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La palme à Oncle Boonmee? Un choix courageux. Très.

Le réalisateur thaïlandais Apichatpong Weerasethakul a remporté la... (AFP)

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Le réalisateur thaïlandais Apichatpong Weerasethakul a remporté la Palme d'or.

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Un choix courageux. Très. En attribuant la récompense suprême du cinéma international à Oncle Boonmee - celui qui se souvient de ses vies antérieures, le jury du 63e Festival de Cannes, présidé par Tim Burton, a clairement voulu célébrer un auteur dont la démarche créatrice est surtout appréciée par la frange plus radicale des cinéphiles.

Le cinéaste thaïlandais Apichatpong Weerasethakul ne pratique en effet un art qui n’existe qu’en fonction du circuit des festivals de cinéma. En clair, cela veut dire qu’hors du sentier balisé des manifestations cinématographiques mondiales, où ses films font déjà le délice des aficionados, il n’existe pour ainsi dire plus aucune perspective de distribution pour les œuvres d’un auteur aussi atypique. Cela est bien déplorable. Car Weerasethakul, de la même manière qu’il l’avait fait avec ses films précédents, Tropical Malady et Syndromes and a Century, nous offre ici une vraie proposition de cinéma. À prendre ou à laisser. Avec des élans poétiques, un questionnement sur la spiritualité, un parti pris d’évoquer les esprits avec des accessoires de pacotille. Oui, une vraie proposition. Radicale. Qui en fera fuir plus d’un à toutes enjambées. Et qui séduira ceux qui choisiront de se laisser gagner. J’avoue ne pas trop savoir dans quel camp me ranger encore. Il y avait en tout cas très longtemps que Cannes n’avait arrêté son choix sur un film aussi singulier. La Palme d’or aidant, Oncle Boonmee trouvera certainement preneur un jour auprès des distributeurs spécialisés chez nous, mais il n’est pas dit que le film soit appelé à faire l’unanimité. Oh que non.

Lors de la conférence de presse, tenue tout de suite après le dévoilement du palmarès, le jury n’a pourtant pas très bien défendu son choix. «Alors que tout s’occidentalise, ça fait plaisir de voir des choses qu’on ne voit jamais habituellement, expliquait Tim Burton. Ce film offre vraiment une manière différente de concevoir le cinéma, une autre perspective, dans un style narratif qui lui est propre. Je n’avais jamais vu un film de ce cinéaste auparavant et, vraiment, ce qu’il nous montre de sa culture est fascinant.»

On peut toutefois comprendre qu’un choix aussi radical ne puisse pas faire l’unanimité. Au sein du jury, le cinéaste espagnol Victor Erice a affiché sa dissidence avec beaucoup d’élégance. «Seul le temps peut véritablement rendre justice aux oeuvres, a-t-il déclaré. Les jurys passent, les films restent. Tous nos débats se sont déroulés dans une atmosphère de respect et d’amitié. Permettez-moi de demander d’avance pardon à ceux à qui nous n’avons peut-être pas rendu justice aujourd’hui.»

Compte tenu des circonstances (le cru n’était vraiment pas très relevé cette année), le jury est quand même parvenu à établir un palmarès bien équilibré, lequel n’a d’ailleurs suscité aucune polémique.

Mis à part le film de Mike Leigh (Another Year), complètement écarté du palmarès, tous les favoris figurent au tableau d’honneur d’une façon ou d’une autre. Des hommes et des dieux, l’admirable film de Xavier Beauvois sur l’assassinat des moines de Tibéhirine en 1996, a obtenu le Grand Prix, tandis que le prix du jury était décerné à Un homme qui crie (Mahamat Saleh-Haroun), beau film dans un Tchad en crise.

Des stars ont aussi été consacrées. Javier Bardem a reçu le prix d’interprétation masculine grâce à sa prestation remarquable dans Biutiful, le nouveau film d’Alejandro Gonzalez Inarritu, ex aequo avec l’acteur italien Elio Germano, solide dans La nostra vita de Daniele Luchetti. Juliette Binoche, qui peignait sa toile d’un faisceau de lumière sur l’affiche du Festival cette année, a de son côté enlevé le prix d’interprétation féminine grâce à Copie conforme (Abbas Kiarostami). De façon plus étonnante, Tournée a valu à Mathieu Amalric le prix de la mise en scène (pas la plus grande force du film), et le prix du scénario a été remis au Coréen Lee Chang-dong pour son film Poetry.

En annonçant sa sélection le mois dernier, Thierry Frémaux n’avait pas caché sa difficulté à monter sa programmation. On sait maintenant pourquoi. De mémoire de festivalier, 2010 reste l’une des éditions les plus ternes à s’être tenue au cours des récentes années. Cela n’entache évidemment en rien la réputation d’un festival qui trône toujours au sommet des manifestations de ce genre. Le délégué général a beau disposer du premier choix parmi tous les meilleurs films qui se tournent dans le monde, il ne peut quand même pas inventer des chefs d’oeuvre qui n’existent pas.

Aucun titre ne se distinguant vraiment de façon marquante dans la compétition, le jury a ainsi eu beau jeu de faire un choix «politique» en consacrant une oeuvre plus exigeante, voire marginale. Du coup, il a ainsi attiré l’attention des médias du monde entier sur un cinéma de création, pratiquement asphyxié par des standards uniformes imposés par ce qu’on appelle «l’industrie» du cinéma. Ne serait-ce que pour cela, on peut remercier le jury d’avoir agi comme il l’a fait.




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