Marc-André Lussier LA PRESSE

Au plus récent Festival de Cannes, on s'est marré à mes dépens. Oui, mesdames et messieurs. On s'est bien foutu de ma gueule. Parce que j'ai aimé Les chansons d'amour, un drame sentimental au romantisme exacerbé dans lequel les personnages se mettent parfois à chanter pour exprimer l'inexprimable.

Cas flagrant d'exception culturelle française, ce film, que Christophe Honoré a élaboré sous influences (celle des Parapluies de Cherbourg notamment), fut la risée de la presse internationale. De tous les films sélectionnés en compétition cette année, Les chansons d'amour a en effet recueilli la plus mauvaise cote auprès des critiques venus des quatre coins du monde.

À peine supérieure à une étoile en moyenne. Pendant ce temps, le même film était presque unanimement encensé par la presse hexagonale: Nouvel Obs, Télérama, Les Inrocks et Studio en ont chanté les louanges. Même Libé et Le Monde sont entrés de plain-pied dans cette valse des sentiments qui impose d'emblée un antidote au conservatisme ambiant.

Je ne suis pas toujours adepte des films musicaux. Pas particulièrement fan des comédies musicales françaises non plus. Je revois toujours les films de Demy avec le même plaisir mais j'ai profondément détesté Jeanne et le garçon formidable, qu'Olivier Ducastel et Jacques Martineau ont pourtant conçu en forme d'hommage.

Comme mes homologues français, et au grand étonnement des autres (y compris québécois!), j'ai craqué pour'Les chansons d'amour. J'en ai aimé la simplicité, le ton mélancolique, la dynamique sentimentale entre les personnages, notamment ceux interprétés par Louis Garrel, Ludivine Sagnier, Clotilde Hesme et Grégoire Leprince-Ringuet.

Comment rester de glace devant un personnage qui, dans un moment d'intimité, annonce «Je suis beau, jeune et breton; je sens la pluie, l'océan et les crêpes au citron» ? Dites. Comment?

Même si je ne gardais pas un souvenir impérissable des chansons écrites par Alex Beaupain, j'ai eu le réflexe de me procurer la bande originale avant de rentrer au pays.

Pendant trois semaines, le disque est resté bien scellé. Puis, je me suis finalement décidé à le déballer et à le glisser dans le lecteur. Très franchement, je n'aurais pas dû. Depuis ce jour fatidique, j'écoute pratiquement le truc en boucle, incapable de me débarrasser des vers d'oreille qui se sont subrepticement glissés dans mon gros Ipod virtuel.

C'était donc sur le plan musical que le film avait fait son effet. En réécoutant ces Chansons d'amour une à une, je me suis en effet rendu compte à quel point celles-ci sont essentielles à la trame dramatique du film. Encore faut-il pour cela accepter une forme d'interprétation très française, où les voix des acteurs sont mises à l'avant. Garrel a parfois même des intonations d'Étienne Daho quand il chante...

C'est d'ailleurs probablement cet aspect qui a tant irrité tout le monde. Ajoutez à cela des personnages qui se mettent à chanter au beau milieu d'une scène et vous obtenez un film de genre qui provoque des crises d'urticaire aiguë chez certains spectateurs.

Comme la plupart des professionnels oeuvrant dans les territoires internationaux, les distributeurs québécois n'étaient pas très chauds à l'idée d'en acquérir les droits. Les Films Séville a finalement pris le risque. Les chansons d'amour pourront en principe être entendues en programme régulier l'hiver prochain. Et vous aussi, aurez alors le droit de vous foutre de ma gueule.