dans l'affaire Cinar, à l'époque où il travaillait chez SNC-Lavalin. Je n'ai moi-même pas toujours été tendre avec lui. «Je n'ai pas d'aigreur», dit-il.

Il fut à l'évidence un président très apprécié par le milieu culturel et ses employés au cours des quatre dernières années. Il faudrait être de bien mauvaise foi pour ne pas reconnaître qu'il laisse la SODEC dans un meilleur état qu'il ne l'a trouvée en 2009.

«Financièrement, nous étions dans une mauvaise posture, dit-il. On m'a demandé de redresser la situation avant 2017. Dès cette année, nous n'avons plus de déficit à long terme et de déficit d'opération.»

Le président sortant estime aussi avoir su redorer le blason de la société d'État, qui souffrait d'un problème d'image. «Je pense que je laisse à mon successeur un bon dossier, dit-il. On a réglé les problèmes de dépenses que certains qualifiaient de somptuaires. On a une meilleure image maintenant. Dans l'ensemble, je regarde ça et je me dis que j'ai fait ce que j'avais à faire.»

Parmi les réalisations dont il est le plus fier, il y a le développement international de l'organisme.

«On allait dans des festivals et très souvent, on ne savait pas pourquoi. J'ai nommé quelqu'un à l'international et je crois que les choses sont beaucoup plus claires. La culture, le cinéma, c'est encore la meilleure carte de visite du Québec. On dépense près de 2 millions en tournées internationales.»

Ce qu'il aurait pu mieux accomplir? «Dans certains secteurs, on dirait qu'on a un peu raté le virage numérique. Il faut rattraper le temps perdu.» Un défi de taille pour la personne qui sera bientôt nommée pour lui succéder et assurer une continuité. Qui prendra le relais?

Une rumeur persistante veut que, pour la première fois, une femme devienne présidente de la SODEC. Une autre rumeur, tout aussi persistante, envoie Monique Simard à ce poste prestigieux. L'ancienne syndicaliste et animatrice de télévision, à la tête du programme français de l'Office national du film depuis 2008, vient du milieu du cinéma, secteur qui compte pour plus de la moitié des subventions versées par la SODEC à l'industrie culturelle.

Une femme brillante, compétente, appréciée du milieu. Et proche des milieux souverainistes. Qui dit mieux?